Faire un don

Hépatite C, encore un effort

© Olivier Papegnies

Hépatite C, encore un effort

Cette semaine s'est tenu à Paris le Congrès international sur les maladies du foie. Il fut ces dernières années le lieu d’annonces prometteuses liées à l’arrivée de nouveaux traitements permettant d’améliorer la guérison de l’hépatite C. Cette maladie du foie, due à un virus, est responsable chaque année de 2 700 décès en France, et près de 400 000 dans le monde. Quatre ans après l’arrivée de ces nouvelles thérapies, où en est-on de la lutte contre l’hépatite C ?
L'essentiel

En France, le rationnement administratif des nouveaux traitements contre l’hépatite C n’a été totalement levé qu’il y a un an. A ce jour, 60 000 patients en ont bénéficié, soit environ un quart des personnes vivant avec le virus de l’hépatite C. Au niveau international, si les programmes de traitements se développent dans les pays à revenu faible et intermédiaire, moins de 5% des 71 millions de personnes vivant avec le virus ont eu accès aux nouvelles thérapies. En 2015, le nombre de personnes guéries est inférieur à celui des nouvelles infections, et l’épidémie d’hépatite C continue de croitre.

Des traitements trop chers et encore peu accessibles

L’une des principales barrières à l’accès aux soins est financière. Dans la plupart des pays, le prix des traitements et des diagnostics empêche la mise en place de programmes nationaux de prise en charge et reste à la charge des patients, représentant souvent plusieurs mois de salaires. En France, les prix (entre 30 000 et 40 000 euros par traitement) continuent de peser dangereusement sur les comptes de la sécurité sociale et freinent la mise en place d’un plan d’envergure de prévention, dépistage et d’élimination de l’hépatite C. À ce jour, seuls quelques pays ont accès aux versions génériques (une centaine d’euros par traitement), ou ont négocié avec les entreprises pharmaceutiques des accords les incitant à offrir une prise en charge au plus grand nombre de patients.

 

80% des personnes vivant avec l’hépatite C ignorent leur statut

L’Organisation mondiale de la santé estime que 80% des personnes vivant avec le virus de l’hépatite C ne connaissent pas leur statut. En France, c’est le cas d’environ 30% des personnes infectées (75 000 personnes). L’hépatite C est une infection le plus souvent « silencieuse » : on ne ressent pas de symptôme particulier pendant une longue période. Lutter efficacement contre l’épidémie nécessite donc une politique proactive d’information et de dépistage, souvent freinée par le manque de moyens et le prix des traitements.

Lutter contre l’exclusion des personnes les plus vulnérables à l’hépatite C

Une autre difficulté tient au fait que les personnes les plus vulnérables à la transmission du virus de l’hépatite C sont le plus souvent marginalisées et à l’écart du système de soins : personnes qui s’injectent des drogues, migrants, personnes détenues ou anciennement détenues. A Médecins du Monde, où nous nous employons à créer des programmes de santé adaptés pour lutter contre l’exclusion, nous constatons que le statut social, légal, administratif est un frein considérable à l’accès aux soins. Encore trop peu de pays acceptent ainsi de mettre des seringues stériles et autres outils de prévention à disposition des personnes usagères de drogues. En France, où la politique de réduction des risques est inscrite dans la loi, un tiers des personnes usagères ont un accès difficile au matériel et programmes de prévention. Malgré les recommandations des professionnels de santé, les dispositifs de réduction de risques ne sont pas disponibles en prison.

 

 

Inquiète des conséquences sanitaires de la répression et des discriminations envers les personnes usagères de drogues, Médecins du Monde s’est alliée, lors du dernier Sommet mondial sur les hépatites virales, à une large coalition d’acteurs de santé pour appeler à un accès effectif aux services de réduction des risques et à la dépénalisation de l’usage de drogues. A l’heure où le gouvernement développe un nouveau plan de lutte contre les drogues et conduites addictives, et porte un projet de réforme pénale de la politique des drogues, nous espérons être entendus.

Dr Françoise Sivignon
Présidente de Médecins du Monde