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Montgenèvre : un hiver marqué par des atteintes aux droits et à la santé des personnes exilées

20.07.2026

© Eric Franceschi

  • Montgenèvre : un hiver marqué par des atteintes aux droits et à la santé des personnes exilées

À plus de 1 800 mètres d'altitude, la frontière franco-italienne de Montgenèvre demeure l'un des principaux points de passage vers la France pour les personnes exilées. Chaque année, elles traversent la montagne dans des conditions particulièrement difficiles. L'hiver dernier, les températures très basses et le risque élevé d'avalanche ont accrus encore les dangers.

Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, les personnes interceptées sont généralement conduites dans les locaux de la Police aux frontières (PAF) avant d’être refoulées vers l’Italie, souvent sans pouvoir faire valoir leur droit d’asile. Les familles avec enfants ne sont pas épargnées. Certaines se présentent directement à la PAF pour demander une protection ou éviter les dangers de la montagne, mais sont malgré tout renvoyées à plusieurs reprises avant de pouvoir entrer sur le territoire français. 

Depuis plusieurs années, Médecins du Monde alerte sur les conséquences de cette politique de contrôle renforcé. Les refoulements répétés contraignent les personnes à emprunter des itinéraires toujours plus longs et périlleux pour contourner les contrôles. Cet hiver, trois personnes se sont perdues plusieurs jours en montagne. Secourues puis hospitalisées à Briançon, elles ont souffert de graves gelures ; deux d’entre elles ont dû être amputées d’un doigt et d’un orteil. 

Les parcours migratoires sont eux-mêmes marqués par les violences, les enfermements et des conditions de vie extrêmement précaires. À leur arrivée à Montgenèvre, de nombreuses personnes présentent des besoins médicaux importants, tant physiques que psychologiques. 

Les témoignages recueillis cet hiver font également état de pratiques préoccupantes dans les locaux de la PAF : enfermements répétés, refus d’accès aux soins ou à un médecin, recours à l’interprétariat limité à l’enregistrement de l’identité, sans réelle prise en compte de la situation individuelle. 

Ils révèlent aussi des insuffisances dans l’identification des situations de vulnérabilité et des besoins médicaux. Or, l’évaluation de l’état de santé d’une personne requiert des compétences spécifiques et un accès effectif aux soins. À défaut, les conséquences peuvent être lourdes : retards de prise en charge, aggravation de pathologies ou souffrances psychiques accrues. 

Les conditions d’enfermement décrites sont également préoccupantes. Des personnes évoquent des propos humiliants, des violences psychologiques et des conditions qu’elles jugent déshumanisantes. Des enfants sont parfois concernés, sans que leur intérêt supérieur semble pleinement pris en compte. 

Ces constats font écho au rapport publié en novembre 2025 par la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté à la suite d’une visite des locaux de la PAF de Montgenèvre. Si des mesures correctrices avaient été annoncées, les témoignages recueillis cet hiver montrent que de nombreuses difficultés persistent. 

Dans un contexte de durcissement des politiques migratoires, il demeure essentiel de recueillir et de rendre visibles les témoignages des personnes exilées afin de documenter les conséquences concrètes des pratiques frontalières sur leurs droits et leur santé. 

Médecins du Monde rappelle la nécessité de garantir à toutes les personnes un accès effectif aux droits et aux soins, une protection contre les violences et les traitements inhumains ou dégradants, ainsi que le respect de leur dignité tout au long de leur parcours. 

  • REFUS DE SOINS ET MISE EN DANGER
    Une jeune adolescente atteinte d’une pathologie chronique a été enfermée dans les locaux de la Police aux frontières. Sa pathologie s’est aggravée sous l’effet de l’altitude, du froid et du stress. Elle et sa famille ont été refoulées en Italie sans qu’aucune évaluation médicale n’ait été réalisée, alors que ses douleurs avaient commencé à augmenter. Ce n’est que le lendemain, lors d’un deuxième passage dans les locaux de police, après plusieurs heures d’enfermement, que les policiers ont appelé les pompiers afin qu’elle soit prise en charge à l’hôpital de Briançon. Son état de santé s’était déjà fortement dégradé.
  • NON-PRISE EN COMPTE DES VULNÉRABILITÉS D’UNE FAMILLE
    Une femme et ses quatre enfants, dont l’un en situation de handicap, ont été refoulés en Italie à cinq reprises par les policiers français. Aucune évaluation de la vulnérabilité de la famille ni de celle de l’enfant en situation de handicap n’a été réalisée. La mère n’a pas pu exprimer ses besoins, car un interprète a été sollicité uniquement pour la prise d’identité, alors qu’il s’agit d’un droit applicable pendant toute la durée de la procédure.
  • SOUFFRANCES PSYCHIQUES ET TRAUMATISMES CHEZ DES ENFANTS
    Plusieurs familles avec des enfants âgés de trois mois à dix-sept ans ont été enfermées à plusieurs reprises dans les locaux de la Police aux frontières avant d’être refoulées en Italie. Les durées d’enfermement ont pu atteindre 24 heures, dans des conditions inadaptées et inacceptables. Un enfant a témoigné qu’il ne parvenait plus à dormir après ces longs enfermements.
  • REFUS DE SOINS
    Un jeune homme a été interpellé, puis a été emmené dans les locaux de police. Il présentait des symptômes de toux, de fièvre, de douleurs diffuses et d’une grande fatigue. Il a demandé à consulter un médecin, mais sa demande a été refusée, alors qu’il s’agissait d’un droit. Il a été refoulé en Italie à deux reprises. Il a ensuite été hospitalisé pendant un mois en Italie pour une maladie grave.
  • MISE EN DANGER
    Un homme diabétique a été enfermé pendant 19 heures dans les locaux de police. Il a indiqué aux policiers qu’il devait prendre son insuline, mais ceux-ci n’ont pas pris sa demande en compte. Sa pathologie nécessitait qu’il boive beaucoup d’eau et bénéficie de repas adaptés. Rien ne lui a été proposé en ce sens. Il a finalement perdu connaissance et a été hospitalisé pendant cinq jours à l’hôpital de Briançon.
  • ENFERMEMENT DANS DES CONDITIONS INACCEPTABLES
    Deux jeunes femmes accompagnées de bébés en bas âge ont été enfermées dans les locaux de la Police aux frontières pendant trois jours avant d’être libérées en France. Aucun matériel adapté aux bébés ni aucun produit d’hygiène ne leur a été proposé. Les toilettes étaient très sales et les jeunes femmes n’osaient pas les utiliser. Il faisait également très froid dans les locaux d’enfermement.
  • HUMILIATIONS ET VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES
    Un homme a demandé à bénéficier d’un interprète. Un policier lui a répondu : « L’interprète, il dort », en l’imitant de façon moqueuse. Des policiers ont mis de la musique sur leur téléphone et ont demandé à deux personnes exilées de danser devant eux. L’un des policiers a filmé la scène avec son téléphone portable.
  • AUCUNE PROPOSITION DE MISE À L’ABRI
    Une femme et son enfant, atteint d’une infection sévère de la gorge, se sont présentés au poste de police de Montgenèvre. Ils ont été enfermés, puis ont été refoulés en Italie. Lors de leur deuxième passage, les policiers les ont laissés sortir côté français, à 1 800 mètres d’altitude, alors que les conditions hivernales étaient déjà particulièrement difficiles. La mère a insisté sur la nécessité d’une prise en charge pour rejoindre Briançon, situé à 12 kilomètres. Les policiers l’ont laissée à la porte du poste et elle est repartie à pied. À son arrivée à Briançon, son enfant a été hospitalisé pendant quinze jours.