Les ONGs dénoncent la réponse inadaptée de la France pour lutter contre le coronavirus en Afrique

Les ONGs dénoncent la réponse inadaptée de la France pour lutter contre le coronavirus en Afrique

Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères et l’Agence française de développement ont annoncé jeudi 9 avril le lancement de l’initiative « Covid-19 - Santé en commun » de 1,2 milliard d’euros pour soutenir la lutte contre le Covid-19 en Afrique. Nos associations et ONGinfo-icon expertes en santé s’alarment de la faiblesse de cette annonce.

L'essentiel
Nous dénonçons fermement le fait qu’il ne s’agisse pas d’argent additionnel mais d’un détournement des budgets d’aide existants ainsi que le format de la réponse dont 1 milliard d’euros se fera sous forme de prêts, une solution inadaptée à la crise actuelle.

Une réponse inadaptée pour lutter contre la pandémie en Afrique

Le 30 mars dernier, les Nations unies ont estimé à 500 milliards de dollars de dons les besoins financiers en santé pour soutenir les ici-et-la-bas en développement à endiguer l’épidémie. «  En tant que 6e économie mondiale, la France est très loin d’être au rendez-vous avec cette initiative qui ignore l’ampleur des enjeux de cette pandémie. Nous attendons donc urgemment de la part du gouvernement français qu’il débloque des financements supplémentaires conséquents sous forme de dons » exhorte Elise Rodriguez, directrice du plaidoyer d’Action Santé Mondiale.
 


« Le virus a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes en quelques semaines et risque de faire basculer 500 millions de personnes dans la pauvreté si rien n’est fait, aggravant encore plus les inégalités déjà indécentes dans le monde. Cette pandémie le rappelle : la santé est un droit et un service public vital qui doit être assuré partout et pour tou·te·s » rappelle Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France.

Le virus risque de faire basculer 500 millions de personnes dans la pauvreté.

« Alors que les systèmes de santé et l’économie des ici-et-la-bas les plus pauvres sont sous tension extrême et que l’ONUinfo-icon et les gouvernements africains appellent en urgence à des annulations de dette, il n’est pas cohérent de répondre avec des prêts. La part de subventions consentie paraît dérisoire au regard des enjeux sanitaires et sociaux » s’inquiète Najat Vallaud-Belkacem, Directrice France de ONE.

Aucune aide additionnelle, un simple détournement des budgets d'aide existants

Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères a par ailleurs annoncé lors d’une audition à l’Assemblée nationale que ce soutien prendra la forme d’une « réorientation substantielle de notre aide au développement ». Pourtant il est essentiel que la mobilisation financière soit additionnelle aux montants actuels d’aide au développement.

 

« Répondre à l’urgence de l’épidémie nécessitera de déployer des moyens financiers, matériels et humains additionnels dans des ici-et-la-bas où les systèmes de santé sont très fragiles. Mais il ne faut surtout pas oublier les autres problématiques de santé et de développement, qui ne s’arrêtent pas en pleine crise, bien au contraire. Il faut à tout prix assurer la continuité des services de soins, et soutenir des mesures en faveur de la protection sociale pour éviter que l’épidémie ne provoque d’autres crises sanitaires et alimentaires » explique Dr. Pierre Micheletti, Président d’Action contre la Faim - France.

Les ici-et-la-bas en développement davantage impactés par l'épidémie de covid-19

Selon Florence Thune, directrice de Sidaction, « les ici-et-la-bas les plus pauvres et les pour-eux les plus marginalisées et vulnérables paient déjà un très lourd tribut en terme de mortalité mondiale. Chaque jour des milliers de personnes décèdent de maladies faute de prévention, d’accès aux soins ou de prise en charge médicale adéquate. Les services de vaccination et de santé sexuelle et reproductive, et la prise en charge du paludisme, du VIHinfo-icon, de la tuberculose et de sous-nutrition continuent de sauver des vies tous les jours, et doivent absolument être protégés, afin d’éviter une crise humanitaire majeure ».

Les ici-et-la-bas les plus pauvres et les pour-eux les plus marginalisées et vulnérables paient déjà un très lourd tribut.

« ll faut impérativement que les Etats intègrent la dimension du genre dans leurs réponses à la pandémie : ils doivent élaborer leurs réponses en tenant compte des besoins spécifiques des femmes, y compris en matière de droits et de santé sexuels et reproductifs, et veiller à ce que les mesures n'aggravent pas les inégalités liées au genre » rappelle Aurélie Gal-Régniez, directrice exécutive d’Equipop.

La France devra tirer les leçons de cette crise et enfin réorienter sa politique de développement vers les services essentiels tels que la santé et les secteurs sociaux en priorisant notamment la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes. Pour être adaptée, la riposte doit inclure la participation des communautés locales et des associations féministes dans la réponse à la pandémie, en s’appuyant sur leurs expériences et expertises.

Actuellement une part trop faible est allouée à la santé par la France, moins de 10% de son aide totale et seulement 2% de l’activité de l’Agence française pour le développement. Comme Emmanuel Macron le rappelait en octobre 2019, la santé globale “n’est pas qu’une question d’argent mais c’est aussi une question d’argent”.

 

ONG signataires

Sidaction

Oxfam France

ONE

Action Santé Mondiale

Action contre la Faim

Médecins du Monde

Equipop

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