" Ce qui est très inquiétant, c'est l'hiver qui arrive "

Témoignage de Manuel Torres, coordinateur médical du programme d’urgence de Médecins du Monde en Irak

L'ESSENTIEL

En 2014, les combats qui ont touché le nord et l’ouest de l’Irak ont conduit 1,9 million de personnes à se déplacer.

Plus de 900 000 d’entre elles, ont rejoint le Kurdistan. 

La plupart tentent d’échapper à la progression rapide de l’État islamique.

Médecins du Monde intervient dans le Kurdistan irakien afin d’apporter une réponse d’urgence aux populations. Les équipes apportent des soins de santé aux personnes les plus vulnérables. Mais l’hiver arrive vite et les autorités locales sont dépassées par la situation. Notre coordinateur médical, Manuel Torres de Lara, témoigne.

« Les milliers de déplacés du Kurdistan irakien ont besoin d’une aide sanitaire et sociale urgente. Médecins du Monde est présent pour apporter un ensemble complet de soins de santé primaires : soins préventifs, soins de santé mentale et conseils de santé de base.  Ce qui est très inquiétant, c’est que l'hiver arrive dans cette partie du Kurdistan, en particulier dans la région de Dohouk où se trouvent environ 500 000 déplacésinfo-icon. C’est une région montagneuse où il neige abondamment en hiver.

Essayez d’imaginer ce que peuvent ressentir des centaines de milliers de déplacésinfo-icon qui vivent sous des tentes en toile et dans des bâtiments désaffectés ! Pour faire face à l’hiver, ils ont besoin de vêtements supplémentaires, de couvertures, de chauffage à l'intérieur des tentes ou de meilleurs abris pour se protéger des conditions hivernales extrêmes. 

Les enfants, les femmes, les personnes âgées et les personnes handicapées n’ont pas accès à des soins de santé ni à un soutien social. Les femmes, en particulier les femmes musulmanes, ne peuvent pas tout dire ouvertement à un agent de santé masculin. En tant que personnel soignant, nous devons être conscients de ces difficultés. Nous devons aussi savoir comment orienter les patients qui ont besoin de se nourrir et de boire de l’eau potable. Nous les conseillons sur la façon de trouver du travail pour gagner de l'argent et sur les autres services sociaux disponibles.

Les familles ont déjà dépensé toutes leurs économies

Depuis la deuxième vague d’afflux de déplacésinfo-icon, début août, nous manquons de produits alimentaires à distribuer. Les familles ont déjà dépensé toutes leurs économies. De nombreux déplacésinfo-icon ont très peu d'argent et ne peuvent pas acheter ce dont ils ont besoin, en particulier chez les familles Yézidis. En même temps, les hommes ne trouvent pas de travail. Tout cela va avoir un impact sur la situation nutritionnelle des familles et particulièrement des enfants. Nous nous attendons aussi à des conséquences sur la santé mentale des déplacésinfo-icon qui sont constamment préoccupés par la façon dont ils vont pouvoir aider leur famille à survivre, en particulier pendant l'hiver.

Il y a quelques jours, Yazidi, une jeune femme enceinte de 9 mois, m’a confié son histoire : « J’ai fui mon village situé près de Sinjar,me racontait-elle. Après 3 jours de marche, j’ai dû accoucher sur le bord de la route avec l’aide d’un soldat de l’armée Kurde. J’ai donné naissance à un petit garçon. » Lorsque nous sommes allés revoir cette femme, avec son bébé de 1 mois, ils étaient dans une maison vide avec 3 autres familles. L’hiver approchant, elle a eu peur pour sa santé et celle de son enfant. Son mari désespère de trouver du travail. Dans le même camp de déplacésinfo-icon, j’ai aussi rencontré cette petite fille de 12 ans, sauvée et adoptée par une famille Yézidis fuyant Sinjar. Seule, elle pleurait, ses 2 sœurs et son père ont été pris par l’EI. »

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