Garantir l’accès à un avortement sans risques dans toute l’Europe

© Elisabeth Rull

Garantir l’accès à un avortement sans risques dans toute l’Europe

Le Réseau européen pour un avortement sans risques (European Safe abortion Networking Group) est un réseau d’organisations nationales, régionales et internationales basées en Europe, œuvrant en faveur des Droits et Santé Sexuels et Reproductifs (DSSRinfo-icon) et qui luttent pour obtenir l’accès universel à un avortement légal et sans risques.

Déclaration du Réseau européen pour un avortement sans risques à l’occasion de la Journée mondiale du droit à l'avortement, le 28 septembre 2020.

L'épidémie de Covid-19 a mise à mal l'accès à l'avortement et aux soins

Depuis le mois de mars 2020, la pandémie de COVID-19 a mis en évidence les différences qui existent en Europe en matière d’accès à un avortement sans risques et légal. Les mesures de confinement ont contraint les femmes à rester chez elles et les frontières ont été fermées. Pour les femmes qui vivent dans des pays où les lois sur l’avortement sont restrictives, cela a rendu plus difficiles les déplacements à l’étranger pour accéder à un avortement légal, et dans de nombreux pays, il s’est avéré beaucoup plus difficile de trouver et d’accéder à des soins hospitaliers en cas d’avortement.

Certains pays d'Europe ont même dissuader des femmes de recourir à l'avortement

La situation a été et reste très changeante, et les pays européens ont réagi de façon très différente face à la pandémie. En Pologne, en Lituanie et à Malte par exemple, la pandémie a mis en lumière la perversité des lois restrictives sur l’avortement. Des personnalités politiques ont fait des déclarations pour dissuader les femmes de recourir à l’avortement. Rien n’a été fait pour limiter le risque d’une infection au COVID-19 dans les cliniques ou les hôpitaux, par exemple au cours des séances de suivi psychologique obligatoires ou des échographies, lorsque les femmes doivent aller chercher elles-mêmes une pilule abortive ou lors d’une hospitalisation en cas d’avortement médicalisé. Dans certains cas, la pandémie est devenue une excuse utilisée par les médecins réfractaires pour ne pas pratiquer d’avortement, en le qualifiant par exemple de soin « non essentiel », « non urgent » ou « de routine ».

 

 

Certains pays ont fait évoluer positivement les mesures d'avortement

En revanche, les pays scandinaves, la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal ont assuré le maintien de l’accès aux services d’avortement médicalisé, sans laisser la pandémie perturber leur fonctionnement. Certains pays sont allés plus loin. Pour réduire les risques liés aux soins en personne, l’Irlande d’abord, puis la Grande-Bretagne et la France ont introduit des réglementations autorisant l’utilisation de la télémédecine pour prescrire et assurer le suivi d’avortements autogérés à domicile pour les avortements médicamenteux réalisés pendant le premier trimestre de grossesse, mais seulement pour la durée de la pandémie.

L’Allemagne, où un accompagnement psychologique est obligatoire avant un avortement, a autorisé qu’il puisse être réalisé par téléphone ou par vidéoconférence. En Espagne, la Catalogne a réduit le nombre de consultations obligatoires pré-avortement de deux consultations à une seule. L’Italie a récemment modifié aussi sa réglementation, mais les paramètres restent obscurs. Cependant, certains de ces pays sont malheureusement déjà en train de revenir à leurs réglementations pré-pandémie.

Des politiques obsolètes en matière d'avortement dans la plupart des pays européens

Une grande incertitude demeure quant à la propagation et aux conséquences à venir du COVID-19. Néanmoins, dans la plupart des pays européens, même les législations et les politiques libérales en matière d’avortement sont obsolètes en ce qui concerne la manière de réaliser un avortement, du lieu où il est réalisé, de la personne qui le réalise et des autorisations nécessaires, sans même parler des motifs de l’avortement, du stade de la grossesse auquel il est possible d’avorter, ainsi que des restrictions et des réglementations juridiques et pénales. De plus, l’avortement médicamenteux autogéré réalisé à domicile, pourtant démontré sans risques au cours du premier trimestre de la grossesse, est interdit par la loi dans la plupart, si ce n’est dans tous les pays.

 

Il est temps de faire entrer dans le 21è siècle les lois, les politiques et les services liés à l’avortement.

 

 

Appel à améliorer l’accès à un avortement légal et sans risques dans tous les pays d’Europe

À l’occasion de la journée mondiale du droit à l'avortement, le 28 septembre 2020, nous soussignés, appelons les décideurs politiques de chaque pays européen à prendre la responsabilité de supprimer les restrictions limitant le droit à un avortement légal et sans risques dans leur pays, conformément aux orientations de l’Organisation Mondiale de la Santé1,2,3,4, en appliquant les recommandations suivantes :

 

1. Reconnaitre l’avortement comme un soin de santé essentiel et urgent. 

 

2. Garantir l’accès à un avortement légal et sans risques, avec une attention particulière portée aux populations vulnérables et mal desservies en matière de soins, et en limitant au maximum les perturbations des services en temps de crise.

