© MdM

Témoignage : dans les Hauts-de-France, nos équipes face au Coronavirus

Franck Esnée est coordinateur régional dans la région des Hauts-de-France où Médecins du Monde intervient auprès des exilés pour lutter contre le Covid-19, notamment à Calais et Grande-Synthe. Voici son témoignage.

L’épidémie de coronavirus aggrave la vulnérabilité des personnes à la rue. C'est le cas à Calais où environ 1200 migrants vivent dans des tentes ou sous des hangars. À des kilomètres des premiers lieux de ravitaillement et des points d'eau, ces personnes sont d'autant plus exposées à la menace de ce virus. Le 27 mars, plusieurs associations ont écrit une lettre aux Nations Unies afin d’exhorter l'Etat français à prendre les mesures nécessaires pour les protéger. Fin mars des mesures d'accueil et de confinement vers des centres répartis sur l'ensemble des Hauts-De-France sont toujours en attente.

Comment la délégation Hauts-de-France s’est-elle organisée lorsque l’épidémie s’est étendue ?

La première question que nous nous sommes posée a été : où a-t-on une utilité immédiate à intervenir ?

Nous avons d’abord décidé de nous concentrer sur la question des exilés sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais, à savoir Grande-Synthe et Calais. Nous avons stoppé nos activités habituelles de clinique mobile car nous ne pouvions pas assurer des consultations médicales ou des soins infirmiers dans de bonnes conditions, respectant les mesures de protection essentielles contre le coronavirus.

Très rapidement, la priorité identifiée a été d’intervenir dans une réponse coordonnée avec les institutions et surtout pas de manière isolée. S’est engagée alors une semaine entière d’échanges pour convaincre les autorités sanitaires régionales et les autorités locales, préfectorales, les hôpitaux de penser une réponse collective.

 

Médecins du Monde intervient à Calais dans la zone des Dunes, où les exilés vivent dans une multitude de petits sites. Ils sont expulsés par la police tous les 2 jours environ.© MdM
Médecins du Monde intervient à Calais dans la zone des Dunes, où les exilés vivent dans une multitude de petits sites. Ils sont expulsés par la police tous les 2 jours environ.© MdM

 

 

Quels sont les projets envisagés pour répondre au contexte épidémique ?

Les choses sont allées assez vite avec les autorités territoriales sur Calais et le Pas-de-Calais. Les équipes de Médecins du Monde se sont réunies avec la sous-préfecture de Calais, la direction départementale de la cohésion sociale, l’hôpital et la Passinfo-icon de Calais et la protection civile. L’objectif était d'élaborer un plan de présence auprès des exilés comprenant des missions d’information, de maraude et d’orientation de potentiels patients tout en permettant de continuer à orienter vers une prise en charge les patients (hors COVID) qui en auraient besoin.

 

 

Ce travail, avec l’ensemble des acteurs, permet de construire une première réponse en participant aux maraudes sanitaires dans les sites de Calais où se trouvent les exilés. Aujourd’hui, il n’y a aucun dispositif d’hébergement prévu pour l’ensemble des exilés que ce soit à Calais ou à Grande-Synthe. Ces maraudes sanitaires à Calais vont être mises en place avec la Croix-Rouge. Une permanence de la protection civile doit être assurée pour accueillir la plupart des exilés, poser des diagnostics et réaliser des soins infirmiers si nécessaire. Si un cas de Covid-19 est suspecté c’est le 15 qui oriente vers l’hôpital.

A Calais, entre 800 et 1 000 exilés vivent dans la zone des Dunes. L’équipe mobile de Médecins du Monde y intervient plusieurs fois par semaine pour des consultations et orientations médicales. © MdM
A Calais, entre 800 et 1 000 exilés vivent dans la zone des Dunes. L’équipe mobile de Médecins du Monde y intervient plusieurs fois par semaine pour des consultations et orientations médicales. © MdM

Il n’y a aucun dispositif d’hébergement aujourd’hui prévu pour l’ensemble des exilés que ce soit à Calais ou à Grande-Synthe.

