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Le Rapport Moral 2025
de Médecins du Monde
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Edito
L’année 2025 s’est ouverte sur un paysage humanitaire profondément bouleversé. Le choc brutal provoqué par la fermeture de l’agence américaine USAID, décidée par l’administration Trump, a drastiquement affecté le secteur avec 75,9 milliards de dollars de financements programmés annulés. Dans ce contexte général de baisse des financements publics, la capacité d’action des organisations de solidarité ainsi que la vie de millions de personnes ont été mises à mal.
UNE OFFENSIVE IDÉOLOGIQUE ET FINANCIÈRE
Cette diminution des financements nous affecte profondément, alors même que la persistance des conflits armés, l’impunité face aux violations du droit international humanitaire, les crises économiques et le péril environnemental accentuent la précarité et les inégalités.
Au-delà des coupes budgétaires, cette transition est la preuve d’un revirement idéologique profond. Des démocraties occidentales revendiquent désormais des politiques ouvertement hostiles aux droits humains : elles remettent en cause les principes de solidarité, conditionnent l’aide, restreignent l’accès au terrain et délégitiment l’action des organisations indépendantes, au motif que celles-ci ne porteraient plus les « bonnes » valeurs. Cette dérive illibérale menace directement notre mandat, notre liberté d’agir et notre rôle de contre-pouvoir constructif issu de la société civile.
Cette nouvelle hiérarchie de valeurs fondée sur le non-respect des droits se manifeste de manière particulièrement dramatique dans le traitement de conflits majeurs. À Gaza, au Soudan ou en République démocratique du Congo (RDC), l’incapacité de la communauté internationale à protéger les populations civiles et à faire respecter le droit
international humanitaire est criante.
En Europe et en France, cette dynamique se traduit par une montée en puissance d’un populisme de tendance extrême droite, une répression accrue et un acharnement administratif visant les associations, sur la base d’une confusion volontaire entre engagement militant citoyen et militantisme partisan. Nos organisations sont ainsi accusées de soutenir des idéologies, d’encourager les migrations ou d’entretenir des liens avec des groupes
terroristes. Ces attaques infondées et répétées visent à restreindre les libertés associatives et à délégitimer une parole pourtant bâtie sur l’éthique médicale et l’expertise de terrain.
Alors même que près de 305 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire d’urgence, la baisse des financements a des conséquences directes et dramatiques sur les personnes, les femmes et minorités de genre
en premier lieu : limitation de l’accès aux soins, ruptures d’approvisionnement en médicaments, arrêt de campagnes de vaccination, fermeture de programmes essentiels sur le VIH, la prise en charge des violences liées au genre, ou encore l’accès à la santé sexuelle et reproductive.
Face aux pressions toujours plus nombreuses, Médecins du Monde assume pleinement son rôle : entrer en résistance, défendre une vision du monde fondée sur des valeurs de solidarité, de liberté, de respect des droits humains à travers l’accès universel aux soins et la réduction des inégalités.
RÉSISTER MALGRÉ LES PRESSIONS
À l’international, nous avons poursuivi nos interventions avec exigence et détermination, en veillant à rester à la fois lucides sur les contraintes et résolument concentrés sur l’impact de nos actions.
Au Moyen-Orient, les politiques impérialistes et coloniales restrictives entretiennent une crise d’humanité. Présente au Liban, en Palestine, en Syrie, au Yémen et en Irak, Médecins du Monde rappelle avec force que l’aide humanitaire ne doit jamais être politisée ni conditionnée : seuls les besoins des populations doivent primer.
À Gaza, malgré la violence extrême de nature génocidaire et un cessez-le-feu qui relève d’une fiction avec plus de 500 morts depuis son annonce en octobre 2025, malgré les destructions massives et les conditions d’accès aux soins dramatiquement dégradées, nos équipes sont intervenues sans relâche. Aujourd’hui, elles font face à de graves
menaces d’expulsion, alors même que les besoins humanitaires restent immenses : insécurité alimentaire, système de santé détruit, blessés et malades privés de soins adaptés et de toute possibilité d’évacuation.
