Situation des sans-abri dans le Rhône : les acteurs de santé tirent la sonnette d'alarme

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Situation des sans-abri dans le Rhône : les acteurs de santé tirent la sonnette d'alarme

(Lyon, le 09/03/2020) Au cœur de l’hiver, nous, acteurs de santé du Rhône tirons la sonnette d’alarme quant à la situation du sans-abrisme sur le territoire. Il est insupportable de devoir soigner et accompagner des personnes qui n’ont d’autres solutions que de retourner dormir dans la rue, à cause de l’absence de réponse à leur demande d’hébergement.

Notre responsabilité professionnelle nous oblige à prendre la parole, ensemble, de manière inédite, pour demander l’application des principes d’inconditionnalité et de continuité de l’hébergement aujourd’hui non respectés dans le Rhône. La santé des personnes est liée à leurs conditions de vie et nous ne pouvons plus être les témoins silencieux de la dégradation physique et psychique des personnes sans-abri dont la vie est menacée.

Nous, soignants et acteurs de la santé, demandons que, conformément à la loi
« toute personne en situation de détresse médicale, psychique et sociale ait accès à tout moment à un dispositif d’hébergement d’urgence ». C’est une question de santé publique et de cohérence politique.

Nous demandons que l’Etat et les acteurs responsables se réunissent pour répondre à leurs obligations.

 

VIVRE DANS LA RUE EST UN DANGER POUR TOUTE PERSONNE

Vivre en tente, sur le trottoir ou dans une voiture met en péril les personnes car ces situations indignes génèrent des maladies et aggravent des états de santé. Une blessure, dans des conditions d’hygiène précaires, peut engendrer une septicémie. Une bronchopneumopathie peut conduire une personne en réanimation. Ces situations nous les rencontrons trop fréquemment. 

Vivre en tente, sur le trottoir ou dans une voiture met à mal la continuité des soins, à l’heure où les hospitalisations sont de plus en plus courtes. Comment conserver son traitement au réfrigérateur lorsque l’on vit dans un square ? Comment reprendre des forces et se reposer après une cure de chimiothérapie lorsque l’on dort à même le sol, quelques heures par nuit, dans l’angoisse des agressions et des vols.

Vivre en tente, sur le trottoir ou dans une voiture génère ou aggrave des troubles psychiques. Nous, soignants, n’acceptons pas que de mauvaises conditions de vie conduisent à une aggravation d'un état de santé. Nous n'acceptons plus de contribuer à gérer ces souffrances sans que l’Etat agisse sur l'une des causes : l'absence de logement.

 

UN DRAME HUMAIN ET UN GASPILLAGE FINANCIER POUR LES ACTEURS DE SANTé

La pénurie de places d’hébergement condamne aujourd’hui des hommes, des femmes et des enfants à vivre sur le territoire rhodanien. A l’heure où les urgences hospitalières sont saturées, il n’est pas acceptable de prendre en charge, à trois reprises, le même mois, un patient avec un état de santé qui s’aggrave parce qu’il n’est pas mis à l’abri. De nombreuses hospitalisations pourraient être évitées. Si une nuit en hébergement d’urgence coûte à la collectivité, 20 à 30 euros, cette même nuit, à l’hôpital, en service de médecine s’élève à 1450€ et 2290€ en spécialité coûteuse.

L’Etat fait porter aux acteurs de santé la responsabilité du tri (demandes incessantes de certificats médicaux) pour l’accès à l’hébergement. C’est un non-sens et c’est inacceptable pour nous, acteurs de santé.

Liste des organisations signataires

PASS (Permanence d'Accueil aux Soins de Santé)

Centre hospitalier Saint Joseph - Saint Luc

Médecins du Monde

ALS (Association de lutte contre le Sidainfo-icon et pour la santé sexuelle)

Cabiria

Core VIHinfo-icon

Passer elles buissonnières

Santé commune

Aidesinfo-icon

Aria