Quel avenir pour les mineurs non accompagnés de la métropole nantaise ?

© Olivier Papegnies

Quel avenir pour les mineurs non accompagnés de la métropole nantaise ?

Hébergement des Mineurs Non Accompagnés : quels engagements des candidates et candidats aux élections municipales de la métropole nantaise ?

Mesdames, Messieurs les candidates et candidats,

 

En cette période d’élections municipales, nos associations et collectifs souhaitent attirer votre attention sur la situation préoccupante de jeunes vulnérables que l’on rencontre quotidiennement dans les rues de nos villes, puisque souvent, ils y vivent. Il s’agit de jeunes exilés, arrivés mineurs sur notre territoire sans être accompagnés d’une personne détentrice de l’autorité parentale. On les nomme « Mineurs Non Accompagnés » (MNA). Leur accueil et leur prise en charge sont de la compétence des Conseils Départementaux, lesquels doivent protéger tout mineur en danger. Cette protection prévue dans la loi française n’est autre qu’une mise en œuvre des droits prévus dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ratifiée par la France.

 

 

Lorsqu’ils arrivent à Nantes, pour pouvoir bénéficier d’une protection en tant que mineurs, ils sont reçus par le service Aemina de l’association Saint Benoît Labre, chargée par le Conseil Départemental de Loire-Atlantique, d’effectuer la mise à l’abri, l’évaluation de la minorité et la prise en charge des MNA. De là s’ensuit un parcours du combattant auquel aucun enfant ne devrait être confronté.

Dès leur arrivée, alors que la loi l’exige, nombre d’entre eux ne sont pas mis à l’abri dans l’attente de leur évaluation. N’ayant pas accès au 115 du fait de leur minorité, ils sont alors condamnés à la rue pendant cette période qui peut s’étendre jusqu’à une quinzaine de jours. C’est dans ces conditions, fatigués et désorientés, qu’ils sont reçus pour un entretien d’évaluation à l’issue duquel une grande partie des jeunes voient leur minorité contestée sur la base de critères subjectifs et aléatoires tels que l’apparence physique, l’attitude et le comportement qui ne correspondraient pas à ceux d’une personne mineure.

Ces jeunes reste à la rue ou dans des lieux de vie précaires où leur état de santé physique et mental se dégrade et où ils sont en danger, exposés à la violence, à des risques d’abus et d’exploitation.

Une fois notifié à ces jeunes le refus de prise en charge au titre de mineur non accompagné, la remise à la rue est immédiate, même s’ils décident d’engager un recours devant le juge des enfants pour contester cette décision. A l’issue de ce recours, qui dure 8 à 9 mois en moyenne, la moitié d’entre eux seront reconnus mineurs et repris en charge par le Conseil Départemental de Loire-Atlantique. Ils se trouvent pendant cette période de recours dans une situation de précarité extrême et dans une zone grise : n’étant pas reconnus mineurs et ayant décidé d’engager un recours, ils ne peuvent pas non plus prétendre aux droits prévus pour les majeurs.

En 2019, près de 250 mineurs en recours se sont retrouvés dans cette situation sur la Métropole Nantaise. Certains d’entre eux sont mis à l’abri grâce aux initiatives citoyennes dans des familles solidaires ou grâce à l’engagement de Mairies mettant à disposition des bâtiments vides. Ces lieux étant saturés, une grande partie de ces jeunes reste à la rue ou dans des lieux de vie précaires où leur état de santé physique et mental se dégrade et où ils sont en danger, exposés à la violence, à des risques d’abus et d’exploitation.

 

 

Des solutions d'hébergements dignes pour les mineurs isolés

Pourtant des solutions permettent de sortir ces jeunes de la rue et de la grande précarité : depuis plus d’un an, la ville de Nantes puis celle de Rezé ont mis à disposition des logements vacants pour y loger ces jeunes, en partenariat avec les associations et les collectifs qui les soutiennent.

Nous souhaitons que ces initiatives solidaires puissent se développer car si chaque commune de l’agglomération ouvrait une ou deux maisons d’accueil, nous serions en mesure de régler quasi totalement l’hébergement de ces jeunes et nous honorer de les accueillir dignement.

En tant que candidat à la première magistrature dans votre ville, si vous êtes élu, accepterez-vous que des jeunes y soient en danger, et dorment à la rue ?

