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Expulsions des bidonvilles : l’urgence sociale

En 2018, 171 expulsions ont jeté à la rue 10 000 personnes originaires d’Europe de l’Est. © Olivier Papegnies

Expulsions des bidonvilles : l’urgence sociale

Une expulsion tous les deux jours dans notre pays. Monsieur le Président de la République, c’est à ce rythme infernal que l’Etat détruit des baraques de bidonvilles en France métropolitaine. En 2018, 171 expulsions ont jeté à la rue 10 000 personnes originaires d’Europe de l’Est, Roms ou étant perçues par les autorités comme Roms et habitant des squats ou des bidonvilles.

Une réelle politique nationale nécessaire

Cette augmentation de près de 40 % du nombre d’expulsions par rapport à 2017 est indigne de notre pays et pousse nos 48 associations et collectifs du CNDH Romeurope à tirer la sonnette d’alarme.

 

 

Il est temps que vos paroles se transforment en actes afin de mettre en place une réelle politique nationale, volontariste et adaptée, de résorption des bidonvilles. On ne nous convaincra pas que la situation de 15 000 personnes en grande précarité représente un défi insurmontable pour un pays comme la France.

Des engagements en contradiction avec les faits

Le 25 janvier 2018, huit de vos ministres signaient une instruction1 pour résorber les bidonvilles d’ici 5 ans. L’objectif était de « dépasser l’approche centrée sur les évacuations et d’inscrire l’intervention publique dans une dimension plus large, depuis l’implantation du campement jusqu’à sa disparition ». Lors de la présentation du Plan pauvreté en septembre 2018, vous annonciez solennellement : « Dans la droite ligne du plan Logement d'abord [...], nous poursuivrons notre politique de résorption des bidonvilles, qui sont peuplés de 30 % d'enfants. »

 

 

Ce discours ambitieux est en contradiction avec les faits. Au lieu de travailler à des solutions concertées avec les collectivités, les habitants, les associations et les services de l’Etat, la majorité des Préfets continuent d’expulser les habitants des bidonvilles sans proposer de solution stable (ce fût le cas pour 85 % des personnes expulsées en 2018). Cette politique indigne fait perdurer les bidonvilles plutôt que de les faire disparaitre.

L’accélération des expulsions est particulièrement notable à la fin de l’année scolaire et peu avant le début de la trêve hivernale. Malgré les demandes des familles et des associations de laisser les enfants scolarisés finir leur année, la trêve scolaire n’existe toujours pas. Ce sont des mois voire des années d’école perdus pour ces enfants qui ont tant besoin d’accéder à l’éducation.

l'inclusion sociale en ligne de mire

Pourtant des solutions existent. Poussés par la mobilisation de la DIHAL2 et les 4 millions d’euros qu’elle met à leur disposition, certains territoires, à Toulouse ou Villeurbanne, ont impulsé des projets ambitieux. Dans ces villes les personnes en bidonville ont obtenu des logements stables leur permettant de réaliser des démarches d’inclusion sociale (scolarisation, accès au parcours de soins, recherche d’emploi …).

 

 

Ces projets ont permis à des centaines d’enfants d’aller à l’école et à des familles d’accéder aux soins, de trouver des emplois déclarés et d’obtenir à un logement stable. Ils sont la preuve qu’avec du courage politique, ces personnes peuvent accéder à un logement stable et à leurs droits fondamentaux.

Les 4 millions d’euros sont insuffisants et la trêve scolaire doit être instaurée

Mais pour y arriver, le budget dédié à la résorption des bidonvilles doit augmenter significativement. Les 4 millions d’euros sont insuffisants et la trêve scolaire doit être instaurée : aucun enfant ne doit être expulsé pendant l’année scolaire !

Monsieur le Président de la République, vous devez décréter l’urgence sociale. Il est temps que l’Etat prenne ses responsabilités. Il est indigne qu’en France en 2019, des enfants et des familles n’aient pas un toit stable sur la tête et n’aient pas accès à l’éducation.

 

 

1Instruction du Gouvernement visant à donner une nouvelle impulsion à la résorption des campements illicites et des bidonvilles, 25 janvier 2018

2 Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’Accès au Logement

Signataires

Nathalie Godard, présidente du Collectif National Droits de l’Homme Romeurope

Florent Gueguen, directeur de la Fédération des Acteurs de la Solidarité

Malik Salemkour, président de la Ligue des Droits de l’Homme

Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty International France

Dr Philippe de Botton, président de Médecins du Monde

Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique Caritas France

Leonard Velicu, président de EURROM

Liliana Hristache, présidente de Rom Réussite

William Bila, président de La Voix des Rroms

Renée Le Mignot, co-présidente du MRAP

Thierry Mauricet, directeur général de Première Urgence Internationale

Estelle Denize, présidente de Hors la Rue

François Loret, président de Convivances

Philippe Dubois, co-président de Roms Action

Blandine Billaux, présidente du Collectif lyonnais pour l’accès à la scolarisaton et le soutien aux enfants des squats (C.L.A.S.S.E.S)

Pascal Joffroy, présidente de Système B, comme bidonville

Loïc Gandais, président de l’Association de Solidarité en Essonne avec les Familles Roumaines et Rroms (ASEFRR)

André Feigeles, porte-parole du Collectif Roms Paris

Pierre Rachet, président de l’Association Solidarité Rroms Saint Étienne

Jean-Claude Vitran, pour le Collectif de soutien aux familles rroms du Val d'Oise

Aline Poupel, présidente Romeurope 94