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74 vies sauvées en Méditerranée

©Sinawi Medine

74 vies sauvées en Méditerranée

Lundi 7 mars, entre 6 h 30 et 8 h, l’Aquarius effectue sa première opération de sauvetage au large de la Libye. 74 personnes originaires d’Afrique subsaharienne ont été secourues. Parmi elles 10 femmes, dont 3 sont enceintes, et 16 mineurs. Pour ces rescapés qui ont frôlé la mort, l’espoir renaît auprès des équipes de Médecins du Monde et de SOS Méditerranée.

 

À 5 h 30, l’Aquarius reçoit un appel du centre maritime de Rome signalant un zodiac en détresse au large des côtes libyennes. Cinq minutes plus tard, des informations sur la position de l’embarcation sont communiquées : elle se trouve à seulement trente minutes de l’Aquarius.

La procédure de sauvetage répétée les jours précédents s’enclenche rapidement. Les sauveteurs approchent du bateau, donnent une radio, des gilets de sauvetage, enregistrent la présence de femmes et de blessés à bord. Avant tout, il faut rassurer ces personnes épuisées et désespérées qui ont quitté la Libye à minuit et dérivent depuis plusieurs heures : « Ne vous inquiétez pas, vous allez tous monter dans le bateau », leur explique Sinawi Médine, interprète pour Médecins du Monde.

En découvrant le zodiac haut de 50 centimètres qui commence à se remplir d’eau, Jean Passon, membre de l’équipe de sauvetage, perçoit toute la détresse des naufragés : « Ils n’avaient pas de GPS ni de téléphones. Avec la quantité d’essence à bord et la distance à parcourir, ils avaient très peu de chance d’arriver en Europe », se remémore-t-il. « J’ai été profondément touché par leurs regards, mélange de peur et d’espérance, puis de gratitude une fois qu’ils ont été mis à l’abri. »  

7 heures 30 le bateau de sauvetage approche du zodiac des migrants ©Sinawi Medine
7 heures 30 le bateau de sauvetage approche du zodiac des migrants ©Sinawi Medine

Premiers soins

8 h. Frigorifiés et tremblants, les rescapés embarquent progressivement sur l’Aquarius où ils sont accueillis par les équipes de Médecins du Monde. « Je suis très contente. On nous a sortis de l’eau, nous sommes en vie », lance Annabelle, arrivée de Côte d’Ivoire. Immédiatement, les médecins prennent en charge les trois urgences constatées par les sauveteurs. Une femme nigériane enceinte, en état d’hypoglycémie, est mise sous perfusion de glucose et réhydratée. Moussa, un jeune Ivoirien, a été piétiné lors de l’embarquement en Lybie et souffre d’une lésion des ligaments du genou. Il doit être immobilisé et soulagé. Sidi, originaire de Gambie, s’est ouvert le pied sur les clous des planches fixées au fond du rafiot. C’est Stéphany Spindola, médecin urgentiste, qui suture sa plaie, lui donne des antibiotiques et du Valium pour calmer la douleur. Dans la salle de repos, on distribue couvertures et vêtements secs. Sinawi s’efforce de les réconforter : « Vous êtes les bienvenus, nous allons vous donner à manger et à boire, reposez-vous. »

Beaucoup souffrent de déshydratation, de coupures. Certains sont choqués, épuisés.

Un fois les urgences traitées, Céline Terzian, infirmière, fait le tour de la salle de repos, discute avec les rescapés et donne à chacun un rendez-vous avec un médecin ou une infirmière. Parmi eux, beaucoup souffrent de déshydratation, de coupures. Certains sont choqués, épuisés. « Lorsqu’ils ont pris la mer, il y a eu des bousculades, les gens se sont marché dessus. On découvre également des blessures plus anciennes, survenues en Libye où ils ont été maltraités physiquement », détaille Maryse Etiennoul, infirmière.

Dans la salle de repos l'infirmière est à l'écoute des besoins ©Sinawi Medine
Dans la salle de repos l'infirmière est à l'écoute des besoins ©Sinawi Medine

Écouter la douleur

Passé le choc de la traversée, passée l’émotion du sauvetage, alors que la peur lentement reflue, les rescapés se confient au cours des entretiens avec les équipes de l’association. Comme Aziz, un Guinéen de 25 ans. La mort de son père il y a sept ans le laisse sans ressources. Il traverse alors la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, avant d’être emprisonné en Libye. Parce qu’il ne peut payer la somme que ses geôliers demandent pour le libérer, Aziz est soumis au travail forcé et battu quotidiennement. Lorsqu’il parvient à s’enfuir, il décide de prendre la mer, au péril de sa vie. Pour Aziz cette traversée est celle de la dernière chance, l’unique voie vers un avenir meilleur.

Pour Aziz cette traversée est celle de la dernière chance.

Même espoir pour Abubeker. En octobre 2015, il perd sa mère et sa sœur en Sierra Leone, terrassées par le virus Ebola. Placé en quarantaine, Abubeker est stigmatisé à sa sortie et mis au banc de la société. Il décide de rejoindre son grand-frère qui enseigne l’arabe en Libye. Mais une nuit, des hommes armés entrent dans leur chambre, tirent sur son frère et le tuent. Abubeker s’échappe en sautant par la fenêtre. Pendant qu’il raconte son histoire, alors que les souvenirs douloureux refont surface, le jeune homme laisse échapper les larmes refoulées depuis longtemps. « Ils ont beaucoup de choses à raconter et ça leur fait du bien d’être enfin entendus. Prendre le temps de les écouter est une part importante de notre travail », explique Maryse.

Moussa footballeur ivoirien se remet d'une blessure au genou ©Sinawi Medine
Moussa footballeur ivoirien se remet d'une blessure au genou ©Sinawi Medine

Retour sur la terre ferme

Après une nuit de navigation au cours de laquelle l’équipe médicale s’est relayée pour surveiller les patients en observation et passer du temps à l’écoute de chacun, l’Aquarius arrive à Lampedusa. Les quelques heures à bord ont permis aux rescapés de reprendre des forces. « J’avais tellement peur hier soir et j’avais si froid. J’ai bien dormi, je me sens beaucoup mieux. C’est tellement bon d’arriver dans un endroit paisible. Merci de nous avoir sauvés ! » se réjouit Olakikan, un rescapé nigérian, à sa descente du bateau.

C’est le médecin du centre d’accueil des réfugiés de Lampedusa qui accueille l’Aquarius et ses passagers. Anne Kamel, la coordinatrice médicale de Médecins du Monde, lui transmet les bilans de santé des cas médicaux qui auront besoin d’un suivi. Une heure après le débarquement, le navire reprend la route vers la Libye, prêt pour un nouveau sauvetage.

Pauline Bandelier
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