Campements : le nouveau mode d'hébergement en France ?

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Campements : le nouveau mode d'hébergement en France ?

Depuis un an, plus de 700 femmes, enfants, hommes, mineurs isolés - survivent dans un gymnase à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), sans autre solution proposée par les pouvoirs publics.

Eviter le drame

Malgré les alertes des associations et d’élus de plus en plus nombreux, l’État a gardé le silence.

Face à cette inertie, des associations ont saisi le tribunal administratif de Nantes pour demander une mise à l’abri inconditionnelle et tenter d’éviter un drame. Le tribunal a accordé 3 mois pour que l’État procède à l’évacuation. Il a autorisé le préfet à contrôler la situation administrative des personnes avant de les mettre à l’abri, symbole de l’élévation vertigineuse du seuil de tolérance par rapport aux situations inacceptables de campements, squats et bidonvilles.

 

 

Il y a quelques jours, un homme meurt dans le gymnase.

« Nous appliquerons la décision. Je ne peux pas dire quand, ni comment. La confidentialité est nécessaire pour garantir la sécurité de l’opération » déclare alors le préfet des Pays de la Loire. Quatre jours après, les services de l’État investissent les lieux : 49 membres de familles mis à l’abri, 11 personnes enfermées en centre de rétention, des centaines laissées sans information, hors la remise d’un badge pour pouvoir entrer à nouveau dans le gymnase et espérer une prise en charge, si leur situation administrative leur en « donne le droit ».  Des personnes dont ce lieu était le seul domicile se voient donc interdites d’entrer pour récupérer leurs affaires parce qu’elles n’étaient pas là à l’heure où l’Etat, qui les méprise depuis des mois, a décidé de les « recenser ».

 

Une réponse à la hauteur des situations

À Nantes, c’est un condensé de la politique de l’État en matière d’hébergement des migrants en 2019, qui se joue. Elle est aussi menée à Paris, Grande-Synthe, Bordeaux, Rennes, Strasbourg… où ces campements se multiplient. Là, des femmes, des hommes, des enfants venus chercher protection en France voient leur situation sociale, leur santé, leur avenir se déliter.

Nous demandons une protection et un hébergement d’urgence, immédiats et inconditionnels.

Depuis des mois, nos associations demandent une réponse à la hauteur de ces situations. Le tri, pas plus que le mépris, n’est une option en matière de solidarité ! Le 27 juin, nous étions une cinquantaine d’organisations et de collectifs citoyens à publier un manifeste pour mettre fin aux situations indignes d’errance et de campements.

 

 

Nous demandons une protection et un hébergement d’urgence, immédiats et inconditionnels, un accès rapide aux procédures de demande d’asile, y compris pour les personnes « dublinées », ainsi que la possibilité de régularisations. Nous demandons un dialogue réel entre les différents acteurs : préfets, collectivités, associations et personnes concernées. Une réponse forte, humaine, et tellement plus raisonnable que l’échec de la politique actuelle.

Ces demandes, nous les avons adressées au Premier ministre. Elles attendent toujours une réponse, mais le gouvernement a produit des instructions qui éloignent encore davantage les personnes exilées d’un hébergement. C’est le cas de celle qui permet l’échange d’informations entre gestionnaires du 115 et l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Elle a déjà exclu de l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile.

 

 

À la promesse du Président de la République en 2017 qu’il n’y aurait « plus personne dans les rues d’ici la fin de l’année », nous voulions croire. Pourtant, chaque jour, les droits fondamentaux des personnes exilées sont ouvertement bafoués. Il est urgent de cesser cette politique : quand le gouvernement apportera-t-il une réponse digne ?

Signataires

Christophe Deltombe, président de La Cimadeinfo-icon

Hubert Trapet, président d'Emmaüs France

Louis Gallois, président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité

Philippe de Botton, président de Médecins du Monde

Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique – Caritas France