Jean-Luc Peslé, docteur engagé auprès de Médecins du Monde, apporte son aide aux migrants qui tentent de passer la frontière © Thomas Flamerion

Interview de Jean-Luc Pesle, Responsable de mission du programme migrations frontière transalpine

En tant que responsable de mission du programme migrations frontière transalpine pour Médecins du Monde dans les Hautes-Alpes, Jean-Luc Pesle, médecin généraliste à la retraite, n’en est pas à sa première action humanitaire. De l’Afghanistan au Salvador en passant par la Palestine, c’est aujourd’hui à Briançon que ce médecin bénévole et amoureux de la montagne s’engage auprès des personnes exilées à la frontière franco-italienne.

À Briançon, point de passage historique, et plus largement à la frontière franco-italienne, le durcissement des politiques migratoires et des contrôles aux frontières force les personnes exilées à prendre davantage de risques pendant la traversée, provoquant des situations de détresse absolue allant jusqu’au décès.

Consultation au local du refuge aménagé en cabinet médical, à Briançon © Thomas Flamerion
Consultation au local du refuge aménagé en cabinet médical, à Briançon © Thomas Flamerion

En quoi consiste la mission de Médecins du Monde ?

Depuis deux ans, Médecins du Monde s’est associée à Tous Migrantsinfo-icon pour faire des maraudes du côté français de la montagne. Ensemble, nous avons créé l’UMMA (Unité Mobile de Mise à l’Abri) pour porter secours aux personnes exilées qui traversent la frontière par le Col de Montgenèvre, situé à plus de 1800 mètre d’altitude.

Cette unité mobile s’est donnée pour mission de rechercher les personnes en errance sur le territoire français et d’évaluer leur état de santé avant de les accompagner à l’hôpital si besoin, ou au refuge solidaire de Briançon, l’un de nos partenaires. C’est un espace de répit où nous intervenons également en semaine pour des permanences médicales, en complément du travail de la PASS (Permanence d’Accès aux Soins de Santé) mobile.

Éviter que d’autres drames ne se produisent.

L’évaluation de l’état de santé doit être rapide car la pression policière fait que nous avons peu de temps pour nous arrêter et identifier les potentiels traumatismes, gelures, risques d’hypothermie, ou autres problématiques de santé inhérentes à la marche en haute montagne.

On effectue peu d’actes de soins à proprement parler pendant la maraude mais plutôt ce qu’on appelle de la réduction des risques et de la prévention afin d’éviter que d’autres drames se reproduisent.

Jean-Luc Peslé, docteur engagé auprès de Médecins du Monde, apporte son aide aux exilés qui sont parvenus à passer la frontière © Fanny Mantaux
Jean-Luc Peslé, docteur engagé auprès de Médecins du Monde, apporte son aide aux exilés qui sont parvenus à passer la frontière © Fanny Mantaux

Quelle est la situation actuelle à la frontière ?

Depuis un an, le profil des personnes qui empruntent ces routes périlleuses a changé. Avant il s’agissait davantage d’hommes seuls venant d’Afrique Subsaharienne. Aujourd’hui, nous rencontrons de plus en plus d’Afghans notamment des familles, avec nourrissons, enfants et personnes âgées. Il nous arrive également de croiser la route de femmes enceintes qui n’ont pas vu de médecin depuis longtemps. Ces personnes passent par la route des Balkans, un parcours souvent semé d’embuches, où elles sont souvent victimes de très graves atteintes à leurs droits fondamentaux, notamment de la part des forces de l’ordre. Elles arrivent à Montgenèvre dans un état d’épuisement.

La pression des forces de l’ordre est de plus en plus présente, et les exilés sont contraints de prendre des chemins dangereux, marchant dans des conditions extrêmement difficiles, souvent par des températures négatives, et ce sans équipement adapté.

Les forces de l’ordre vont jusqu’à nous contraindre de leur livrer les migrants.

Le renforcement des contrôles à la frontière engendre des atteintes aux droits humains, refoulements des personnes mais aussi des pressions policières et judiciaires sur les bénévoles de Médecins du Monde et des autres associations engagées sur le terrain. Depuis plusieurs semaines, les bénévoles de nos maraudes subissent un harcèlement policier constant : contrôles d’identité répétés, voiture suivie, amendes pour « non-respect du couvre-feu » alors que nos attestations sont en règles...

Les autorités remettent en cause notre légitimité en tant que soignants en nous empêchant de venir en aide aux exilés que nous rencontrons. Depuis peu, les forces de l’ordre vont jusqu’à nous contraindre de leur livrer les migrants présents à l’intérieur du véhicule de Médecins du Monde. Un pas de plus a été franchi dans l’inacceptable.

Dans le même temps, plusieurs cas de garde à vue injustifiée de maraudeurs ont été signalés et des procès sont en cours, les accusant d’aide à l’entrée.

 


 

Toutes ces conséquences pourraient être évitées si les droits à la frontière étaient respectés. La situation actuelle est le résultat direct d’une politique répressive qui ne fonctionne pas et met délibérément en danger les exilés. La migration existait et existera toujours. Ce n’est pas une militarisation de la frontière qui empêchera les gens d’aller au bout de leur projet de vie, sinon à prendre plus de risques pour y parvenir.

 

 

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