À Grande-Synthe, dans le département du Nord, les choses sont très compliquées à mettre en place. Il y a du retard dans l’accompagnement des exilés, du retard dans la mise en place de points de lavage des mains, dans la distribution d’eau potable. Il n’y pas de toilettes, de douches et la distribution alimentaire n’est pas encore quotidienne. Le gros problème que l’on rencontre à Grande-Synthe est le transport sanitaire vers la Passinfo-icon de Dunkerque qui est à 12 km. C’est un problème qu’on n’a pas sur Calais parce que le 15 et la protection civile se sont mobilisés, parce que la pass de Calais n’est pas loin du centre-ville. Nous poussons pour qu’à Dunkerque un acteur en capacité d’assurer l’entretien et la désinfection des transports sanitaires soit mobilisé.

 

A Grande-Synthe, sur le site de la Linière vivent 600 personnes exilées, beaucoup de familles sans accès à l’eau ou aux infrastructures d’hygiène. © MdM
A Grande-Synthe, sur le site de la Linière vivent 600 personnes exilées, beaucoup de familles sans accès à l’eau ou aux infrastructures d’hygiène. © MdM

 

Médecins du Monde intervient également sur le site de la Linière grâce à son équipe mobile. © MdM
Médecins du Monde intervient également sur le site de la Linière grâce à son équipe mobile. © MdM

 

Quel est le protocole mis en place lors des maraudes effectuées par Médecins du Monde ?

Les équipes de Médecins du Monde ne posent pas de diagnostic, nous donnons juste un avis avec prise de température et orientons les gens vers le meilleur dispositif. L’objectif est d’orienter vers l’hôpital les personnes qui ont besoin de soins sans tarder – covid-19 ou pas car les exilés présentent toujours d’autres pathologies. C’est la première ligne, le premier maillon de la chaîne. C’est une position humble mais c’est celle où nous avons le plus d’utilité parce que les exilés nous connaissent, parce qu’on est habitués à pratiquer ce qu’on appelle l’aller-vers et que ni l’hôpital, ni les autorités préfectorales ne sont habituées à être dans cette démarche-là. Notre réponse a pour objectif d’éviter d’engorger l’hôpital tout en garantissant une orientation la plus fiable possible.

Les binômes qui réaliseront les maraudes hebdomadaires comprendront au moins un soignant, médecin ou infirmier, et un accompagnant pour la distribution d’information notamment.

Que demande Médecins du Monde aux autorités ?

Notre plaidoyer principal demeure la question de l’hébergement de ces personnes exilées car les mesures barrières contre la propagation du covid-19 sont peu efficaces dans le sens où les gens sont confinés dans la rue, confinés en campements. Dans ce contexte, ces gestes barrières de prévention ont un très faible intérêt. Pour les appliquer, la clé est d’héberger ces personnes fragiles en tout petits groupes, en familles, en binômes ou en trinômes.

Disposez-vous de matériel de protection ?

Nous avons 200 masques et un peu de gel hydroalcoolique. Les institutions se sont engagées à nous fournir des masques dès qu’on en aura besoin. On est donc en capacité pour commencer nos activités au niveau matériel mais la question cruciale demeure celle du transport sanitaire. Aujourd’hui chacun et chacune est potentiellement porteur du Covid-19. Comment transporter des personnes vers une structure adaptée ? Qui le fait et qui est en capacité de désinfecter convenablement un véhicule ? Si on transporte des personnes dans un véhicule et qu’on attrape le virus on ne sert plus à rien la semaine d’après. Or l’idée est de tenir dans la durée et de nous engager, même si c’est sur une réponse assez humble, sur un projet qu’on est capables de tenir dans les deux prochains mois si besoin.

 

Votre soutien
Nous rejoindre

Je postule en ligne.

S'informer

Je m'inscris à la newsletter.

 
Global loader