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Réduction des risques liés à l'usage de drogues

© Olivier Papegnies

  • 77 %

    du budget dédié à la politique de lutte contre l’usage de drogues est consacré à la répression

  • 170 000

    personnes interpellées en 2018 pour usage de stupéfiants, chiffre multiplié par 3 en 20 ans

  • 11 %

    des condamnations pour usage de stupéfiants aboutissent à des peines de prison

77 %

du budget dédié à la politique de lutte contre l’usage de drogues est consacré à la répression

170 000

personnes interpellées en 2018 pour usage de stupéfiants, chiffre multiplié par 3 en 20 ans

11 %

des condamnations pour usage de stupéfiants aboutissent à des peines de prison

Évaluation des risques : les usagers de drogues en France

Les personnes qui consomment des produits psychoactifs illicites, de la drogue, et autres substances psychoactives sont exposées à de multiples risques de santé, dont certains sont liés aux consommations et aux addictions, et d’autres à la stigmatisation et la répression dont elles font l’objet. L’objectif général des programmes de Médecins du Monde sur la réduction des risques liés à l’usage de drogues est d’améliorer la santé ainsi que l’accès aux droits des personnes et de faire tomber les barrières légales, normatives et sociales qui marginalisent ces populations et les écartent des services de santé.

L’objectif de Médecins du Monde dans la réduction des risques liés aux drogues et stupéfiants est donc double : mettre en place une politique de réduction des risques basée sur l’encadrement des conduites addictives, et ainsi, agir pour la réduction des dommages sur la santé en encourageant la consommation à moindre risque.

Une législation répressive inadaptée

La France dispose d’une politique des drogues comptant parmi les plus répressives d’Europe. Dans la mise en œuvre des programmes de santé et d’accès aux soins, Médecins du Monde se heurte aux limites posées par le cadre légal, notamment par la loi de 1970 qui institue les principes de prohibition des drogues et de pénalisation de l’usage. Cette politique répressive inefficace et coûteuse impacte négativement la santé des personnes usagères de drogues. L’association plaide pour des politiques centrées sur la promotion de la santé et permettant de garantir le respect des droits humains.

Voilà pourquoi le besoin de prise en charge des personnes toxicomanes doit primer sur la lutte contre la drogue. Un programme de réduction des risques doit en effet encadrer la consommation de substances addictives, sans pour autant opprimer les usagers de drogue. Consommer des drogues et médicaments peut mener à une forte addiction qui, aujourd’hui encore, reste punie plutôt que prise en charge dans la bienveillance. Cette oppression concerne principalement des produits illicites, mais l’usage de drogue et les risques qui y sont liés reposent également sur un certain nombre de drogues licites telles que la consommation d’alcool et de médicaments psychotropes.

Articles 04.02.2022
Frontière franco-britannique : politiques sécuritaires & répressives
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L’action de Médecins du Monde s’engage dans la réduction des risques liés aux usages de drogue

Médecins du Monde travaille depuis 1989 auprès des usagers de drogues en vue de réduire les méfaits liés à la consommation de substances licites et illicites. Actrice historique de la réduction des risques en France, l’association a contribué à sa reconnaissance en tant qu’intervention de santé publique et à son inscription dans la loi en 2004. En ce sens, l’association met en œuvre plusieurs actions afin de réduire les risques liés à la consommation. Il faut avant tout prévenir l’usage de drogues injectables mais également, encadrer la consommation de substances encore mal connues.

Les programmes visant à réduire le risque lié à la drogue mis en place par Médecins du Monde dans ce cadre (échange de seringues, accès aux traitements de substitution aux opiacés, etc.) ont été progressivement transférés à des associations partenaires ou à de nouvelles organisations spécifiquement créées pour poursuivre les activités. Si Médecins du monde n’a désormais plus de programmes de terrain spécifiques auprès des personnes usagères de drogues en France, l’association poursuit son engagement en faveur d’une réforme du cadre légal sur les drogues.

© Maxime Couturier

L’analyse de drogues comme outil de réduction des risques

La prohibition oblige les utilisateurs de drogues à s’approvisionner sur le marché noir, sur lequel il n’existe ni normes sanitaires ni standardisation. Les usagers consomment des produits psychoactifs sans en connaître la composition et la pureté, avec des risques de surdoses, mortelles ou non. On observe actuellement une évolution du marché des drogues avec des produits de plus en plus puissants, une diversité des molécules et, une augmentation de la pureté des produits.

L’analyse de drogues comme outil de réduction des risques permet d’informer les personnes sur la composition des produits consommés. Les entretiens de collecte et de rendu de résultats, menés par des intervenants spécialisés en réduction des risques, sont un cadre privilégié d’échange sur les connaissances et pratiques des usagers, pour renforcer les connaissances mutuelles et co-construire des stratégies individuelles de promotion de la santé.

D’abord uniquement déployée lors d’évènements festifs techno alternatifs de 1999 à 2002, l’analyse de drogues a ensuite été proposée par Médecins du Monde en squat et lors de permanences hebdomadaires dans les locaux de l’association.

Le dispositif d’analyse de drogues a poursuivi son évolution en incluant, à partir de 2010, de plus en plus de partenaires (CSAPA , CAARUD , associations intervenant en milieu festif) et en expérimentant la démarche dans de nouveaux espaces. En 2020, plus de 70 structures avaient rejoint le dispositif développé par Médecins du Monde.

En 2016, la réforme de la loi santé a reconnu juridiquement l’analyse de drogues comme une intervention de réduction des risques. En 2021, Médecins du Monde a mis fin à son dispositif, en transférant ses compétences et savoir-faire à un réseau animé au niveau national par la Fédération Addiction. Celui-ci a vocation à rassembler l’ensemble des structures engagées dans l’analyse de drogues proposée dans une démarche de réduction des risques et de promotion de la santé.

Education aux risques liés à l’injection de drogues (ERLI)

De 2009 à 2016, Médecins du Monde a mis également en place un programme de réduction des risques innovant, et basé sur l’éducation aux risques liés à l’injection (ERLI) en Ile-de-France qui proposait aux usagers de drogue par voie intraveineuse des séances éducatives à la fois théoriques et pratiques centrées sur la santé. Au cours de ces séances organisées dans un espace dédié, l’usager de drogue par injection consommait son produit en présence des intervenants de l’association, ce qui permettait d’instaurer un échange sur les risques associés aux pratiques propres à l’usager. Cette pratique se diffuse désormais au sein des structures spécialisées. Ces dernières ont d’ailleurs pris des mesures de réduction des risques liés à la consommation de substances multiples. Elles sont notamment basées sur un programme d’échange, ayant lieu dans des endroits sûrs : salles de consommation, salles d’injection, salles de shoot…

Grâce à ces programmes de réduction des risques multiples, Médecins du Monde agit largement dans la réduction du risque liés aux drogues et substances pouvant s’avérer dangereuses. En effet, dans une logique d’accompagnement (et non de lutte contre les drogues), les volontaires interviennent sur le plan de l’encadrement des usages dans les domaines de santé et sécurité mais aussi dans une volonté d’hygiène et de sécurité.