Au camp de Calais, des personnes exilées tentent de tuer le temps en attendant de pouvoir partir © Kristof Vadino

Reportage à Calais et Grande-Synthe, le non-accueil des personnes migrantes : ce rejet qui abîme

Depuis trente ans, le littoral nord de la France est un lieu de passage pour les personnes exilées, reflet des soubresauts géopolitiques du monde. La stratégie de non-accueil mise en œuvre par les autorités met en danger leur santé. À Grande-Synthe et à Calais, les équipes de Médecins du Monde leur viennent en aide lors de maraudes et en clinique mobile.

Du fait de leur proximité avec l’Angleterre, les villes de Calais et de Grande-Synthe sont des lieux de passage pour les exilés. Parmi eux Kurdes, Erythréens, Afghans, Soudanais, survivent chaque jour dans des conditions indignes en attendant de pouvoir passer la frontière. Médecins du Monde leur apporte une aide médicale sur leurs lieux de vie. 

Des barbelés pour horizon

Un enfant court dans un camp de personnes migrantes et réfugiées à Calais (Hauts-De-France).
Un enfant court dans un camp de personnes migrantes et réfugiées à Calais (Hauts-De-France).

Sous le soleil un peu timide de juillet, les bénévoles s’activent pour monter la clinique mobile de Médecins du Monde : un barnum, des chaises, une table avec de l’eau à disposition et une autre avec des tableaux et des craies. Dans quelques minutes, les premières consultations vont pouvoir commencer avec Marie Florin, médecin retraitée et responsable de mission bénévole depuis trois ans et Samuel A., médecin en demande d’asile.

La politique de non-accueil ne fonctionne tout simplement pas.

La structure se déploie au bord d’une route passante, entre Calais et Coquelles, à proximité d’un lieu de vie d’exilés soudanais. Plusieurs autres associations comme Salam, le Refugee Youth Service ou encore le Secours Catholique sont là aussi. Marie Florin, qui connaît bien la situation sur le littoral nord, estime que la situation se dégrade depuis trois ans. « La politique de non-accueil qui est mise en œuvre à Calais et à Grande-Synthe ne fonctionne tout simplement pas. Calais s’est enlaidie de barbelés au fur et à mesure des années, mais les gens viennent quand même et continueront de venir malgré tout. »

L’État veut empêcher à tout prix les points de fixation pour ne pas reproduire la situation de la « jungle », le bidonville qui avait regroupé jusqu’à 10 000 personnes en exil avant d’être démantelé en octobre 2016. Par conséquent, des expulsions de lieux de vie ont lieu chaque 48 h avec tentes lacérées et confiscation d’effets personnels. Les violences policières sont monnaie courante et l’impunité règne. Régulièrement, des exilés dénoncent les coups, les violences verbales, les gaz lacrymogènes déversés dans les bidons d’eau et la nourriture, etc.

Les enjeux

  • Défendre les droits des personnes exilées
  • Apporter une aide médciale et un soutien psychosocial
  • Orienter vers le droit commun

 

Difficile d’estimer précisément leur nombre, mais environ 600 exilés sont présents à Grande-Synthe et 2000 à Calais. « La plupart de ces personnes voudraient rester en France mais on ne leur permet pas. À cause du règlement Dublin, elles sont contraintes de faire leur demande d’asile dans le pays par lequel elles sont arrivées en Europe. D’autres pourraient être régularisées avec un titre de séjour, mais on ne leur propose pas. On empêche ces personnes de rejoindre l’Angleterre mais on ne leur donne aucune autre alternative, c’est une impasse », résume Diane Leon, coordinatrice du programme.

Nos actions

  • Plaidoyer en faveur des droits des exilés en concertation avec les autres associations
  • Cliniques mobiles et maraudes à Calais et Grande Synthe
  • Orientation vers le droit commun par la permanence d'accès aux soins de santé à l'hôpital de Calais et de Dunkerque

 

Dans la journée, 15 personnes vont bénéficier d’une consultation dans la clinique mobile. Comme Ali, mineur soudanais de 16 ans. Il explique qu’il est à Calais depuis un mois environ et veut à tout prix rejoindre l’Angleterre. Il passe d’abord par le pré-accueil sous le barnum avec Marie K. infirmière et Sameh A., médecin arabophone qui va permettre de faciliter les échanges. C’est aussi l’occasion de l’orienter vers des associations qui prennent en charge les mineurs non accompagnés sur le littoral nord.

