Personnes se prostituant

Personnes se prostituant attendant pour être reçues par MdM

Personnes se prostituant

La situation des travailleuses du sexe en France

Il existe une extrême diversité de situations dans le travail du sexe. Si certaines personnes exercent l’activité de manière consentie et assumée, d’autres sont exploitées, voire contraintes. Il existe de fait entre ces extrêmes autant de situations qu’il existe de travailleuses et travailleurs du sexe : situations familiales, sociales, économiques, marquées par des contextes de vie, des capacités de discernement, des choix, des contraintes et des vulnérabilités différentes.

En France, du fait de la stigmatisation, de lois répressives sur le travail du sexe et sur la migration, les travailleuses et travailleurs du sexe cumulent souvent plusieurs facteurs de vulnérabilisation : accès au logement difficile, situation sociale et administrative souvent précaire, discriminations en raison de leur genre, origine, identité de genre, etc. La crainte d’être stigmatisé du fait de leur activité renforce encore les freins rencontrés dans leurs accès aux soins et aux droits.

 

Une législation néfaste

 

Visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées, la loi du 13 avril 2016 a abrogé le délit de racolage public, mis en place un parcours de sortie de prostitution et instauré un volet répressif avec la pénalisation des clients.

 

 

A cause de ces mesures, les personnes qui se prostituent se cachent, se rendent dans des lieux plus reculés et sont donc plus isolées et exposées aux violences. Lorsqu’elles sont migrantes, elles subissent également la répression contre les étrangers et sont confrontées aux mêmes difficultés que tout migrant vivant en France rencontre pour accéder aux soins et à une protection maladie.

La multiplication des formes de violences

Selon une enquête de 2018 menée par deux chercheurs, en coopération étroite avec un réseau d’associations de terrain dont Médecins du Monde, 63% des travailleuses et travailleurs du sexe ont connu une détérioration de leurs conditions de vie et d’exercice de leur activité depuis l’adoption de la loi du 13 avril 2016 et 78% ont été confrontés à une diminution de leurs revenus [Le Bail 2018]. Les résultats de cette enquête ont également mis en évidence une augmentation des violences multiformes : insultes de rue, violences physiques, violences sexuelles, vols, braquages dans les appartements.

Notre action auprès des travailleuses du sexe

Depuis 1999, les équipes de Médecins du Monde organisent des tournées régulières sur les lieux de prostitution à Montpellier, Paris et Rouen et proposent un accueil dans leurs locaux. Les travailleuses et travailleurs du sexe ont ainsi accès au matériel de prévention nécessaire à leur activité professionnelle, à des entretiens de prévention et à des consultations médicales et sociales individualisées. Nous leur proposons également de dépister les maladies sexuellement transmissibles (sida, hépatites, etc.).

Les travailleuses et travailleurs du sexe ont accès au matériel de prévention nécessaire à leur activité professionnelle, à des entretiens de prévention et à des consultations médicales et sociales individualisées.

Nous avons également développé un programme national de lutte contre les violences faites aux travailleuses du sexe, dans le cadre duquel nous proposons des formations sur les violences aux personnes qui se prostituent et aux associations travaillant avec elles et des ateliers d’information sur les droits en cas de violence. Dans ce cadre, nous avons également développé un site internet d’alerte et d’information, le projet Jasmine, afin de permettre aux travailleuses du sexe de se prémunir contre les violences en évitant d’accepter les agresseurs se faisant passer pour des clients. Le site offre également un accès à de l’information sur l’accès au droit et aux soins en 10 langues.

La barrière de la langue

Un maximum d’informations est traduit dans plusieurs langues pour que toutes les travailleuses du sexe puissent connaître leurs droits et les risques liés aux Maladies Sexuellement Transmissibles (MSTinfo-icon), au VIHinfo-icon, aux hépatites, ou être orientées vers des centres de santé. Le Lotus bus, animé par de nombreux bénévoles parlant chinois, travaille ainsi avec les femmes chinoises à Paris depuis 2004.

Implication de travailleurs pairs

Ces animatrices de prévention ont une approche, une expertise et des compétences issues du milieu prostitutionnel. Leur collaboration permet d’instaurer une relation de confiance, et donc une meilleure prise en charge des personnes qui se prostituent et de mieux adapter les messages à la réalité des pratiques.

Notre plaidoyer pour les travailleuses du sexe

Médecins du Monde plaide pour un meilleur accès aux soins et aux droits des travailleuses et travailleurs du sexe.

Au regard des résultats de l’enquête de 2018 et des incidences de ce cadre législatif sur les personnes, deux ans après le vote de la loi, neuf associations et cinq travailleuses et travailleurs du sexe ont initié une action devant le Conseil Constitutionnel afin de faire déclarer la pénalisation des clients contraire à la Constitution française. Au total 22 associations et 30 personnes se prostituant se sont engagées dans cette procédure afin de défendre la santé et les droits des personnes. Le 1er février 2019, le Conseil constitutionnel s’est prononcé pour le maintien de la pénalisation des clients au motif qu’il ne pouvait substituer son appréciation à celle du législateur et qu’il n’y avait pas d’atteinte manifeste au droit à la santé, alors même que l’ensemble des agences des Nations unies, dont l’OMSinfo-icon et l’ONUSIDA, dénoncent les politiques répressives à l’encontre des travailleuses du sexe.

Lieux d'intervention

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