Sauvetage tragique en Méditerranée

Sauvetage tragique en Méditerranée

Dimanche 17 avril, les équipes de Médecins du Monde et de SOS Méditerranée ont sauvé 108 personnes qui dérivaient depuis plusieurs heures sur un canot à moitié dégonflé et rempli d’eau. Luttant pour leur survie sur une mer agitée, ces rescapés, dont certains ont vu leurs proches se noyer sous leurs yeux, sont en état de choc.

« Lors de la première approche, les réfugiés nous ont dirigés vers deux hommes à la mer. L’un a pu être sauvé in extremis, mais l’autre, qui avait la tête sous l’eau et dont le pied était coincé sous leur bateau, s’est noyé avant que nous n’ayons pu le secourir », déplore Mathias Menge, coordinateur des opérations de sauvetage pour SOS Méditerranée. Au total, il faudra six rotations pour ramener les 108 personnes en sécurité à bord de l’Aquarius. Des transbordements extrêmement périlleux, alors que la mer est agitée par des vents de force 5 à 6, avec des vagues de 2 mètres. Sur le canot des réfugiés, les sauveteurs découvrent plusieurs personnes décédées, alors qu’un autre migrant paniqué saute à la mer et se noie pendant l’opération.

Les premiers rescapés, à bout de force, sont hissés sur le bateau ©Pauline Bandelier
Les premiers rescapés, à bout de force, sont hissés sur le bateau ©Pauline Bandelier

Un bateau surchargé

C’est à 15 h 40, tandis qu’elles récupèrent encore du sauvetage effectué la veille, que les équipes de l’Aquarius reçoivent une alerte, relayée par les autorités maritimes italiennes, au sujet d’un canot de migrants dans un état critique depuis plusieurs heures. L’alerte initiale a été donnée par un tanker et un remorqueur qui se trouvaient à proximité de l’embarcation et ont annoncé ne pas pouvoir prendre le risque, vu les conditions, de mettre à l’eau l’un de leur zodiac pour leur porter secours. « Nous les avons appelés à l'aide, nous avons même essayés de les suivre mais ils ne sont pas venus », témoigne Aboubacar Dabo, un gambien de 14 ans qui a vu son ami se noyer sous ses yeux. « Nous étions au départ entre 130 et 136 », racontera plus tard Daouda, 17 ans, également originaire de la Gambie, pour qui ce drame est arrivé en raison du nombre trop important de personnes sur le bateau. Favorable lorsqu’ils ont quitté Zabratah, en Libye, vers 9h, la mer est devenue agitée alors qu’ils ont quitté les eaux territoriales libyennes. « Tout le monde a commencé à trembler, le bateau s’est mis à tanguer. Avant que vous n’arriviez, nous avions perdu tout espoir, merci de nous avoir sauvés, sans vous nous serions morts », ajoute Daouda. 

Certains rescapés sont dans un état critique ©Pauline Bandelier
Certains rescapés sont dans un état critique ©Pauline Bandelier

Aboubacar Dabo, un gambien de 14 ans, a vu son ami se noyer sous ses yeux.

Les rescapés sont en état de choc © Pauline Bandelier
Les rescapés sont en état de choc © Pauline Bandelier

Des urgences vitales
 

Entamé aux alentours de 17 h 30, le transbordement des réfugiés à bord de l’Aquarius durera plus de deux heures. Frigorifiés, parfois nus, un grand nombre d’entre eux sont dans un état d’extrême faiblesse et doivent être portés à bout de bras sur le navire de SOS Méditerranée. Deux personnes en état d’hypothermie moyenne sont transportées en urgence dans la clinique de Médecins du Monde où elles reprendront progressivement conscience grâce aux soins des médecins et des infirmières. Deux autres qui ont perdu des membres de leur famille dans le naufrage sont victimes de crise d’anxiété et sont prises en charge médicalement et psychologiquement. Au fil de la nuit, une personne touchée de plusieurs blessures par balles, deux femmes enceintes et une personne sévèrement brulée par le gasoil qui s’est rependu à l’intérieur du bateau sont notamment accueillies dans la clinique.

Frigorifiés, parfois nus, un grand nombre d’entre eux sont dans un état d’extrême faiblesse.

Lundi, autour de 13 h, l’Aquarius débarque à Lampedusa. Un rescapé qui a ingéré du gasoil et souffre d’une infection pulmonaire est évacuée en priorité. Heureuses d’avoir pu sauver 108 personnes et conscientes d’avoir fait tout ce qui était en leur pouvoir, les équipes de l’Aquarius sont très éprouvées. Cette traversée dramatique illustre, une fois de plus, la situation désespérée de ces migrants africains qui préfèrent risquer leur vie plutôt que de rester en Libye.

Un rescapé ayant ingéré du gasoil est évacué en priorité à Lampedusa ©Sinawi Medine
Un rescapé ayant ingéré du gasoil est évacué en priorité à Lampedusa ©Sinawi Medine
Pauline Bandelier
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