Nouveau sauvetage pour l’Aquarius

Sauvetage en mer Méditerranée, le 24 avril 2016.

Nouveau sauvetage pour l’Aquarius

Il est 14 h ce dimanche 24 avril quand le capitaine de l’Aquarius, Alexander Moroz, reçoit un appel du Centre de Coordination des Secours Maritimes de Rome au sujet d’un bateau en détresse. 122 personnes, dont 60 femmes, ont été secourues par SOS Méditerranée et Médecins du Monde.

Après un sauvetage qui se déroule dans de très bonnes conditions, les 122 rescapés montent à bord du navire. Ils viennent pour certains de Somalie, de Guinée Conakry, du Burkina Faso ou du Sénégal. Mais la quasi-totalité des femmes et une part importante des hommes sont originaires du Nigéria. « La plus jeune d’entre-elles à 13 ans, la plus âgée 34 et quinze d’entre elles ont moins de 18 ans. La majorité a entre 15 et 20 ans », détaille Favila Escobio, coordinateur médical pour Médecins du Monde.

« Ils avaient de la nourriture, à boire et le bateau était de meilleure qualité que lors des précédents sauvetages. La plupart des personnes étaient en meilleure condition physique », raconte Stéphany Spindola, médecin au sein de l’équipe. « Aucune femme n’est enceinte, il n’y a pas de couples ni d’enfants mais beaucoup de femmes ont des discours très confus », ajoute Favila Escobio, qui dit craindre que certaines femmes ne soient victimes de réseaux de trafic d’êtres humains. « Dans la clinique, j’ai reçu une jeune fille de dix-sept ans qui semblait totalement perdue, elle ne savait pas où elle était, ne se souvenait pas être passée par la Libye. Elle m’a dit que ses parents avaient été tués par Boko Haram et qu’elle avait été amenée de force depuis le Nigéria, avec un bandage noir sur les yeux », ajoute-t-il. Une autre jeune femme raconte avoir été enlevée par une voiture et enfermée au Nigéria avant d’être amenée sur le bateau.

©Sinawi Medine
©Sinawi Medine

L’Europe comme unique espoir

D’autres femmes encore ont entrepris la traversée dans l’espoir de trouver du travail. C’est le cas de Victoria, dix-huit ans, regard triste et perdu, originaire de Benin City au Nigeria. Elle a perdu son père à l’âge de six ans, puis a été placée chez une femme dont elle devenue la bonne à tout faire. « Je suis partie au Bénin pour travailler comme vendeuse pendant deux ans mais je n’avais pas d’endroit pour dormir, alors je restais sur la place du marché ou chez mes amis, raconte-t-elle. J’ai eu envie de tenter ma chance en Europe. Le trajet depuis le Bénin a été très dur, il n’y avait pas de nourriture, tellement de personnes sont tombées des camions et sont mortes dans le désert. Lorsque nous sommes arrivés à Tripoli, une voiture était sur place et nous a emmenés dans un ghetto ou nous avons attendu que l’on vienne nous chercher. » Osato, elle, a rejoint la Libye depuis le Soudan. « Ma mère m’a quitté quand j’avais quatre ans et mon père ne pouvait pas s’occuper de moi. Je suis restée chez une femme qui m’a vendue dans la rue. Un jour nous avons eu un conflit et j’avais peur qu’elle ne cherche à m’empoisonner, alors je suis partie me réfugier chez des amis. C’est eux qui m’ont parlé d’un groupe de personnes venant du Nigéria avec lesquels je pourrais partir en Europe. »

Après deux heures à bord de l’Aquarius, Victoria, Osato et les autres rescapés sont transbordés sur un bateau militaire italien qui les conduit au port de Reggio en Calabre. Les équipes de Médecins du Monde Italie les acceuilleront avec d'autres organisations internationales dont l’IOM et la Croix rouge italienne. Ces jeunes femmes vulnérables pourront ainsi bénéficier d'un dispositif spécial de protection si elles le souhaitent.

Avant de rentrer dans quelques jours au port de Trapani pour le ravitaillement du bateau, les équipes de l’Aquarius sont retournées sur la zone de sauvetage au large de Tripoli.

Pauline Bandelier