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Roms, construire une véritable politique d’avenir
Depuis presque 20 ans, les équipes de Médecins du Monde travaillent auprès des populations roms
Depuis quelques années, les populations roms font l’objet d’une médiatisation forte et polémique, conduisant régulièrement à une stigmatisation de cette minorité européenne. Pourtant, les cas d’intégration réussie se multiplient et montrent que des solutions existent, à condition de vouloir construire une politique d’avenir pour les Roms, roumains ou bulgares, présents en France.
Tribune parue dans Libération 14/08/2012
Depuis presque 20 ans, les équipes de Médecins du Monde travaillent auprès des populations roms. Parler des Roms, c'est parler de la diversité, d'Europe, d'intégration, de médiation, de cultures… Et nous préférons parler de tout cela, analyser la complexité des situations humaines et communautaires, plutôt que de rejouer le jeu de l'expulsion. C’est pourquoi, au-delà des images de destruction de bidonvilles et d'expulsion de squats, nous voulons témoigner de l’évolution et surtout des succès qui entourent la question de l’intégration des Roms en France et en Europe. Les preuves les plus remarquables en sont la scolarisation d'enfants, l’accès au travail, la socialisation dans un quartier, l’accès au logement autonome ou encore la création d’entreprise. Du point de vue sanitaire, cela se traduit par un changement de regard sur la planification familiale chez des femmes qui ne connaissaient trop souvent que l'interruption volontaire de grossesse, ou sur le recours plus adapté au système de soins, à un suivi coordonné d'une pathologie chronique via le médecin généraliste de proximité. Le projet national de médiation sanitaire, dont Médecins du Monde fait partie, témoigne de cette volonté de construire des nouvelles modalités d'intervention médico-sociale à destination de ces populations marginalisées. Bien sûr il reste beaucoup à faire : les questions des mineurs isolés, de l'exploitation des personnes fragiles âgées ou handicapées, de la prostitution sont très présentes. Aussi, le non accès à la prévention et aux soins primaires pour cette population fragile est un enjeu majeur complexifié par la poursuite des expulsions sans propositions alternatives de relogement.
Il faut que nous avancions, et pour cela nous proposons à ceux dont la mission est de piloter nos politiques nationales, deux propositions de travail.
La première est européenne. La France doit d'abord s'engager à mettre un terme aux mesures transitoires imposées aux Roumains et aux Bulgares. Pourquoi imposer à ces populations marginales une barrière financière dans l'accès au travail, obligeant un employeur à régler au minimum 713 euros de taxe OFII (Office Français de l’Immigration et l’Intégration) lorsqu'il propose un contrat de travail de plus d'un an à un citoyen bulgare ou roumain ? Pourquoi aussi accorder un droit de séjour limité à ces citoyens européens ? Comment enfin justifier le coût exorbitant d'une mesure de reconduite à la frontière (20 970 euros d'après une évaluation du Sénat) de citoyens européens de l’espace Schengen? La France ne devrait plus se permettre de se faire pointer du doigt par l’Union européenne pour« discrimination sur la base de l’origine ethnique». Le gouvernement français doit défendre une approche européenne d'intégration des populations roms, et plus largement la définition d'un socle commun de droits sociaux européens et de mécanismes de solidarité partagée envers les européens les plus fragiles.
La seconde est locale. Les difficultés que rencontrent les acteurs de terrain impliqués auprès de la population rom sont nombreuses. Le gouvernement doit soutenir les élus locaux qui se mobilisent pour résoudre les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Il doit aussi obliger les différentes parties à organiser sur leur territoire, particulièrement sur les grandes agglomérations françaises, des tables rondes réunissant l'ensemble des acteurs impliqués – services de l'Etat, commune, intercommunalité, conseil général, associations – et ainsi tracer une stratégie locale en trouvant les justes arbitrages. Ne réduisons pas une politique publique à des quotas d'expulsions, soutenons plutôt les élus locaux qui s'impliquent dans la complexité des enjeux sociaux.
L'arrivée d'un nouveau gouvernement doit être l'occasion de redéfinir des axes et des perspectives. En ce qui concerne la population rom installée dans nos grandes villes, nous, Médecins du Monde, voulons profiter de cette alternative politique pour mettre en lumière le caractère éminemment politique et collectif du débat, qui fait appel avant tout à la médiation, l'accompagnement citoyen, social et éducatif. Droits et devoirs se confrontent. Solidarités et responsabilités aussi.
Dr. Thierry Brigaud, Président de Médecins du Monde
Dr. Christophe Adam, membre du Conseil d’Administration de Médecins du Monde
août 2012
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