 

3. Autoriser les avortements médicamenteux autogérés à domicile pendant le premier trimestre de grossesse.

 

4. Soutenir l’utilisation de la télémédecine1 lorsque c’est indiqué, pour organiser les avortements et assurer le suivi, notamment par le biais d’un accompagnement 24 heures sur 24 pour les femmes qui gèrent seules leur avortement à domicile.

 

5. Rendre les avortements par aspiration disponibles en ambulatoire ou dans des structures de soins de santé primaires, et réalisables par des soignants formés de niveau intermédiaire (et pendant la pandémie de COVID-19, conformément aux protocoles approuvés de prévention des risques d’infection dans les structures de santé).

 

6. Permettre que les avortements médicaux du deuxième trimestre aient lieu en ambulatoire, et soient gérés par des soignants de niveau intermédiaire,4 avec un appui spécialisé s’il y a lieu. Cela éliminera la nécessité d’un bloc opératoire ou d’un(e) gynécologiste dans la grande majorité des cas.

 

7. Former les médecins généralistes, les infirmier(e)s et les sages-femmes à l’organisation et la pratique de soins d’interruption de grossesse de manière à répondre à la demande, et pour garantir qu’il y ait suffisamment de soignants prêts à réaliser des avortements.3 Les refus de soins de soignants (par exemple, du fait de leurs croyances personnelles) ne doivent pas retarder ou limiter l’accès à l’avortement.

 

8. Former les pharmaciens et le personnel compétent dans les pharmacies à fournir en vente libre ou par correspondance les médicaments nécessaires à un avortement médicamenteux à domicile.4

 

9. Simplifier les réglementations sur l’avortement, en supprimant toutes les exigences médicales inutiles, afin de faciliter l’accès à l’avortement sans délai.

 

10. Décriminaliser l’avortement, notamment au cours du deuxième trimestre de grossesse, et aussi dans les rares cas, passé le deuxième trimestre, où la poursuite de la grossesse pourrait être préjudiciable à la vie, à la santé et au bien-être de la femme.

 

En bref, il s’agit de garantir qu’aucune femme ne soit forcée de poursuivre une grossesse contre sa volonté. 

Associations signataires

Abortion Rights Campaign, Abortion Support Network, Action for Choice, Actins Femmes CNE, Albania Community Assist, Albanian Center for Population and Development, Alliance for Choice, Asociación Por Ti Mujer, Association des Femmes de l’Europe Méridionale (AFEM), Associazione Vitadidonnaonlus, ASTRA Central and Eastern European Network for Sexual and Reproductive Health and Rights, British Society for Abortion Care Providers (BSACP), Catholics for Choice, Centerfor Partnership and Equality - CPE (Romania), Center of Women's Rights (Bosnia and Herzegovina), Creación Positiva, Coalition to Repeal the Eighth Amendment, Democracy Development Center NGO, Doctors for Choice UK, Eurasian Women's Network on AIDS, Federación de Planificación Familiar Estatal. Spain. Federation for Women and Family Planning, Poland, FILIA Center, FOKUS - Forum for Women and Development, HERA - Health Education and Research Association, Here NI, Hivos Humanistisch VerbondInternational Campaign for Women's Right to Safe Abortion, International Planned Parenthood Federation European NetworkIpasIrish Family Planning Association,  Journalists for Human RightsKvinner i Skogbruket, Le Comité International Péruvien CIP-ASBL, Le Planning Familial, Marianne, le Mouvement des Femmes du PTB (Parti du Travail de Belgique), Marie Stopes International, Médecins du Monde France, Norwegian Association for Women's Rights (Norsk Kvinnesaksforening), Österreichische Gesellschaft für Familienplanung (ÖGF), Portuguese Society of Contraception, PSI-EuroperadiOrakelReproductive Health Training Center of the Republic of MoldovaRepublika LibreRFSU - The Swedish Association for Sexual and Reproductive Rights, Romanian Women's LobbyRoyal College of Obstetricians and Gynaecologists, Rutgers, Sarajevo Open CentreSex og Politikk (IPPF Norway), Sex vs The Stork (Romania), Sexual Health SwitzerlandSimaviSociety for Education on Contraception and Sexuality RomaniaThe Women's Front of Norway, Tripla Difesa OnlusUrgent Action Fund for Women's Human Rights, VrouwenraadWIDE+ (Women In Development Europe+) Women Asociation "MOST" B&HWomen's Link Worldwide, Women's Network of Bosnia and Herzegovina, YouAct -European Youth Network onSexual and Reproductive RightsYouth for Youth (Romania)

Votre soutien
Nous rejoindre

Je postule en ligne.

S'informer

Je m'inscris à la newsletter.

 
Global loader