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Soigner ceux dont personne ne veut

En Turquie, en Algérie et au Mali, les migrants, refoulés, expulsés ou en attente d’un passage vers l’Europe tentent de poursuivre leur rêve d’une vie meilleure. Médecins du Monde leur offre un appui médical et psychologique. 

 

Quel est le point commun entre Ibrahim, à Istanbul, Omar, à Alger, et Admel, à Bamako ? Leur amour du ballon rond. Pourtant, c’est leur statut de migrants que l’on retient, une étiquette facile à coller. Mais ce n’est pas cela qui les fédère, les fait vibrer, rire et se retrouver.

Ibrahim, Omar, Admel, comme tant d’autres, ont quitté leur pays, parfois contraints et forcés, parfois poussés par la nécessité, jamais en touristes. Leurs histoires illustrent parfaitement le propos de Christophe Adam, trésorier de Médecins du Monde : « La migration, d’abord, c’est l’homme. Ce n’est pas un concept ».

 

Écouter, comprendre, conseiller

Médecins du Monde travaille à Alger, à Istanbul et à Bamako pour écouter ces hommes, ces femmes, et pour les soigner. C’est pour changer le regard sur la migration que l’association s’engage auprès de ceux, qui risquent tout et perdent parfois autant, poussés par le désir de « faire une belle vie », comme le dit avec un sourire coupable Do, à Istanbul.

Pour soigner, Médecins du Monde a ouvert un centre médical à Istanbul, mais cela ne suffit pas, il faut aussi informer ces populations fragiles, qui vivent dans la peur de se voir refuser leur accès aux soins. À Alger, par exemple, ils sont nombreux à ne pas oser se rendre à l’hôpital de peur d’y être arrêtés. Rétablir la confiance entre les soignants et les migrants est donc indispensable, et de jeunes étudiants en médecine s’y attellent.

C’est pour changer le regard sur la migration que l’association s’engage.

 

Changer le regard sur la migration

Au Mali, l’ouverture en 2009 d’un programme de santé mentale a permis de prendre conscience des difficultés particulières que rencontraient ceux qui avaient été refoulés aux portes de l’Europe, ou expulsés, tombés dans les filets d’un contrôle d’identité ou arrêtés à la préfecture en venant déposer un dossier. L’expulsion, c’est comme si c’était la mort, dit l’un d’eux. Car, de retour au pays, cet échec en fait des parias, et ils ne retrouvent pas leur place, parfois même au sein de leur propre famille.

Ecouter, c’est bien sûr aider ces migrants sur les difficultés qu’ils rencontrent, se mobiliser, comprendre et faire comprendre. Car au-delà des actions médicales pures, partout où l’association intervient auprès des migrants, elle s’est fixée comme de témoigner de l'impact humain du parcours de migration, des souffrances, des impasses et du gâchis. Pour changer les regards, voir plus loin et sortir des raccourcis. « Le migrant est une énergie vitale », insiste Christophe Adam.

Pour que les migrants soient perçus comme une richesse et non une menace, l’association est aux côtés de ces pigeons voyageurs, comme se définit l’un d’entre eux. Pour qu’il devienne aussi normal de partir, que d’accueillir. Pour que les migrants soient reconnus comme des personnes, des malades, des travailleurs, en bref, des gens comme les autres.

 

À voir le webdoc Les Voyageurs

Luce Michel
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