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Haltes soins addictions : le temps de l'audience pour rappeler la nécessité et l'efficacité du dispositif

Tribune publiée dans La Tribune Dimanche le 07/10/2026

Alors que les Haltes Soins Addictions (HSA) ont fait leur preuve, ces dispositifs restent cantonnés à l’expérimentation. À l’occasion de l’audience du 8 octobre, le tribunal administratif de Paris examinera le recours contre l’inaction de l’État déposé par Médecins du Monde, la Fédération Addiction et leurs partenaires.

Face aux scènes de consommation de drogues dans la rue, doit-on choisir entre tranquillité publique et santé ? Depuis dix ans, les haltes soins addictions (HSA) montrent qu’il est possible d’agir sur les deux fronts. Pourtant, ces lieux où l’on soigne, accompagne et réduit les risques restent cantonnés au statut d’expérimentation. Le 8 octobre, le tribunal administratif de Paris examinera notre recours contre l’inaction de l’État. Dix ans après l’ouverture de la première HSA parisienne, combien faudra-t-il encore de preuves pour que ce dispositif soit enfin reconnu comme un indispensable outil de santé publique ?

Le 14 avril 2025, nous – Médecins du Monde et la Fédération Addiction – attaquions l’État en justice pour inaction et obstruction dans la mise en place de nouvelles HSA en France. Deux recours ont été déposés : l’un général portant sur la responsabilité de l’État au niveau national, l’autre – porté également avec AIDES – concernant spécifiquement la situation à Marseille. Une initiative soutenue par de nombreuses associations, dont le Bus 31/32, Nouvelle Aube et Asud Mars Say Yeah. Outre la reconnaissance de la faute de l’État, notre action en justice vise la pérennisation et l’ouverture de nouvelles HSA sur le territoire.

Plus d’un an après nos recours en contentieux, l’audience du 8 octobre est l’occasion de rappeler la nécessité et l’efficacité des HSA. Lorsqu’il s’agit de protéger la santé des personnes consommatrices de drogues, notre société ne peut plus se contenter d’intentions : pour les plus vulnérables, elle doit passer à l’action. Les HSA sont des dispositifs médico-sociaux expérimentés et salués par plusieurs évaluations indépendantes – la plus récente datant de juin 2025. Elles incarnent une réponse adaptée aux besoins des personnes concernées, trop souvent laissées en marge du système de soins.

Santé et sécurité ne sont pas incompatibles

Aujourd’hui, usagères et usagers de drogues, actrices et acteurs du médico-social en sont réduits à voir uniquement votées des lois qui menacent toujours davantage leurs droits.

La dernière en date, la loi Ripost promulguée en août 2026, est entièrement tournée vers la répression. En renforçant les sanctions, notamment en élargissant le recours à l’amende forfaitaire délictuelle, ce nouveau cadre législatif fragilise les plus précaires. Cette restriction des droits et libertés a notamment été constatée par le Défenseur des droits, le Conseil d’État et le Syndicat de la magistrature.

Pourtant, les HSA démontrent chaque jour qu’il est possible d’allier santé et sécurité, accompagnement médical et lien social. Elles doivent être reconnues pour ce qu’elles sont : un maillon essentiel dans une politique de santé publique moderne et responsable. À Paris et à Marseille, des collectifs des riverain·es portent ainsi une parole de proximité sur la pérennisation de ces espaces qu’ils et elles voient comme des lieux de soins et de lien indispensables pour apporter des réponses adaptées et non punitives.

Un dispositif qui fête ses dix ans à Paris

Hasard du calendrier, le 16 octobre marque la date anniversaire des dix ans de la HSA parisienne, qui accueille environ 800 personnes par an. Dix ans d’ouverture quotidienne, de liens construits dans la durée avec des personnes en situation de grande marginalité, de consultations de soins de première ligne mais aussi de traitements au long cours. Dix ans d’engagement des équipes pour accompagner, orienter, soigner, parfois dans l’urgence de situations de plus en plus complexes, aggravées par des politiques où la répression prime sur l’accès aux soins.

Malgré l’ensemble des résultats positifs documentés au sein de 140 structures, à Paris, à Strasbourg et dans onze pays européens, le gouvernement refuse toujours d’accorder mieux qu’un sursis aux HSA. En dépit des faits donc, elles restent enfermées dans un horizon à court terme : leur survie au-delà de 2027 ne bénéficie d’aucune garantie.

L’audience du 8 octobre est un moment décisif pour réaffirmer le bien-fondé des HSA, un pont entre la rue et les dispositifs de soins, une rampe d’accès aux droits les plus fondamentaux. Après dix ans, les HSA ne demandent plus à être expérimentées. Elles demandent à être pérennisées.

Nous rappelons aujourd’hui à l’État une obligation primordiale : ne pas abandonner les personnes les plus vulnérables aux marges de la société, mais leur permettre, tout simplement, de se soigner dignement.

 

Signataires :

  • Jean-François Corty, président de Médecins du Monde
  • Catherine Delorme, présidente de la Fédération Addiction
  • Camille Spire, présidente de Aides
  • Caroline Gasiglia, présidente d’Asud Mars Say Yeah
  • Joachim Levy, directeur de Nouvelle Aude
  • Nicolas Bonnet, président de Bus Paris-Marseille
  • Jim Villetard, avocat au Barreau de Paris
  • Vincent Brengarth, avocat au Barreau de Paris