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Les liens du soin

©Olivier Papegnies

Les liens du soin

C’est un petit territoire enclavé entre le massif des Corbières et les Pyrénées. Dans la Haute vallée de l’Aude, où précarité et isolement nourrissent les inégalités, Médecins du Monde lutte pour l’accès à la santé avec les armes de la médiation.

Avec 21,4 % d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté, l’Aude pointe au deuxième rang des départements les plus pauvres de France. Dans la Haute vallée, où les industries – notamment la célèbre usine Formica – ont fermé leurs portes, villes et villages se dépeuplent.

Les loyers, réputés bas, attirent les bénéficiaires des minima sociaux qui à Narbonne ou à Carcassonne, la préfecture du département, doivent attendre des mois pour obtenir un logement. Mais aux difficultés financières se greffent l’isolement et les limites d’une offre de soins réduite et dispersée.

L’accès aux services de santé est plus compliqué en secteur rural

« L’accès aux services de santé est plus compliqué en secteur rural, explique Flavienne Mazardo-Lubac, coordinatrice du programme de Médecins du Monde en Haute vallée de l’Aude, la zone compte seize médecins généralistes pour 19 000 habitants mais beaucoup n’exercent pas à temps plein dans la haute vallée ou ne prennent pas de nouveaux patients. » Il faut pouvoir se déplacer, mettre de l’essence dans la voiture ou rejoindre un arrêt de bus pour emprunter l’une des rares liaisons disponibles, patienter de longues heures en salle d’attente. « Les consultations sont brèves, poursuit Flavienne Mazardo-Lubac, ça ne permet pas d’aborder les questions liées à la prévention, au dépistage. » Certains se découragent.

Renouer avec sa santé

C’est à Quillan, à une heure de route au sud de Carcassonne, que Médecins du Monde a ouvert sa première permanence de médiation en santé en septembre 2016. Une approche innovante, reconnue par la loi comme un moyen de lutter contre les inégalités d’accès à la prévention et aux soins. L’objectif de Médecins du Monde, qui couvre aujourd’hui cinq communes à raison de onze permanences par mois, est de participer à la réponse médicale sur le territoire. D’améliorer le lien avec les professionnels de santé, de favoriser l’accès aux droits à la santé et aux soins. D’écouter, d’accompagner, de remobiliser.

 

 

Contraint d’abandonner son métier de maçon en raison d’une arthrose invalidante, profondément affecté par une rupture amoureuse, Stéphane, 50 ans, a ainsi pu confier sa douleur. Exprimer son appréhension face aux pesantes démarches relatives au logement, à la santé, aux aides sociales, à l’emploi. Médecins du Monde l’a orienté mais aussi rassuré. « Je souffre d’hypertension mais je ne prenais pas mes cachets, raconte-t-il. Je ne comprenais pas comment ça fonctionnait, le dosage, la durée du traitement. Je n’avais pas pu poser de questions. » Cet accompagnement thérapeutique, c’est une infirmière bénévole de l’association qui le lui a fourni. Elle l’a conseillé, conduit vers l’acceptation du traitement.

Prendre le temps d'écouter

Depuis de nombreuses années, la Haute vallée de l’Aude accueille des personnes engagées dans des choix de vie alternatifs. Certains se sont installés là dans les années 1970, séduits par l’esprit de liberté insufflé dans la vallée par le courant hippie. Jean, 65 ans, est de ceux-là. Arrivé dans l’Aude en 1976, il rejoint d’abord la ferme des parents de sa compagne, travaille comme peintre en bâtiment, se consacre à ses activités artistiques. Quarante ans plus tard, il vit seul à Nébias, à 10 km de Quillan. Derrière lui, une vie émaillée d’épisodes destructeurs, de violences conjugales, d’hospitalisations en psychiatrie. C’est par hasard, alors qu’il apporte son linge à la laverie de la rue Carnot, à côté du local de Médecins du Monde, que Jean pousse la porte de l’association. « J’ai la phobie des papiers, mais je n’arrivais pas à avoir un rendez-vous avec une assistante sociale pour m’aider à remplir mon dossier pour la CMUinfo-icon », se souvient-il.

Très vite, Pauline Lassnig, la médiatrice santé de Médecins du Monde, constate que le dossier est complet. Elle entame alors avec Jean un dialogue au terme duquel il évoque sa consommation d’alcool régulière et solitaire. « Trois, quatre, cinq verres le midi et le soir. Le vin rouge donne de l’énergie. » Le regard est humide, la voix douce hésite, cherche les mots justes. « Le fait d’en parler m’a interpellé. C’est un réconfort d’être écouté. Et ça demande aussi un investissement de moi-même. » Avec Pauline, Jean prend alors rendez-vous avec une infirmière en addictologie et entame un suivi médical.
En quelques mois, sa consommation d’alcool a beaucoup diminué. « La médiation une porte d’entrée vers le soin », résume Pauline Lassnig.

Avec Pauline, Jean prend alors rendez-vous avec une infirmière en addictologie et entame un suivi médical.

Depuis quelques mois, Médecins du Monde propose également des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) pour le VIHinfo-icon et l’hépatite C. Des bénévoles ont reçu une formation habilitante. Comme Axelle, 20 ans, qui veut mettre à profit son expérience personnelle pour parler prise de risques et prévention avec les consommateurs de produits psychoactifs, attirés dans la région par les free parties. Elle participe à la permanence du jeudi après-midi, à Espéraza. À ses côtés, Jeanine, infirmière à la retraite, ausculte les jeunes Somaliens orientés vers elle par les Restos du Coeur, installés en face du local prêté à Médecins du Monde par la mairie. La coopération entre acteurs de la solidarité est un enjeu de la réponse médicale en zone rurale. C’est pourquoi, à l’initiative de Médecins du Monde, un réseau santé et précarité se met en place. Ses membres organisent une première grande journée de prévention à Quillan le 23 novembre.

 

Thomas Flamerion
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