A l’approche des élections municipales, nous souhaiterions connaître votre opinion sur cette question ainsi que les solutions envisagées dans votre programme pour répondre à cette urgence.

Vous trouverez ci-dessous des témoignages et une interpellation que des jeunes concernés ont souhaité vous adresser. Nous sommes bien sûr à votre disposition pour vous rencontrer et débattre avec vous de la situation de ces jeunes.

 

 

Courrier des Mineurs Non Accompagnés en recours à l’attention des candidats aux élections municipales de la métropole nantaise

Qui sommes-nous ?

 

Nous sommes des mineurs non-accompagnés. Nous avons entre 15 et 17 ans. Nous ne sommes pas reconnus par le Conseil Départemental. Nous voulons être électriciens, cuisiniers, mécaniciens, conducteurs de bus ou de tram, carreleurs, architectes. Aujourd’hui, nous sommes bénévoles dans différentes associations de Nantes. Nous avons vécu des moments difficiles, des jours de traversée en mer, des mois dans les forêts au Maroc. Nous avons connu des parcours difficiles pour arriver jusqu’ici : conditions de vie compliquées, violences, morts, des choses que l’on n’imaginait pas vivre. Depuis, nous marchons ensemble pour se soutenir, pour essayer d’avancer.

 

Qu’avons-nous vécu depuis que nous sommes à Nantes ?

 

« Je suis un ivoirien de 15 ans, j’ai dormi 2 nuits dehors, c’est pas facile, il y en a qui continuent de dormir dehors encore. Je suis arrivé le 24 décembre à AEMINA, ils m’ont dit de venir le 26 décembre pour l’évaluation de reconnaissance de minorité puis de revenir à nouveau le 10 janvier pour les résultats de cette évaluation, j’ai dormi dehors pendant tout ce temps. AEMINA ne nous héberge pas. Je n’imaginais pas dormir dehors en France. Je suis dans un squat maintenant, il n’y a pas de toilettes. Il peut y avoir des vols, un monsieur avec moi s’est fait voler sa montre. Ils amènent des personnes à 23h – 00h et les font dormir dans la même pièce que toi, il n’y a aucune sécurité ».

 

« Je suis un sierra-léonais de 15 ans, je vis dans un squat maintenant mais je ne me sens pas en sécurité. Beaucoup de gens qui viennent dans les squats ne sont pas corrects, ils te menacent. Les adultes prennent de la drogue, de l’alcool, beaucoup ont des couteaux et te menacent pour te prendre ta place ou un objet qui t’appartient, nous sommes en insécurité dans la rue et dans les squats. Je dors avec mes affaires pour ne pas me les faire voler ».

 

 

« Je suis un ivoirien de 15 ans, j’ai dormi à la gare une dizaine de jours, un jeune m’a dit qu’il y a une association qui peut m’aider et je suis parti là-bas. J’étais à la rue, je ne connaissais personne, maintenant je suis à l’école citoyenne, je vais avoir ma carte de transport, je connais des gens qui m’aident dans plusieurs associations. Les gens ne te considèrent pas comme un être humain quand tu es à la rue. Tu veux demander des renseignements et ils ne te répondent pas. Nous avons l’impression d’être considérés comme une menace par les personnes. Nous voulons leurs prouver que nous sommes des bonnes personnes qui veulent s’intégrer dans la société et réussir, nous ne voulons pas faire peur aux gens ».

 

« Je suis une guinéenne de 16 ans, quand je suis arrivée sur Nantes, j’ai été voir la police et ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi, ils m’ont demandé pourquoi je n’étais pas restée en Espagne et m’ont demandé de partir. Je me suis retrouvée seule la nuit au bord du fleuve. Il y a deux jeunes africains qui passaient et qui m’ont demandé ce qui n’allait pas. Ils m’ont accompagné au CHUinfo-icon, comme il n’y avait personne, ils m’ont proposé de passer la nuit chez eux. Le matin, ils m’ont accompagné dans une association qui m’a indiquée AEMINA sur un plan et ils m’ont donné un ticket de tram. J’ai été évaluée et AEMINA m’a remis dehors. J’étais très inquiète, j’étais seule aux jardins des plantes. L’un des africains qui m’a accueilli a appelé une femme, elle s’occupe d’une association qui trouve des familles pour héberger les jeunes dans la même situation que moi. Maintenant je suis dans plusieurs familles et je change de maison toutes les deux semaines ».

