Traitements anticancéreux : quels soins pour demain ?

Traitements anticancéreux : quels soins pour demain ?

Le nombre de nouveaux cas de cancers ne cesse de grandir, jusqu’à 400 000 par an en France. Cette augmentation en cache une autre, tout aussi inquiétante : la hausse des prix des nouveaux traitements. Il n’est plus rare de voir des traitements anticancéreux coûtant entre 50 000 et 90 000 euros par an et par personne.
L'essentiel

Une nouvelle échelle de prix a été franchie il y a quelques mois avec l’arrivée des traitements CAR-T facturés entre 320 000 et 350 000 euros par personne. Dans de telles conditions, il devient de plus en plus difficile pour le système de santé d’assurer l’accès aux meilleurs médicaments pour tous. Les prix exorbitants des médicaments anticancéreux consentis aujourd’hui par les États constitueront demain les barrières à l’accès aux soins. En d’autres mots, avec ces niveaux de prix, le système de santé ne pourra pas payer pour toutes les personnes malades, ce qui équivaut à condamner celles qui en seront exclues.

 

Le système des brevets dévoyé

Ces prix exorbitants sont permis par le système des brevets, qui assure des monopoles de vingt ans aux industriels pharmaceutiques, et donc garantit l’absence de concurrence par des médicaments génériques et bio similaires. Si le brevet sur le médicament a été conçu en France il y a soixante ans comme moyen d’incitation à la recherche et au développement, ce système a été largement détourné de son principe originel et se trouve aujourd’hui dévoyé.

Les grandes firmes pharmaceutiques investissent peu dans la recherche. Les nouvelles molécules sont en fait créées par des start-up, qui sont ensuite achetées au prix fort, souvent en milliards d’euros, par les industriels du médicament. Par exemple Yescarta®, le traitement CAR-T de Gilead, n’a pas été développé par cette firme mais par une autre entreprise, Kite Pharma, rachetée en 2017 pour 12 milliards de dollars.

 

 

Soixante ans après leur création, les brevets pharmaceutiques sont, en fait, avant tout des actifs financiers, permettant de revendiquer rentes et profits. La recherche contre le cancer est devenue autant une lutte pour la santé qu’un secteur porteur de croissance. Les prix facturés aux États intègrent bien évidemment le coût des opérations financières de fusion acquisition.

La recherche contre le cancer est devenue autant une lutte pour la santé qu’un secteur porteur de croissance.

Ainsi, lorsqu’ils payent impôts et cotisations sociales pour la santé, les citoyens financent aussi ces opérations financières et spéculatives. En acceptant les prix fondés sur des brevets abusifs, les États se rendent complices de ce détournement de l’impôt à des fins d’enrichissement privé, et aux dépens de la santé et de la vie des personnes malades.

Remettre l'accès aux soins au coeur du système

Pourtant, rien n’est inéluctable ! Ainsi, lorsqu’il a créé les brevets pharmaceutiques, l’État a volontairement organisé les moyens de s’affranchir des monopoles lorsque l’intérêt de santé publique l’exige ou lorsque les prix sont anormalement élevés : c’est la licence d’office. Cet outil rappelle que les brevets sur les médicaments ont comme condition réciproque le droit fondamental à l’accès aux services de santé.

 

 

Le président de la République et son gouvernement sont garants de la pérennité de notre système de santé. À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le cancer, le 4 février (*), nous les appelons donc à faire primer l’accès aux soins pour toutes et tous face aux intérêts privés de quelques-uns, à utiliser les outils et moyens légaux dont ils disposent pour ce faire. Il en va de notre santé et de notre vie. »

 

(*) Ce sont aussi les 60 ans de la loi sur les brevets pharmaceutiques en France.

Philippe de Botton
Président de Médecins du Monde France