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Sauvetage en mer : l’Aquarius lève l’ancre

Sauvetage en mer : l’Aquarius lève l’ancre

Samedi 20 février, 18h. Après une journée portes ouvertes au cours de laquelle plus de 1300 visiteurs ont pu découvrir le navire, l’Aquarius quitte le port de Marseille, direction le sud de la Sicile. Entre deux escales à Palerme et Lampedusa, les équipes de Médecins du Monde finalisent les préparatifs pour l’accueil des naufragés, en étroite collaboration avec SOS Méditerranée et l’équipage du bateau.

 

« L’année dernière, plus de 150 000 personnes ont emprunté la route entre la Lybie et l’Italie. Au total, 3 772 migrants ont péri en Méditerranée », rappelle Klaus Vogel, co-fondateur de SOS Méditerranée et coordinateur de la mission. Depuis que l’opération de sauvetage lancée par Médecins sans frontières a pris fin en janvier 2016, il n’existe plus de bateau de secours sur la zone, alors que les départs se poursuivent. « Au mois de janvier, il y en a eu plus de 6 000, contre 3 500 l’année dernière. Les gens viennent, qu’un bateau de sauvetage soit présent ou pas. La question est : vont-ils survivre ? » ajoute Klaus Vogel.

Cette angoisse, Sinawi Medine, réfugié érythréen, l’a vécue intimement lorsqu’il a effectué la traversée en 2007 : « Je sais à quel point ce chemin est dangereux. J’ai survécu et aujourd’hui c’est à mon tour d’être utile et de sauver des gens. » Interprète et photographe pour Médecins du Monde, Sinawi accompagnera les équipes de SOS Méditerranée sur les canots de sauvetage pour faciliter la communication avec les réfugiés, dont une part importante vient d’Erythrée. En parallèle, celui qu’on surnomme « Zen » réalisera un reportage photographique pour témoigner de ce que vivent les réfugiés.

Une clinique embarquée

À bord de l’Aquarius, dans la clinique de Médecins du Monde, les deux médecins et les deux infirmières de l’équipe s’affairent à ranger le matériel médical embarqué à Marseille. « C’est un peu comme installer un hôpital de campagne, la seule chose qui change c’est le mouvement du bateau », sourit Stéphany Spindola. Médecin urgentiste, elle en est à sa troisième mission avec Médecins du Monde, dont une dans un camp de réfugiés au Kurdistan. Mettre en place une clinique sur un bateau implique aussi quelques aménagements pratiques : « Ranger les objets de façon à ce qu’ils ne tombent pas si la mer est mauvaise, avoir un extracteur d’oxygène plutôt que des bonbonnes qui ne pourront être remplacées », souligne par exemple Maryse Etiennoul, infirmière.

C’est un peu comme installer un hôpital de campagne, la seule chose qui change c’est le mouvement du bateau

Une fois la clinique opérationnelle, il faut anticiper l’arrivée des naufragés à bord et la prise en charge des malades. Si les sauveteurs de SOS Méditerranée constatent une urgence vitale sur une embarcation de migrants, Stéphany Spindola partira sur un canot de sauvetage afin de prodiguer les premiers soins sur place. « En cas d’hypothermie, de traumatisme ou bien si l’on trouve une femme enceinte par exemple, l’intervention d’un médecin pendant le transport est importante », explique-t-elle. Informée par radio, l’équipe médicale de l’Aquarius préparera alors le matériel de soins adapté dans la clinique.

Lorsque les rescapés monteront sur le bateau, Céline Terzian, infirmière, sera chargée d’identifier les personnes à traiter en priorité. Les équipes médicales passeront ensuite dans l’espace d’accueil et de repos afin d’échanger avec les réfugiés et d’orienter ceux qui en ont besoin vers la clinique. « Mon rôle sera de parler avec eux pour qu’ils se sentent rassurés et en sécurité, d’apporter des soins quand cela est nécessaire mais aussi un soutien psychologique », détaille Maryse. Richard Fradin, coordinateur logistique, prendra le relai en distribuant couvertures, nourriture et vêtements secs aux rescapés.

Le 19 février, les équipes de Médecins du Monde chargent les palettes de matériel médical à bord de l'Aquarius ©Sinawi Medine
Le 19 février, les équipes de Médecins du Monde chargent les palettes de matériel médical à bord de l'Aquarius ©Sinawi Medine

 

Les soutiens politiques

Après deux jours en mer, l’Aquarius fait escale à Palerme pour rencontrer les fondateurs de l’association SOS Méditerranée Italie. Le maire, Leoluca Orlando, soutien du projet depuis ses débuts, monte à bord du bateau pour saluer les équipes. Lors de la conférence de presse qui suit la visite, ce défenseur du droit à la mobilité livre un plaidoyer pour un changement des politiques migratoires en Europe. « Ce bateau est la réponse des sociétés civiles allemandes, italiennes et françaises à l’égoïsme financier de l’Europe, à des politiciens qui ne comprennent pas que la migration est un droit humain », déclare-t-il. Dans la ville, qui a accueilli plus de 400 000 réfugiés en 2 ans, aucun acte de racisme ou de xénophobie n’a été déploré selon l’édile. Le résultat d’une politique volontariste d’intégration, qui s’appuie sur la culture des migrants et favorise le dialogue interculturel.

La journée se poursuit avec une conférence publique dans une salle de théâtre de Palerme. Anne Kamel, médecin et coordinatrice médicale, y rappelle l’engagement de longue date de Médecins du Monde en faveur des migrants. « Il est logique pour nous de nous associer à ce projet. Nous partageons les valeurs de SOS Méditerranée et leur indignation en voyant ces gens qui se noient parce qu’ils fuient des conditions de vie impossibles. Pour faire cesser ce drame, Médecins du Monde mène en parallèle une action de plaidoyer en faveur de l’ouverture de voies légales pour la libre circulation des réfugiés. »

Avec une demi-journée de retard en raison des conditions climatiques défavorables, l’Aquarius fait escale sur l’île de Lampedusa, située entre la Sicile et la Lybie et porte d’entrée vers l’Europe pour des dizaines de milliers de réfugiés. Simone Peter, co-présidente du parti allemand Alliance 90/les verts et Arne Lietz, membre du Groupe de l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen ont fait le déplacement pour encourager les équipes avant le départ. « Si l’Europe décide de fermer la frontière en Grèce, un nombre de bateaux plus important passeront par la route libyenne. Il est donc essentiel d’être présent sur ce chemin, tant qu’il n’y aura pas de voie de passage sécurisée vers l’Europe » souligne Simone Peter.

L'Aquarius quitte le port de Marseille, direction Palerme, puis Lampedusa ©Sinawi-Medine
L'Aquarius quitte le port de Marseille, direction Palerme, puis Lampedusa ©Sinawi-Medine

Renforcée par ces soutiens, l’équipe est prête à commencer sa mission. Samedi 27 février à midi, l’Aquarius annonce au Centre italien de coordination de sauvetage maritime à Rome (MRCC) qu’il est prêt à entamer les opérations, avant de prendre la direction de la zone de sauvetage, à environ 30 miles des côtes libyennes.
 

Pauline Bandelier
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