Médecins du Monde vient en aide aux déplacés au Pakistan © Sara Farid

Pakistan : aider les femmes à prendre un nouveau départ

Grâce au soutien de 500 bénévoles, Médecins du Monde est parvenu à renforcer et à sécuriser les Dar-ul-Amans, refuges pour les victimes de violences au Punjab (Pakistan).

L'ESSENTIEL

En 2004, Médecins du Monde lançait un ambitieux programme d’aide aux femmes victimes de violences domestiques dans la province du Punjab, au Pakistan.

Au terme de 11 années de travail dans les Dar-ul-Amans, ces refuges pour femmes et enfants disposent de normes médicales et juridiques qui garantissent la sécurité des résidents. Et leur permettent de se reconstruire avant de prendre un nouveau départ.

LES VIOLENCES AU QUOTIDIEN

« La plupart des femmes arrivent dans les Dar-ul-Amans parce qu’elles sont en instance de divorce, à la suite d’un mariage forcé, victimes de violences ou pour des problèmes de garde d’enfant », indique Mehreen Fatima, agent de liaison sur le projet de soutien aux femmes victimes de violences domestiques. Arrivées dans ces refuges après avoir fui leur foyer, elles y restent de trois à six mois en général. Certaines peuvent y passer un an, voire deux.

« Parce que ces femmes peuvent avoir été victimes de mauvais traitements, de brûlures à l’acide ou de viols, une consultation médicale leur est proposée dans les quinze jours qui suivent leur arrivée. On leur propose aussi une consultation psychologique pour faire un bilan de leur santé mentale », explique Nicolas Puvis, conseiller technique « protection » pour le programme. En 2013, 16 000 femmes et 4 200 enfants ont ainsi été accueillis et soignés dans les refuges.

En plus d’un accompagnement médical spécifique adapté, les femmes ont également accès à des conseils juridiques. Des lois existent en leur faveur, les Pro-women laws, mais sont souvent bafouées. Violences sexuelles, enlèvements, crimes d’honneur ou meurtres demeurent une réalité dramatique pour les femmes pakistanaises. En 2012, plus de 7 500 cas de violences faites aux femmes ont été recensés au Pakistan, dont 63 % dans la seule province du Punjab.

« La société civile se mobilise aujourd’hui pour mettre fin à ces violences », assure Nicolas Puvis. C’est ainsi qu’est née l’alliance Mumkin, que Médecins du Monde a aidé à structurer. Ce réseau d’une vingtaine d’associations pakistanaises de défense des droits des femmes mène des actions militantes et plaide auprès des autorités.

Les femmes considèrent les centres comme le seul lieu où elles sont réellement en sécurité.

DES NORMES MINIMALES DE SÉCURITÉ

Malgré une vigilance particulière apportée dans les Dar-ul-Amans et aux alentours, « il arrive que ces femmes soient mises en danger au sein même des centres-refuges : cela va du déni de droit à l’accès aux soins jusqu’aux abus les plus graves et aux crimes d’honneur. Pour éviter au maximum que la violence s’invite dans les Dar-ul-Amans, Médecins du Monde y a mis en œuvre des normes minimales à respecter touchant à la gestion du centre, à la protection et au bien-être des résidentes et aux services médicaux, juridiques et psychosociaux dont les femmes doivent bénéficier » explique Nicolas. Désormais, la violence y est de plus en plus rare et les femmes considèrent ces centres comme le seul lieu où elles sont réellement en sécurité.

Depuis 2011, Médecins du Monde a engagé un retrait progressif et œuvre à renforcer les compétences du personnel des Dar-ul-Amans et du département des Affaires sociales pour que soient préservés les services proposés et le respect des standards minimaux. Cette phase de transfert du projet aux autorités du Punjab se termine en avril 2015.

TÉMOIGNAGE

Barbara Ten Kate, responsable de mission Pakistan

« Entre 2006 et 2009, des théâtres thérapeutiques ont été organisés dans les Dar-ul-Amans. Il s’agissait de séances au cours desquelles les femmes qui le souhaitaient jouaient la véritable histoire d’une des résidentes, sa jeunesse, son mariage forcé et les violences domestiques qu’elle avait subies. Cet exercice avait une réelle portée thérapeutique. Les femmes qui y participaient, en travaillant leurs émotions, en retiraient souvent un véritable soutien. Le théâtre était également une manière de sensibiliser le grand public sur l’histoire de ces femmes victimes de violences. De temps en temps, une cérémonie était organisée, à la fin, où étaient invités les partenaires gouvernementaux, la société civile et même la presse. Ces activités ont été arrêtées après une orientation nouvelle du programme. »

Catherine Silva
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