En Syrie, la chute du régime de Bachar el-Assad a permis un retour progressif de nos équipes et le redéploiement d’activités, dans un contexte encore fragile mais porteur d’espoir.
Nous restons également mobilisés sur des crises dites « oubliées », qui continuent de faire des ravages loin des projecteurs. En RDC, la prise de Goma en janvier 2025 et l’extension des violences dans l’est du pays ont aggravé une crise humanitaire chronique. Présente de longue date dans le pays, Médecins du Monde a renforcé sa réponse
d’urgence, notamment autour des droits et de la santé sexuels et reproductifs, dans un contexte où plus de cinq millions de personnes sont déplacées.
Nous poursuivons également nos actions en Amérique latine, en particulier au Mexique, en Colombie et en lien avec la crise vénézuélienne, ainsi qu’en Ukraine, où les besoins demeurent. Partout, nous restons particulièrement vigilants
aux attaques contre les droits des femmes, exacerbées par le rétablissement de politiques telles que la « Global Gag Rule », qui entravent l’accès à la contraception et à l’avortement.
UN CLIMAT DE PLUS EN PLUS HOSTILE
En France, le recul de la solidarité internationale se conjugue à des dynamiques nationales préoccupantes. Le projet de loi de finances prévoit une réduction de 800 millions d’euros pour l’aide publique au développement en 2026. Cette situation fragilise les réponses sanitaires et remet en cause l’accès effectif aux droits fondamentaux.
La montée des idées d’extrême droite et la radicalisation du discours politique pèse sur les acteurs de la société civile. Des associations militantes sont fréquemment attaquées, ce qui contribue à un climat de suspicion et à une restriction accrue des libertés associatives par des mesures administratives et sécuritaires.
Malgré tout, nous poursuivons nos actions avec détermination. Présente depuis quarante ans sur le territoire, notre association continue d’agir auprès des personnes exilées, à Calais et à Briançon par exemple, dans un contexte de dégradation de l’accès aux droits et à la santé. En 2025, année des 80 ans de la Sécurité sociale, nous avons maintenu
un plaidoyer exigeant en faveur d’un modèle solidaire de couverture maladie universelle, notamment à travers la
publication du rapport de l’Observatoire de l’accès aux droits et aux soins révélant des données probantes sur l’inégalité d’accès aux soins.
Les équipes ont été très actives sur le plaidoyer lors des élections municipales préfigurant ce que nous commençons à formaliser pour les élections présidentielles de 2027.
En 2025, Médecins du Monde s’est fortement engagée contre les inégalités environnementales à travers son combat sur les liens entre santé et environnement. La proposition de loi Duplomb finalement adoptée en juillet 2025 avec des ajustements, malgré une forte opposition citoyenne à laquelle nous avons participé, a illustré les menaces
pesant sur la santé publique et l’indépendance de l’expertise scientifique. Aux côtés de nombreux malades, médecins et chercheurs, Médecins du Monde continue de dénoncer des décisions politiques qui limitent le droit de vivre dans un environnement sain, qui renforcent les intérêts privés contre l’intérêt général et relèguent au second plan les inégalités de santé publique.
Enfin, dans un climat sociopolitique toujours plus répressif, nous restons pleinement mobilisés aux côtés de communautés particulièrement stigmatisées telles que les personnes usagères de drogues, et/ou exerçant le travail du sexe. Les politiques de criminalisation du travail du sexe continuent de dégrader l’accès aux soins et aux droits, dix ans
après la promulgation de la loi de pénalisation des clients de service sexuels tarifés.
En avril 2025, Médecins du Monde a engagé deux contentieux pour dénoncer l’obstruction de l’État à la mise en place d’une politique de réduction des risques visant les personnes usagères de drogues. Nous avons alerté sur l’urgence d’étendre et de pérenniser les haltes soins addictions (HSA), des dispositifs essentiels à la santé et à l’accès aux droits des personnes usagères de drogues.