© Patrick Piro

Les démunis face au virus

17 mars 2020, la France entre en confinement. Alors que l’épidémie de Covid-19 s’étend en Europe et dans le monde, les écoles et les commerces ferment, le télétravail devient la règle, chacun doit rester chez lui pour freiner la propagation du virus et tenter de contenir la vague qui déferle sur les hôpitaux et déborde un système de santé en manque de moyens, de personnel, de lits, de protection. Une situation inédite à laquelle Médecins du Monde, organisation humanitaire de santé, doit répondre.

Très vite, les équipes de l’association se mobilisent. Pas question de confiner l’aide essentielle apportée aux plus vulnérables. Pas question de les abandonner à l’indifférence, à l’incertitude, à la peur. Alors qu’ils sont exposés à la perte de leurs ressources, de leurs repères, alors que leurs conditions de vie, la précarité, la promiscuité, le manque d’accès aux soins et à l’hygiène les fragilisent devant le virus, Médecins du Monde organise sa réponse. Les activités sont réorientées, les programmes s’adaptent et de nouvelles dynamiques se créent.

Maintenir un lien

Une majorité des lieux d’accueil, de soins et d’écoute que représentent les CASO (Centres d'Accueil, de Soins et d'Orientation) de Médecins du Monde doivent fermer et de nombreux bénévoles plus âgés interrompent leur collaboration avec l’association pour préserver leur santé. « La veille du confinement, explique Christophe Vavasseur, coordinateur régional Île-de-France, nos deux centres d’accueil étaient encore ouverts. On avait l’espoir de parvenir à gérer les flux de personnes sans prendre ni faire courir de risques à personne. Mais ça s’est avéré impossible. Les deux centres ont dû être fermés. »

Notre réflexe a été de basculer vers une permanence téléphonique, médicale et sociale commune.

Mais l’association veut pouvoir sensibiliser et protéger les populations que l’exclusion sociale, le dénuement ou la barrière de la langue isolent. « Notre réflexe a été de basculer vers une permanence téléphonique, médicale et sociale commune, poursuit Christophe Vavasseur. L’idée est de rester en contact avec nos bénéficiaires, même si ça n’est pas un contact physique. Cela permet d’informer les gens, de les orienter, mais aussi de recueillir leurs inquiétudes, construire un plaidoyer à partir de ces témoignages et le faire remonter aux autorités publiques. » À Bordeaux, grâce à un petit stock de matériel de protection, le centre de soins de Médecins du Monde a pu rester ouvert en demi-journée. « Nous tournons avec une quinzaine de bénévoles contre cent habituellement, pour assurer une continuité des soins a minima. Il n’y a pas que le Covid, les gens qui étaient malades restent malades », raconte la coordinatrice Aude Saldana-Cazenave.

 

 

Intensifier les sorties

Les restrictions de déplacement pour l’ensemble de la population ont par ailleurs incité Médecins du Monde à maintenir et renforcer l’essentiel de ses activités mobiles. « Nous accompagnons près de 1 500 personnes de la communauté Rom qui vivent dans des bidonvilles autour de Bordeaux, souligne Aude Saldana-Cazenave, ces personnes étaient à l’écart de toute information sur le virus, elles étaient affolées, avaient peur de mourir. Nous avons donc intensifié nos visites de prévention avec des médecins et des infirmiers. » En Aquitaine comme ailleurs en France, Médecins du Monde demande aux autorités l’installation de points d’eau en nombre suffisant pour appliquer les mesures barrières. « Nous travaillons également à organiser la distribution alimentaire parce que ça n’existe pas dans les bidonvilles qui ont leurs propres moyens de subsistance, aujourd’hui bloqués », ajoute Aude Saldana-Cazenave.

Ces personnes étaient à l’écart de toute information sur le virus, elles étaient affolées, avaient peur de mourir. Nous avons donc intensifié nos visites de prévention avec des médecins et des infirmiers.

À Paris comme dans de nombreuses villes de France, les places d’hébergement d’urgence promises par l’État se sont révélées bien insuffisantes et les sorties consacrées aux personnes sans domicile sont devenues quotidiennes. Même situation pour les exilés délogés des campements aux abords de la capitale. Pourtant promis à une mise à l’abri, nombre d’entre eux retrouvent rapidement la rue. L’équipe de veille sanitaire va à leur rencontre plusieurs fois par semaine. « Ils sont habitués à nous voir, ils finissent par réapparaître », assure Christophe Vavasseur. Sur le littoral du Nord, où Médecins du Monde intervient depuis de nombreuses années auprès des migrants, les équipes s’organisent également. « Il n’y a aucun dispositif d’hébergement prévu pour l’ensemble des exilés, que ce soit à Calais ou à Grande-Synthe », s’insurge Franck Esnée, le coordinateur Hauts-de-France. Des maraudes sanitaires ont été mises en place en collaboration avec la Croix-Rouge. L’objectif est d’identifier d’éventuels cas de Covid-19 et de n’orienter vers l’hôpital que des personnes qui ont besoin de soins sans tarder. « C’est la première ligne, le premier maillon de la chaîne, explique Franck Esnée. C’est une position humble, mais c’est celle où nous avons le plus d’utilité, parce que les exilés nous connaissent. »

L’expérience de terrain de Médecins du Monde et son rôle auprès des autorités sont essentiels dans la protection des personnes vulnérables en France. Ainsi, Médecins du Monde a obtenu, en Gironde ou dans les Bouches-du-Rhône, l’hébergement en hôtel de plusieurs mineurs isolés jusqu’alors installés dans des squats insalubres.

 

Thomas Flamerion
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