MdM France, MdM Suisse et MdM Espagne luttent contre la stigmatisation liée à la santé mentale en Palestine. © Cyril Zannettacci

Les équipes palestiniennes à Paris : L’occupation nuit-elle gravement à la santé ?

« A Gaza, les communautés vivent avec la sensation d’être abandonnées. Les maisons sont démolies l’accès à la santé est restreint, les séquelles se multiplient et impactent la santé mentale des Palestiniens ». Ce constat accablant, c’est Mahmoud Isleem, coordinateur terrain de Médecins du Monde à Naplouse, qui le fait. Face aux graves problèmes d’accès au soin et à la recrudescence des violences infligées aux populations palestiniennes, un consortium d’ONGinfo-icon tire la sonnette d’alarme auprès des décideurs internationaux.

L’intensification de la violence en Cisjordanie  

Plus de 73 ans, c’est la durée du conflit qui oppose les Israéliens aux Palestiniens. Ces derniers mois, malgré le manque de résonnance médiatique et politique, la violence des colons a redoublé d’intensité sous le nouveau gouvernement israélien élu en juin 2021. Selon Anthony Dutemple, chef de mission Palestine chez Première Urgence Internationale, « ces aggravations ont été rendues possibles par la création d’un environnement hautement coercitif ». Cette violence nuit nécessairement à la santé des Palestiniens, entraînant une détérioration de la santé mentale et du bien-être psychosocial des communautés dont les terrains sont annexés, démolis, et qui sont contraintes à quitter leur propre terre.   

 

Dans la zone C, au Nord de la Cisjordanie, la communauté Humsa al Baqai’a a vu ses structures démolies pour la septième fois consécutive depuis novembre 2020 en juillet 2021. Les autorités israéliennes ont pris tous les biens personnels et empêché la communauté de revenir, entraînant un déplacement forcé, contraire au droit international. Mahmoud Isleem, coordinateur terrain de Médecins du Monde à Naplouse, alerte sur les conséquences de ces démolitions et des attaques répétées sur la santé mentale des populations.

Le comportement des enfants est impacté, ils sont davantage sujets au stress et à l’anxiété. Les femmes rencontrent des problèmes psychosomatiques causés par les attaques. Les hommes, impuissants face à la situation, pensent ne plus être capables de protéger leur famille et adoptent des mécanismes de surprotection, ce qui déclenche souvent des comportements violents. Cependant, les impacts sur la santé mentale demeurent difficilement quantifiables ainsi que ceux sur la santé en général, notamment dans la zone C où l’accès à la santé des populations se restreint quotidiennement. 

« Il n’y a pas que la santé qui est en danger, rappelle Mathilde Panneau, chargée plaidoyer de la mission Palestine de Première Urgence Internationale, on regrette également l’impact environnemental de ce conflit, les terrains saccagés, les attaques pendant la récole des olives ». Chaque mois, en moyenne 900 arbres sont détruits ou déracinés par les colons israéliens.  

 

 

» À Gaza, les communautés vivent avec le sentiment d’être abandonnées « 

En tant que coordinatrice plaidoyer de la mission Palestine de Médecins du Monde, Jenny Higgins estime être au cœur d’une double nécessité : répondre en urgence à la crise humanitaire palestinienne et comprendre en profondeur « pourquoi nous devons combler cette lacune ». Les ONGinfo-icon et associations sur place permettent de pallier le manque de soins essentiels dû aux blocus et aux occupations répétées.  

 

Pourtant, malgré le rôle primordial des ONGinfo-icon et associations humanitaires, six organisations palestiniennes ont été interdites le 22 octobre par le ministère de la Défense israélien qui les accuse d'appel à la haine et de soutien au terrorisme.  

 

Pierre Motin, responsable plaidoyer pour la Plateforme des ONGinfo-icon françaises pour la Palestine, considère ces allégations comme étant la « culmination de décennies d’attaques sur la communauté palestinienne », de plus en plus difficiles à contrer car protégées pas l’impunité totale des colons et de l’autorité israélienne. À ce jour, un tiers des Palestiniens se sont fait voler des biens par les colons ou par l’armée israélienne en Cisjordanie. Auparavant, seule la zone C était visée par ces atteintes (674 structures palestiniennes détruites à fin septembre 2021, laissant 959 Palestiniens sans abri et affectant au total 7 556 personnes), qui touchent désormais également la zone B et la zone A. 

 

 

» Notre rôle c’est de transmettre ce qu’on voit sur le terrain et de le porter aux décideurs «

Au 15 novembre 2021, trois Palestiniens ont été tués et 158 ont été blessés par les colons ou l’armée israélienne depuis le début de l’année. Près de 500 actes de violence des colons et de l’armée israélienne ayant entraîné des victimes et des dommages matériels ont été dénombrés depuis janvier 2020. Comment espérer une amélioration de cette situation alarmante ? « En donnant la voix aux occupés », selon Jenny Higgins. En autorisant les manifestations pacifistes des communautés opprimées sans les réprimer de tirs et d’interdits. En soutenant les associations et ONGinfo-icon dont les acteurs sont agressés, intimidés par les autorités israéliennes quand ils apportent de l’aide humanitaire ou permettent un accès aux services publiques. En mettant fin à l’inaction de la communauté internationale qui ne prend aucune mesure pour protéger les Palestiniens face à l’armée israélienne. 

 

 

 

 

Juliette Ratto
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