 

« Je suis un ivoirien de 16 ans, j’ai appelé la police pour dire que je dormais dehors et elle m’a orienté vers le CHUinfo-icon, le vigile m’a dit que je pouvais rester, m’asseoir, mais pas m’allonger. Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit. J’ai ensuite été dans un squat où j’ai été frappé par une personne majeure, une personne qui prenait des stupéfiants. A Bouffay, quelqu’un m’a approché pour faire du commerce de drogue, mais je n’ai pas accepté, certains jeunes mineurs acceptent car ils n’ont rien, ils n’ont pas d’autres solutions pour se nourrir. Pour survivre, ils font des choses illégales. Tu n’as pas d’endroits où dormir, tu as faim, il arrive parfois que certains acceptent pour survivre, je comprends qu’ils acceptent dans notre situation ».

 

« Je suis un ivoirien de 16 ans, j’ai dormi dans un sas de banque pendant des jours, nous étions 3, l’un des messieurs était un peu fou mais il était gentil avec moi. Quand tu es dans la rue, et que tu approches les gens pour avoir des renseignements, les gens te fuient. Maintenant je vis chez quelqu’un, mais j’ai l’impression de déranger, la personne qui m’héberge se plaint, je ne sais jamais s’il va m’ouvrir quand je rentre le soir, je n’ose pas utiliser la douche par peur de déranger ».

 

« Je suis un jeune guinéen de 17ans, je n’ai jamais réussi à joindre le 115. On mange une fois par jour dans la semaine (restaurant Aurore), mais le weekend c’est chaud, on se nourrit peu, certains d’entre nous doivent faire les poubelles pour se nourrir ».

 

 

Que demandons-nous ?

 

Nous demandons un accès à l’éducation, à une scolarisation. Nous demandons à avoir accès à un toit. Nous demandons de la sécurité, un endroit où nous n’avons pas peur. Nous voulons intégrer la société et être acceptés. Nous voulons avoir des conditions de vie un minimum acceptables pour pouvoir se concentrer sur notre avenir. Nous voulons avoir accès à des activités sportives, faire du sport.

Si nous pouvions avoir accès à un toit, nous aurions un endroit où nous pouvons avoir l’esprit tranquille pour apprendre nos leçons et travailler plus tard, pour nous reposer, pour être en sécurité et respirer.

Si nous pouvions avoir accès à la scolarisation, ce serait bon pour la santé, pour le courage, pour le moral pour travailler. L’école citoyenne ne garantit pas un avenir, nous voulons un accès à l’école normale. On veut avoir accès à un diplôme. Avoir une condition meilleure pour nous et cotiser pour l’état français. On veut se sentir utile pour ce pays, on veut contribuer, travailler, payer les impôts. Nous voulons aller à l’école pour pouvoir aider les autres demain.

Et vous, que pensez-vous de ce que l’on nous inflige, jeunes mineurs en recours, sur la ville de Nantes ?

Est-ce que vous avez prévu quelque chose dans votre programme pour améliorer notre situation ?

 

 

On peut parler mais personne ne nous entend, on ne peut pas être vus, ce qu’on peut faire tout le monde s’en contrefiche, c’est comme si on n’existait même pas.

Paroles d’une jeune guinéenne de 16 ans.

 

Liste des organisations signataires

Cimadeinfo-icon Nantes, Diyen Latigué, Espace TAMO – CEMEA, Collectif des Hébergeurs Solidaires de mineur.es isolé.es Nantes et alentours, Du monde dans la classe, École Hors les Murs - Énergie Collective, Ecole JeM, La Libre Association, La Prépa Solidaire des Enfants Nantais, L'atelier marie et alphonse, Ovale Citoyen, Réseau Education Sans Frontières, Secours Catholique Caritas France de Loire Atlantique, Solidarité Jeunes Majeurs et Mineurs Isolés Etrangers, Soutien Mineurs Isolés Rezé, Ligue de Droits de l’Homme, Médecins du Monde – Délégation Pays de Loire, Urgence Jeunes Majeurs 44

Votre soutien
Nous rejoindre

Je postule en ligne.

S'informer

Je m'inscris à la newsletter.

 
Global loader