Guyane : dans les favelas françaises

© Sébastien Duijndam

Guyane : dans les favelas françaises

L’agglomération de Cayenne, en Guyane, compte une vingtaine de bidonvilles. Des quartiers insalubres que le nouveau préfet, Marc del Grande, veut voir disparaître. Depuis son arrivée en juillet dernier, quatre expulsions ou évacuations ont déjà eu lieu. Une situation inacceptable pour les équipes de Médecins du Monde qui proposent une aide médicale aux habitants de ces bidonvilles, victimes d’une extrême précarité.

A l’entrée de sa maison, à même le sol, de grands sacs de farine empêchent Gaston de circuler. De son four, qu’une amie de Guadeloupe lui a amené le mois dernier et qu’il a branché à une installation électrique de fortune, émane une douce odeur de coco. Un parfum qui lui rappelle celui de son enfance, lorsqu’il habitait en Haïti avec sa mère et ses deux soeurs.

Cela fait quatre ans que Gaston vit ici, dans le bidonville de la Source de Baduel, à quelques kilomètres du centre-ville de Cayenne en Guyane, avec sa femme et ses trois filles. Comme lui, ils sont plus de cinq mille à survivre entre les planches et les taules, confinés, dans la chaleur cuisante du soleil guyanais. « Quand je suis arrivé par le Brésil en 2016, je me suis dit ‘‘Mon dieu, c’est là que l’on va vivre ?’’ Mais que pouvais-je y faire ? Il faut prendre la vie comme elle vient. » Comme la plupart de ses voisins, Gaston est en situation irrégulière, c’est-à-dire sans carte de séjour. Or, sans ce précieux document, il lui est impossible de chercher un travail pour subvenir aux besoins de sa famille. « Je fais des gâteaux. Et grâce à Dieu, ça marche plutôt bien. »

 

Un habitant du bidonville de Mont Baduel, à Cayenne. © Sébastien Duijndam
Un habitant du bidonville de Mont Baduel, à Cayenne. © Sébastien Duijndam

 

Dans le quartier de Catéco, les habitants ont construit une passerelle de fortune pour traverser le marécage. © Sébastien Duijndam
Dans le quartier de Catéco, les habitants ont construit une passerelle de fortune pour traverser le marécage. © Sébastien Duijndam

 

Des expulsions à répétition

La Guyane compte de nombreux bidonvilles comme celui de la Source de Baduel. Médecins du Monde y mène régulièrement des activités de soins et d’accompagnement social sous un barnum en plein air. Consultations médicales, prescriptions, tests de dépistages et accompagnement dans l’ouverture des droits à l’assurance maladie y sont notamment proposés. Mais le suivi des habitants est largement entravé par les démantèlements à répétition. « Le souci pour nous, c’est qu’à chaque expulsion, nous perdons les personnes que nous suivions sur le plan de la santé, précise Lisa Cann, chargée de projet de Médecins du Monde. Et l’on met parfois beaucoup de temps à les retrouver et à les réintégrer dans un parcours de soins classique. »

 

 

Si la Guyane a longtemps été considérée comme une terre d’accueil, les autorités souhaitent désormais envoyer un message aux candidats à l’immigration en multipliant les évacuations. « On compte environ une expulsion par mois, précise Aude Trépont, coordinatrice générale de la mission bidonville de Médecins du Monde en Guyane. Le préfet se base sur l’article 197 de la loi Élan qui lui permet d’ordonner l’évacuation d’un quartier pour des raisons sanitaires ou de sécurité. Mais l’aspect humain et social est complétement oublié. »

 

La maison en tôle de récupération, est posée sur pilotis. © Sébastien Duijndam
La maison en tôle de récupération, est posée sur pilotis. © Sébastien Duijndam

 

Outre les conditions brutales dans lesquelles sont réalisées ces opérations, c’est le manque de solutions de relogement ou d’hébergement que dénoncent les équipes de Médecins du Monde. Lors de l’évacuation du quartier de La Mâtine au mois de septembre dernier, sept cents personnes devaient être relogées. Or, la capacité hôtelière de Cayenne et de ses environs est bien insuffisante pour répondre à un tel volume. « Les personnes se retrouvent pour la plupart à la rue, et finissent par intégrer d’autres bidonvilles. Cela ne fait que déplacer le problème », conclut Aude, dépitée.

Certains habitants, comme Yesely, 33 ans, ont eu un peu plus de chance. Après leur renvoi du quartier de La Mâtine, cette mère célibataire et ses trois filles ont été accompagnées par Médecins du Monde pour faire valoir leur droit au maintien en hébergement d’urgence, puis à un logement. Elles vivent désormais dans un appartement en périphérie de Cayenne, dans lequel chacune de ses filles a sa chambre. « Il faut beaucoup de misère pour s’en sortir dans la vie. Je ne m’y attendais pas. Mais une fois qu’on est dans la rivière, il faut nager », s’encourage-t-elle.


Ruptures de soin et traumatismes aigus

Au-delà des consultations de médecine générale, les équipes de Médecins du Monde proposent une prise en charge psychologique grâce à leur partenaire, l’équipe mobile psychiatrie-précarité de l’hôpital public de Cayenne. « Beaucoup de personnes souffrent de la répétitivité des expulsions qui les plonge dans une recherche permanente de nouveaux logements et de perte d’une partie de leurs biens », explique Lisa Cann. La répétition des expulsions a un impact vraiment fort sur la santé mentale de ces personnes. »

 

Dans le bidonville de Mont Baduel, à Cayenne, les équipes de Médecins du Monde interviennent auprès des habitants. © Sebastien Duijndam
Dans le bidonville de Mont Baduel, à Cayenne, les équipes de Médecins du Monde interviennent auprès des habitants. © Sebastien Duijndam

 

François Lair, psychiatre de l’équipe mobile, se souvient de la première expulsion à laquelle il a assisté : « C’était une situation d’une rare violence, notamment au moment de l’arrivée des forces de l’ordre. On a vu des personnes en grande détresse. On entendait des pleurs, on pouvait lire l’effroi dans les regards. Ça a été un moment choquant, même pour nous, l’équipe médicale. »

Sur le littoral guyanais, un habitant sur trois vit sous le seuil de pauvreté et un quart des logements sont insalubres.

Notre association dénonce les conditions de vie déplorables de milliers de personnes qui pensaient trouver refuge sur le territoire français.

Nicolas Danicourt
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