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L’ignoble tentation de la fatalité

En Syrie, 11,3 millions de personnes ont cruellement besoin de soins. © Reuters

L’ignoble tentation de la fatalité

Longtemps les cris d’alarme ont répondu aux hurlements de terreur de la population syrienne. Mais sept ans de ténèbres, sept ans d’agonie, ont usé la colère et épuisé l’émotion internationale. Jusqu’à ce nouveau déluge de feu qui s’abat depuis 10 jours sur la Ghouta orientale, dernier sursaut en date d’un brasier qui jamais ne s’est éteint.
L'essentiel

 

 

Dans cette enclave martyre, cible des attaques chimiques de 2013 et aujourd’hui classée « zone de désescalade » du processus d’Astana, le régime syrien et son allié russe rejouent le scenario de la chute d’Alep. Quelque 400 000 personnes y sont assiégées, bombardées, affamées, avec davantage encore de cynisme et de mépris. Les médicaments essentiels et le matériel médical ne sont plus acheminés depuis la fermeture des tunnels d’approvisionnement au printemps 2017. 29 hôpitaux et centres de soins ont été délibérément ciblés par les bombardements. En quelques jours, plus de 700 morts, 2600 blessés. Des enfants d’un même quartier, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme et nos partenaires de l’UOSSMinfo-icon et de SAMS, suffoquent et présentent le même œdème aigu du poumon, symptômes évocateurs d’une exposition au gaz sarin ou au chlore. Partout des images de corps alignés, des enfants au visage ensanglanté, des soignants et des secouristes épuisés tandis que nos décideurs attendent des preuves que la « ligne rouge » a bien été franchie.

 

Partout des images de corps alignés, des enfants au visage ensanglanté, des soignants et des secouristes épuisés.


Évidente, pourtant, la folie meurtrière. Glaçantes la torture, la barbarie qui se perpétuent au mépris du droit international humanitaire, des trêves et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Désormais, 22 % des enfants de moins de 5 ans sont en état de malnutrition aigüe, mais aucune pause humanitaire durable n’est réellement imposée pour permettre la livraison sans entrave de l’aide et l’évacuation des blessés qui se meurent dans les sous-sols de la Ghouta. Partout dans le pays, les civils continuent à payer un lourd tribut, notamment dans l’enclave kurde d’Afrin et dans le gouvernorat d’Idlib. Les structures de soins demeurent une cible privilégiée. 800 soignants y ont laissé la vie depuis le début du conflit. D’autres, nombreux, ont dû fuir, grossissant le flot des populations déplacées au gré des jeux d'alliances complexes qui participent à brouiller les lignes. Mais qui s’en émeut encore ?

 

Les structures de soins demeurent une cible privilégiée. 800 soignants y ont laissé la vie depuis le début du conflit.


Nous refusons de céder au désespoir. Même si la tâche est rude pour les humanitaires qui luttent sur le territoire syrien, s’ils dépendent des « lettres de facilitation » refusées par le régime, s’ils sont bousculés et qualifiés par les Russes – via d’intenses campagnes sur les réseaux sociaux qui diabolisent les Casques Blancs – de terroristes. L’aide humanitaire, ainsi manipulée, est une monstrueuse arme de guerre. Elle régule la faim et la santé des populations, elle permet au régime syrien de se jouer de nous autant que des populations meurtries.


Constatant les échecs successifs des mécanismes internationaux – comme en témoigne la cacophonie lors de la conférence de Sotchi réunie par les Russes – et la faiblesse des tentatives d’interposition, nous réitérons des demandes urgentes : faire appliquer immédiatement la résolution 2401 votée par le Conseil de sécurité des Nations unies qui demande un arrêt des combats de 30 jours, imposer un accès inconditionnel à la population pour les organisations humanitaires et mettre en place une protection immédiate pour tous les civils.


Nous savons que des milliers d’armes meurtrières peuvent encore s’abattre sur des civils. Nous sommes conscients que les objectifs politique et militaire de certains acteurs du conflit demeurent obscurs quand d’autres se dessinent alors que pointe à l’horizon l’alléchante phase de reconstruction. Nous connaissons les limites de nos capacités d’action quand les questions humanitaires sont largement éludées. Mais nous refusons de n’être que d’impuissants spectateurs. Nous dénonçons les crimes de guerre massifs et refusons que l’ignoble tentation du « laisser-faire » l’emporte.

 

Nous refusons de n’être que d’impuissants spectateurs.


Pour inventer des solutions, rétablir des dynamiques et des équilibres pour la recherche d'une paix juste, la mobilisation de la société civile – celle-là même qui a déployé solidarité et entraide dès le début du conflit – est indispensable. Elle doit être impliquée, en coordination avec les États ou les organisations inter-gouvernementales. Et si le poids de l’Occident dans l’histoire de ce conflit décline, l’Europe et singulièrement la France peuvent peser. Dans l’immédiat, cela signifie mettre dans la balance des sanctions économiques pour inciter la Russie à traduire les demandes du Conseil de sécurité en actions immédiates.


Le droit, particulièrement le droit international humanitaire, reste une base solide et une voie ferme pour accélérer le règlement politique, y compris pour l’allié russe de Bachar El-Assad qui s’est engagé à le respecter officiellement. Pour que le monde ne cède pas à l’indignité en détournant les yeux de l’agonie du peuple syrien.

 

Signataires
  • Philippe Droz-Vincent, Professeur de sciences politiques à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble ;
  • Firaz Mawazini, Humanitaire ;
  • Dr Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde.