Rapport : 10 ans d'attaques contre les soins de santé
20.07.2026
Entre 2016 et 2026, Médecins du Monde France (MdM) a documenté 223 attaques contre les soins de santé ayant touché ses opérations internationales, sur plus de 1000 incidents remontés sur l’ensemble de nos programmes sur cette période.
Cela représente près de deux incidents par mois. Ces violences illustrent une tendance alarmante : plus de 17 000 attaques ont été recensées au niveau mondial depuis l’adoption de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies 2286 il y a dix ans, dont
Les contextes dans lesquels MdM intervient illustrent la diversité et la complexité des menaces. L’ONG a observé qu’au Myanmar (34 incidents), en République centrafricaine (21 incidents), en Palestine (19 incidents, en augmentation depuis 2023), au Yémen, en Éthiopie, en Colombie, en Syrie ou en Ukraine, les pics d’incidents correspondent aux phases aiguës de conflits armés.
En dix ans, MdM a connu 140 incidents mineurs, 77 critiques et 6 sévères. Au-delà des bombardements et destructions de structures de santé, la majorité des attaques subies sont moins visibles mais tout aussi destructrices : vols de matériel médical, extorsions, arrestations de personnel ou de partenaires, intrusions armées, menaces, harcèlement administratif, blocages de mouvement aux points de contrôle ou aux frontières. Ces entraves provoquent des dommages systémiques : ruptures d’approvisionnement, dégradation de la qualité des soins, retards critiques dans la prise en charge, et réduction de l’espace humanitaire. Dans certains cas, MdM a dû suspendre, relocaliser ou évacuer ses activités, laissant des milliers de personnes sans accès aux soins essentiels, avec des conséquences majeures pour leur santé.
Les violences observées par MdM s’inscrivent dans une dynamique préoccupante de ciblage direct et de criminalisation de l’action médicale et humanitaire, où les soignants doivent parfois prouver qu’ils n’enfreignent pas la loi, inversant la logique de protection consacrée par le droit international. L’impunité persistante alimente la répétition des attaques et fragilise durablement les systèmes de santé et le droit international humanitaire, qui protège les infrastructures de soins et les personnels soignants.
Dix ans après le vote de la résolution du conseil de sécurité des Nations unies 2286 qui condamne les attaques contre les soins de santé dans les conflits, Médecins du Monde appelle à un sursaut politique : les États doivent cesser de traiter la résolution 2286 comme un engagement symbolique et assumer pleinement leurs responsabilités en matière de prévention, d’enquête et de protection des soins de santé.
Protéger les soins de santé n’est pas une option : c ’est une condition indispensable pour préserver la vie, la dignité et les droits fondamentaux des personnes qui vivent dans les conflits.