Vie à la rue : lettre au Premier Ministre

Vie à la rue : lettre au Premier Ministre

Associations, collectifs et maires de France n'ont ces derniers jours cessé de dénoncer la situation dramatique des personnes exilées à la rue. Aujourd’hui, nos associations demandent officiellement à rencontrer le Premier Minsitre Édouard Philippe pour penser ensemble une solution nationale.

A l’attention de Monsieur le Premier Ministre Edouard Philippe

 

Paris, le 25 avril 2019

 

Objet : réponse nationale pour l’accueil des exilé.e.s – demande de rencontre

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

En tant que représentants de collectifs citoyens et d’associations venant en aide aux personnes vivant dans les campements du Nord et de l’Est parisien, nous souhaitons vous alerter directement sur la situation dramatique et inhumaine que subissent chaque jour ces personnes. Malgré les rendez-vous que nous avons multipliés depuis plusieurs mois avec les autorités (Mairie de Paris et Préfecture d’Ile-de-France), aucune solution pérenne et adaptée n’a été proposée. C’est pour dénoncer cette inaction et interpeller l’opinion publique que nous avons mené un mouvement inédit de suspension de nos activités le 9 avril dernier.

 

Exaspérés de voir des personnes toujours plus nombreuses s’installer et s’abîmer à la rue, nous dénonçons le cycle infernal fait de campements, de démantèlements, de dispersions et de harcèlements qui se développe depuis 2015 dans le Nord-Est de Paris et dans son immédiate périphérie, avec à chaque fois, une violence accrue. Ce sont plusieurs centaines d’hommes isolés, mais aussi de femmes, de familles, de mineurs, qui, épuisés, vivent dans le plus grand dénuement aux abords de la capitale.

 

Comme l’a établi la Rapporteuse Spéciale de l’ONUinfo-icon à un droit au logement convenable lors de sa visite récente en France, partout sur le territoire, des milliers de personnes vivent dans ces espaces informels, « privées des services les plus élémentaires pour survivre » et victimes d’expulsions forcées répétées. Les élus et représentants de l’autorité publique se renvoient tour à tour les responsabilités, alors que la situation ne cesse de se dégrader, au point de devenir intenable, pour les exilé.e.s, pour les citoyen.ne.s et pour les associations.

 

Véritables acteurs de la paix sociale, nous n’acceptons plus de suppléer un gouvernement et un Etat dont l'action confine à une mise en danger délibérée des personnes. Dans un contexte où ni l'intégrité physique et psychique des personnes, ni la continuité de nos valeurs communes ne semblent garanties, nous demandons avec une particulière gravité :

 

  • Une protection et une mise à l’abri d’urgence, immédiates et inconditionnelles des exilé.e.s en errance dans le Nord-Est parisien, leur permettant d’accéder à leurs droits fondamentaux ;
     
  • L’assurance d’une continuité de l’hébergement pour toutes les personnes accueillies dans les dispositifs, quelles que soit leur situation administrative, qu’il s’agisse de structures dédiées aux demandeurs d’asile ou de structures d’hébergement généraliste ;
     
  • Un accès rapide aux procédures de demande d’asile pour les exilés qui le souhaitent, y compris pour les personnes sous procédure Dublin, ainsi qu’aux conditions matérielles d’accueil ad hoc ;
     
  • La garantie de conditions d’hygiène dignes (sanitaires, urinoirs, accès à l’eau, gestion des déchets), d’une lutte contre les réseaux de passeurs et de trafiquants, et l’arrêt des violences policières, des confiscations et des destructions de matériels tant que les campements perdureront ;
     
  • Et enfin, la mise en place d’une réflexion collective sur l’hébergement et le logement de l’ensemble des personnes à la rue afin de trouver des solutions pérennes à la situation de crise actuelle.

 

Face à l’urgence humaine, sociale et sanitaire et compte tenu de l’ampleur des besoins, les réponses mises en œuvre par les services de l’Etat et la Ville de Paris à la suite de notre grève sont insuffisantes. Une réponse nationale est indispensable pour venir à bout de ces situations inhumaines qui engagent la responsabilité de plusieurs ministères (Logement, Santé, Intérieur) et que l’on rencontre sur l’ensemble du territoire. C’est un plan d’action piloté par le gouvernement et tenant compte de la complexité des situations, qui doit être mis en œuvre pour faire cesser ces atteintes aux droits fondamentaux des personnes et leur permettre de sortir de la rue et de l’indignité.  Il vous appartient, dès lors, de créer un cadre de concertation adéquat pour engager une mobilisation interministérielle et trouver des solutions concrètes, adaptées et durables.

 

Nous nous tenons à votre disposition pour aborder avec vous ces problématiques et envisager les solutions à apporter.

 

Dans l’attente de cette rencontre, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de notre très haute considération.

ADSF - Agir pour le Développement de la Santé des Femmes,
Bernard Guillon

La Chorba
Gauthier Faivre
Cimadeinfo-icon
Christophe Deltombe

Collectif Audonien Solidarité Migrant
Mélanie Mermoz

Collectif Ptits Dej Solidaires
Mark Gore

Collectif Solidarité Migrantsinfo-icon Wilson
Clarisse Bouthier

COMEDE
Arnaud Veisse

Emmaüs France
Hubert Trapet

Etats Généraux des Migrations Paris
Jean-Marc Wasilewski

La Gamelle de Jaurès
Laetitia Lasserre

Ligue des Droits de l’Homme
Jean-Luc Deryckx

Médecins du Monde France
Philippe De Botton

Médecins Sans Frontières
Corinne Torre

MRAP - Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples
Marie Montolieu

Paris Refugee Ground Support
Heather Young

Première Urgence Internationale
Thierry Mauricet

Secours Catholique – Caritas France
Véronique Fayet

Utopia 56
Gaël Manzi

Le Vestiaire des Migrantsinfo-icon
Laurence Chavanes

Watizat
Marin Marx-Gandebeuf