L'accès à la PMA : un droit universel

L'accès à la PMA : un droit universel

Vendredi 27 septembre, les député-e-s ont très majoritairement adopté l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. La Loi n’est pas encore votée mais Médecins du Monde, association médicale qui milite pour la justice sociale, salue cette mesure phare permettant de mettre fin à une inégalité insupportable.

Des avancées fragiles

Engagés pour le respect des droits sexuels et reproductifs comme droits humains fondamentaux, notre association humanitaire lutte au quotidien contre les discriminations et les violences de genre. Nous agissons pour que chaque femme, chaque personne puisse faire ses propres choix concernant sa vie, son corps, sa sexualité et sa santé. Nos actions et combats en France et à l’international nous rappellent tous les jours que les droits des femmes ne sont pas acquis, chaque progrès reste fragile.

Or, ces droits sexuels et reproductifs sont particulièrement attaqués ces dernières années, partout dans le monde. Que ce soit sur le droit à l’avortement, l’information et l’éducation au genre, les droits des personnes LGBTI, la lutte contre les violences de genre, des oppositions très structurées s’organisent. Encore cette semaine, nous le voyons dans la rue pour s’opposer à la PMA pour toutes les femmes.

 

L'émanation de mouvements conservateurs

La PMA n’est ici qu’un objet, un prétexte. Derrière cette mobilisation, il y a deux motivations plus profondes : le contrôle du corps des femmes et la condamnation des personnes qui ne respectent pas les rôles qui leur ont été attribués à la naissance. Les personnes défilant contre la PMA sont les mêmes qui militent contre l’avortement au quotidien. Ce n’est là que l’émanation de mouvements conservateurs qui défendent une société patriarcale.

Ces mouvements sont de plus en plus puissants et de plus en plus financés.

Ces mouvements sont de plus en plus puissants et de plus en plus financés. Ils ont su s’implanter aux Etats-Unis, en Russie, Pologne, Hongrie ou en Italie… Avec les débats sur le mariage pour tous ou sur la PMA, ils ont trouvé des leviers pour s’implanter dans le paysage politique français, auprès de responsables politiques qui se sont faits largement dépasser.

Médecins du Monde combat tous les jours sur le terrain auprès d’acteurs variés, parce qu’en tant que professionnels de santé, nous sommes les premiers témoins des dégâts dont ils sont responsables sur les esprits et sur les corps. En défendant un modèle de société patriarcale, ils entretiennent et assument le sexisme, les LGBTIphobies, les violences de genres, les vulnérabilités sociales de santé. Ils font le lit des épidémies de VIHinfo-icon, en condamnant à la clandestinité les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les travailleurs et travailleuses du sexe, les usagers et usagères de drogues, en les éloignant des offres de préventions et de soins. Ils tuent des femmes en forçant à des avortements clandestins. Ils détruisent des vies, en forçant des femmes et des jeunes filles à aller au terme de grossesses non désirées.

 

Les droits des femmes ne se négocient pas

La progression et l’influence de cette pensée nous inquiètent, la voir s’exprimer au grand jour dans les rues de Paris, et dans l’hémicycle, nous est insupportable. Il est nécessaire de s’y opposer avec fermeté. Le Parlement et le Gouvernement doivent assumer de porter un arsenal législatif ambitieux et un discours politique sans concession ni compromis face à ces conservatismes. Les droits sexuels et reproductifs, les droits des femmes, les droits des minorités ne se négocient pas, jamais.

Le Parlement et le Gouvernement doivent assumer de porter un arsenal législatif ambitieux et un discours politique sans concession ni compromis.

La liberté des femmes de faire ou de ne pas faire des enfants est un de ces droits qui ne se négocient pas. Ce n’est d’ailleurs même pas un sujet de bioéthique. Le présent projet de loi n’est qu’un véhicule pour enfin faire avancer un débat trop longtemps laissé dans l’impasse. Mais cette approche éthique et médicalisée invisibilise d’autres enjeux qui y sont liés, au premier titre desquels la parentalité et la filiation. Ces enjeux sont pourtant centraux, car il en va de la sécurisation juridique des personnes, des familles, de toutes les familles. L’état du droit, au sortir des débats sur la loi bioéthique, doit couvrir l’ensemble des situations. Chaque faille ou renoncement, chaque incertitude, chaque zone d’ombre que le législateur aurait renoncé à éclairer seraient autant de menaces et risques potentiels pour les personnes, leur santé, leur famille.

 

L’histoire des luttes féministes, des luttes LGBTI, des luttes contre le racisme ou le sida etc. nous ont démontré que les droits des minorités profitent à toute la société. Plutôt que produire un texte dont nous savons dès aujourd’hui qu’il devra être repris par le législateur de demain, faisons-en sorte d’avoir un texte protecteur pour toutes et tous dès aujourd’hui. Face aux conservatismes, nous pouvons opposer des textes juridiques et des principes réellement progressistes, sécurisant et émancipateurs. C’est ainsi seulement que nous les ferons reculer.

Médecins du Monde