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Les femmes et les enfants des caravanes, vus du terrain

Les femmes et les enfants des caravanes, vus du terrain

En Amérique centrale, insécurité et pauvreté poussent toujours plus de personnes sur les routes de l'exil. Des migrants vulnérables qui forment depuis peu des caravanes pour convoyer ensemble vers une vie meilleure plus au Nord. Parmi ces personnes, nombres de femmes et enfants, d'autant plus fragilisés par le passé qu'ils fuient et les conditions de l'exil.
Raquel, membre de nos équipes au Guatemala, est allée à leur rencontre.

Je dis seulement : « Mais elle est chouette ta coiffure ! » et les cinq enfants éclatent de rire.

« Maman, écoute ça, regarde, la fille… elle dit que Margarita – une petite de 2 ans – a une coiffure ! ». Les éclats de rire sont tels que les autres enfants viennent voir ce qui se passe. Tous en joie, ils me montre du doigt car je suis devenue la source de leur rire collectif. 

Un petit cercle s’est formé, ce qui me permet de discuter avec la plupart d’entre eux, avec l’autorisation préalable de leurs mamans bien sûr. 

Là où il y a des enfants, il y a du bruit, et ce n’est pas surprenant que mon collègue de la Casa del Migrante m’ait regardée avec l’air de dire : « Si vous me refaites du chahut, je vous sors ». Sympa, lui. 

 

 

Identifier les enfants en cas de séparation avec leur famille

Ce soir-là, j’ai l’honneur d’approcher les enfants de la Caravane, dans l’idée de leur donner un morceau de papier plastifié avec les coordonnées de leur mère ou de la personne qui les accompagne, en guise de carte d’identité. Par prudence, il vaut mieux que les enfants puissent être identifiés si jamais ils sont séparés de leur famille dans la précipitation, en cas de fatigue, d’inquiétude, ou même de bombe lacrymogène. 

 

 

Certaines mamans, mortes de fatigue, peuvent à peine prononcer leurs coordonnées et s’assurer que leurs enfants portent bien leur carte, après quoi elles tombent de sommeil, s’accordant quelques heures de répit avant de reprendre la route. D’autres, encore éveillées, vont de droite à gauche, cherchant de l’eau, une couche, une prise électrique pour recharger leur téléphone portable, un biberon ou une couverture en plus pour leur enfant.
 

L’exercice consiste à s’approcher de chacune, respectueusement, et à leur demander si elles souhaitent une carte. Certaines répondent, sérieuses et brèves ; d’autres m’accordent leur temps précieux, parlant avec moi, racontant les raisons pour lesquelles elles ont quitté leur pays bien-aimé. 

Un dénominateur commun : les violences sexuelles

Leur dénominateur commun à toutes : les violences sexuelles. Elles fuient, soit le harcèlement d’un membre de gang, soit les menaces de mort d’un mari irresponsable et machiste ou ses pressions pour leur enlever leurs enfants. Les victimes ne sont pas seulement des femmes, il y a aussi de jeunes filles qui ont survécu à ces violences et dont les agresseurs sont les hommes de leur entourage.
En écoutant chacune d’elles, celles qui ont bien voulu s’ouvrir, je comprends que leur force, elles la puisent chez leurs enfants, même les plus petits.

 



« Nous avons porté plainte, mais l’homme a payé un avocat qui était un ami du juge. Il a été libéré ! Il ne s’est rien passé. Mais je veux que ma fille comprenne que je la crois et que je vais la protéger. » 
« Aujourd’hui, j’ai appris que je suis enceinte. J’avais des soupçons, mais en arrivant ici, j’ai vu qu’il y avait une clinique et je me suis dit : « cette fois, je vais demander au médecin de me faire passer un test ».

Au Honduras, aller au centre de santé, c’est comme aller au cimetière. Il n’y a rien, juste des gens qui se plaignent.

Au Honduras, aller au centre de santé, c’est comme aller au cimetière. Il n’y a rien, juste des gens qui se plaignent. Mais aujourd’hui, je l’ai fait, l’infirmière m’a accompagnée et c’était positif. Je suis enceinte d’à peine un mois. Ce bébé qui m’accompagne et celui que j’ai dans mon ventre, ils sont la raison pour laquelle je m’en vais loin de mon pays, je ne peux pas rentrer. Si je suis renvoyée au Honduras, mon père me tue. Il a été obligé de rejoindre le gang des Maras il y a plusieurs années. C’était quelqu’un de bien, mais maintenant les choses ont changé. Moi j’ai travaillé dur, mais on ne peut pas vivre là-bas », m’explique une autre femme hondurienne, en me montrant les blessures d’impacts de balles sur son corps, quand elle a été attaquée au mois d’août de l’année dernière, parce qu’elle ne pouvait pas payer le racket.

Un courage à toute épreuve

Un à un, je passe aux mineurs l’insignifiante carte autour du cou, en leur disant : « Quand tu marches, reste toujours près de ta maman. N’accepte rien d’un inconnu, même pas un bonbon. Ne lâche pas la main de ton petit frère. Si ta mère dort, reste à côté d’elle. Il ne faut pas aller tout seul aux toilettes ».
Les enfants écoutent chacune des recommandations avec attention, les sourcils froncés tant ils sont attentifs, hochant la tête avec tout le sérieux de leur courte vie. Les mamans rajoutent : « Tu as bien entendu mon chéri ? Écoute ce que dit la jeune fille, tu dois rester à côté de moi ».

 


Après deux jours de marche, elles trouvent encore de la tendresse pour les bercer et leur fredonner une mélodie, au milieu de l’obscurité, installées sur une pièce de mousse posée à terre. 
Je me demande : "lorsque ces enfants auront grandi, quels souvenirs garderont-ils de leur enfance, de leur mère ?"

Entre la violence des gangs et l’État, ces personnes sont à genoux. C’est ce qu’on appelle déplacement forcé. Humainement, il est impossible de rester indifférent, on ne peut pas dormir tranquille lorsqu’il y a des bébés malades qui dorment sur le trottoir.

Raquel Velázquez Rosales
Référente du programme Migration et Déplacements forcés de Médecins du Monde au Guatemala
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