Témoignage : en Irak, le système de santé ébranlé par le coronavirus

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Témoignage : en Irak, le système de santé ébranlé par le coronavirus

Voisin de l’Iran, où le coronavirus frappe sévèrement, l’Irak voit à son tour l’épidémie de coronavirus gagner du terrain. Le pays, qui porte encore les stigmates de quatre années d’occupation par l’État islamique, manque de moyens pour y faire face. Cobi Rietveld, en charge des programmes que mène Médecins du Monde dans trois provinces du nord de l’Irak, coordonne la réponse de notre association en soutien aux autorités sanitaires irakiennes. Voici son témoignage.

Quelle est la situation de l’Irak au regard de l’épidémie de coronavirus ?

Le premier cas a été confirmé le 24 février 2020 à Nadjaf, dans le centre de l'Irak. Dans un premier temps, en comparaison à d’autres pays, l’augmentation du nombre de malades a été lente. Sans doute est-ce dû aux restrictions strictes de déplacement mais un certain nombre de cas n’ont sûrement pas été signalés. Et puis, l’épidémie de coronavirus a commencé à gagner rapidement du terrain. À titre d’exemple, nous sommes passés de 772 cas le 3 avril à 961 cas le 6 avril. Le gouvernement fédéral irakien et le gouvernement régional du Kurdistan ont tous les deux pris des mesures préventives face à l’épidémie de covid 19. Des restrictions de déplacements, le couvre-feu, la fermeture des aéroports et l’identification des structures de santé capables de traiter les patients atteints.

Nous sommes passés de 772 cas le 3 avril à 961 cas le 6 avril.

Comment le système de santé irakien s’organise-t-il pour répondre à l’épidémie ?

L’accès aux soins est déjà limité en temps normal et l’épidémie fragilise plus encore le système de santé irakien. Nous manquons de professionnels disponibles et qualifiés, de matériel médical et d’équipements pour les centres de soins de santé primaire. Même le personnel médical qui traite les patients, manque de protections, notamment des gants et des masques. Sans compter que dans les zones les plus durement frappées par le conflit contre l’État islamique, de nombreuses infrastructures de santé n’ont pas encore été reconstruites. Le mauvais état des systèmes d’assainissement contribue également à la propagation des maladies. De plus, faute de moyens, les mesures d’hygiène et de contrôle dans les structures de santé irakiennes passent souvent au second plan, après le traitement des patients. Ce qui favorise la transmission du coronavirus. Clairement, le risque de propagation est extrêmement élevé et le système de santé ne sera pas à même de faire face cette crise.

Même le personnel médical qui traite les patients, manque de protections, notamment des gants et des masques.

Quel a été l’impact de l’épidémie de coronavirus sur les activités de Médecins du Monde en Irak ?

Nous avons rencontré de nombreuses difficultés. Surtout parce que le gouvernement limite les déplacements, y compris ceux de Médecins du Monde, dans le but d’empêcher la propagation du coronavirus. L’instauration du confinement total a bousculé le déroulement des programmes. Les séances individuelles et collectives de soutien psychosocial ont ainsi dû être annulées. Mais Médecins du Monde veut maintenir son engagement et continuer de soutenir les structures de santé du ministère. C’est pourquoi nous avons réorienté nos activités pour faire face à l’épidémie de coronavirus. Et aujourd’hui le personnel de notre programme de santé mentale effectue le suivi des patients par téléphone. Nous préparons des messages radio pour informer la communauté que cette permanence téléphonique est disponible.

 

 

Comment Médecins du Monde peut-elle lutter contre l’épidémie de coronavirus en Irak ?

En soutien au ministère de la Santé irakien, nous avons lancé le 19 mars 2020 des activités spécifiques dans le camp de déplacés internes de Chamesku. Les camps de réfugiés sont encore plus vulnérables. L’épidémie de covid-19 peut y faire des ravages. Nous avons formé et suivons 27 volontaires – 10 professionnels de santé primaire et 17 relais communautaires. Leur mission est de sensibiliser et d’éduquer la population aux bonnes pratiques en matière de prévention, notamment grâce à la distanciation sociale, au lavage des mains et au confinement, tout en échangeant sur la gestion du stress.

Dans le camp de Chamesku, nos équipes sensibilisent la population aux bonnes pratiques en matière de prévention. © MdM
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Les activités ont été lancées cette semaine à Kirkouk, au nord de l'Irak. Elles le seront bientôt au nord-ouest, à Sinjar. Dans ces zones où nous intervenons, les structures du ministère de la Santé irakien manquent de matériel pour la prévention et le contrôle des infections ainsi que pour le dépistage. Médecins du Monde aide à équiper les centres de soins de santé primaire et forme le personnel, notamment au triage et à l’orientation des cas suspects de coronavirus.

A Kirkouk, Médecins du Monde aide à équiper les centres de soins de santé primaire et forme le personnel pour face face au coronavirus. © MdM
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Propos recueillis par Thomas Flamerion
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