Nos moyens

 

Lorsqu’il sort de la consultation avec un traitement et des produits d’hygiène, un léger sourire illumine son visage. « Ça fait du bien d’être écouté et soigné ». Sameh A. était médecin au Yémen avec Médecins du Monde avant de demander l’asile en France et de rejoindre les équipes bénévoles à Calais et Grande-Synthe. Il explique : « Les principaux problèmes médicaux rencontrés ici sont des problèmes respiratoires, dentaires, psychologiques comme des dépressions, de la fatigue, des migraines, etc. Il y a aussi des personnes avec des blessures dues aux tentatives de passage dans les camions ou des chutes. Tous ces problèmes sont liés aux conditions de vie indignes. »

 

Survivre dans les bois

Au camp de Grande-Synthe, près de Dunkerque (Hauts-De-France), des personnes exilées se réfugient dans les bois en attendant de pouvoir partir.
Au camp de Grande-Synthe, près de Dunkerque (Hauts-De-France), des personnes exilées se réfugient dans les bois en attendant de pouvoir partir.

Nouveau décor, nouvelle équipe. À Grande-Synthe, près de Dunkerque à une trentaine de kilomètres de Calais, des personnes exilées survivent en attendant le passage vers l’Angleterre et l’espoir d’une vie meilleure. La plupart sont kurdes mais on croise aussi des Érythréens, des Afghans, des Vietnamiens ou des Égyptiens. Aujourd’hui c’est à une maraude à pied dans les bois où sont installés les exilés que se prépare l’équipe de Médecins du Monde. Pour y parvenir, il faut emprunter un chemin boueux. Le passage est difficile, laborieux. Il mène à une clairière où de simples tentes sont disséminées, parfois avec des bâches tendues au-dessus pour se protéger de la pluie qui tombe très régulièrement.

L'accès à la santé devrait être universel.

Sur place, les bénévoles recueillent les besoins en santé et un véhicule est dédié aux accompagnements vers la PASS hospitalière et qui va permettre à 11 personnes d’être prises en charge et soignées. Ici aussi les exilés souffrent de leurs conditions de vie et Célia Selosse, étudiante en médecine de 22 ans, constate plusieurs cas de gale et même des brûlures d’essence dues aux tentatives de passage par la Manche dans de frêles embarcations. Bénévole depuis avril 2021, elle participe aux maraudes ou aux cliniques mobiles au moins une fois par mois. « Pour moi c'est une question d'humanité. L'accès à la santé devrait être universel, c'est quelque chose qui va au-delà des frontières ou de la nationalité. »

Témoignage

Diane Leon, coordinatrice du Programme Nord Littoral :

➜ « La situation est dramatique, autant à Calais qu’à Grande-Synthe, la pression policière sur les associations est constante et les personnes exilées souffrent des expulsions qui ont lieu plusieurs fois par semaine. Nous avons lancé l’opération Speak Out il y a quelques mois. Elle consiste à alerter et dénoncer la situation en permettant à des personnes d’horizons variés comme des journalistes, des étudiants, des sociologues, des dessinateurs de venir sur le terrain avec nous. Le but est qu’ils puissent observer et ensuite témoigner de ce qu’ils ont vu. Les témoignages peuvent revêtir différentes formes comme des dessins, des textes, des messages sur les réseaux sociaux… Nous avons déjà huit témoignages. Le but est de continuer à dénoncer la situation tant que les droits des personnes exilées ne sont pas respectés. »

 

Chaque jour, les droits des exilés sont bafoués et la pression policière ne faiblit pas. En attendant, Médecins du Monde se bat pour l’accès aux soins des personnes et pour leur offrir, avec les maraudes et les consultations, un moment d’écoute et de répit.

 

Maraude des équipes de Médecins du Monde au camp de Grande Synthe, où des personnes migrantes et exilées élisent chaque jour temporairement domicile.
Maraude des équipes de Médecins du Monde au camp de Grande Synthe, où des personnes migrantes et exilées élisent chaque jour temporairement domicile.

 

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Par Margaux Lesage
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