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Le non accueil, une violence de plus

© Olivier Papegnies

Le non accueil, une violence de plus

Louise est psychologue. Plusieurs fois par mois, elle participe bénévolement à notre programme nantais dédié aux enfants et adolescents non accompagnés afin de leur proposer des consultations d’écoute. Elle témoigne des conséquences de l’exil, du parcours migratoire et des conditions d’accueil en France sur la santé psychique de ces mineurs très vulnérables. 

 

 

 
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Pourquoi avoir mis en place ces consultations d'écoute ?

Si nous les avons créées, c’est pour offrir un moment de répit à ces jeunes en grande détresse. Non reconnus mineurs, ils ne bénéficient pas de la protection de l’enfance et survivent dans des conditions désastreuses en attendant l’issue de leur recours auprès du juge des enfants. Recours qui la plupart du temps aboutit à une réponse positive, après de longs mois d’attente. L’objectif est aussi de comprendre de quoi ils souffrent, d’observer leurs symptômes, et d’en faire un outil de plaidoyer pour témoigner de la violence institutionnelle qui leur est infligée et aggrave encore leur détresse psychique.

A leur arrivée en France, dans quel état psychique ces jeunes se trouvent-ils ? 

La quasi-totalité des jeunes que nous recevons ont subi des traumatismes.Souvent, ces adolescents ont fui différentes violences dans leur pays d’origine, qu’il s’agisse d’événements familiaux, politiques ou sociaux, comme l’extrême pauvreté et l’errance. En bref, des situations qui les ont poussés à partir, à se lancer dans un parcours migratoire lui-même souvent jalonné d’autres violences, qui ravivent les traumatismes déjà subis.

 

Des situations traumatisantes qui les ont poussés à partir. 

Ainsi, la plupart des adolescents que nous rencontrons dans notre programme présentent un syndrome de stress post traumatique, se manifestant généralement au moment où ils se posent. Avant ils sont dans le trajet, dans la survie. Une fois arrivés, tout remonte à la surface alors même qu’ils vivent une nouvelle violence, plus institutionnelle, due à leurs conditions d’accueil.    

 

Vie à la rue, absence de repères, déracinement, isolement, et en sus apparition des symptômes du psycho-trauma… L’arrivée est brutale pour ces adolescents. le refus d'emblée de reconnaître leur statut de mineur est un choc pour eux qui avaient placé beaucoup d’espoir en la France et pensaient y être enfin protégés.

Justement, comment ces enfants et adolescents vivent-ils l'entretien d'évaluation ? 

Les entretiens d’évaluation d’isolement et de minorité constituent un passage très déstabilisant pour eux, une rupture de plus à un moment où ils sont particulièrement vulnérables. Ils sont généralement évalués de manière expéditive, sans avoir eu le temps de se poser après un long parcours d’exil. 

Il faut savoir que le syndrome du stress post traumatique altère souvent l’orientation spatio-temporelle. Le trauma amène des pertes de mémoire. Alors, quand on leur pose des questions très pointues sur  leur trajet – comme c’est le cas généralement dans ces entretiens subjectifs qui se positionnent d’emblée sur un mode de suspicion - il ne savent pas forcément répondre, ou du moins de manière cohérente.

 

 

Il faut prendre en compte également le rapport culturel au temps, à l’âge, qui n’est pas le même en Afrique, d’où viennent beaucoup de ces adolescents. L’obligation de fournir des preuves administratives de leurs dires et de leur existence est encore une barrière supplémentaire, lorsque l’on sait que beaucoup sont souvent partis sans rien, car maltraités ou orphelins… La teneur de l’entretien est extrêmement pénible pour ces jeunes qui sont soit psychotiques, soit ont vécu du trauma, ou sont même « juste » complètement épuisés, physiquement et psychiquement !


C'est une nouvelle violence, intime, douloureuse. Il faut prendre conscience que ce sont des adolescents, qu'ils sont en pleine construction identitaire. Des adolescents à qui l’ont dit « tu mens, tu n’es pas ce que tu dis être ». Il y a un fort sentiment d’injustice, d’incompréhension, de colère. 

L’évaluation est ainsi une nouvelle violence, intime, douloureuse.

Avec le recours vient l’attente. L’errance, l’angoisse et le sentiment d’insécurité. © Olivier Papegnies
Avec le recours vient l’attente. L’errance, l’angoisse et le sentiment d’insécurité. © Olivier Papegnies

Que se passe-t-il après ?

Avec le recours vient l’attente. L’errance, l’angoisse et le sentiment d’insécurité. De longs mois sans protection et sans perspectives, qui laissent le champs libre à la somatisation. Ruminations, insomnies, maux de tête, cauchemars… Mais peu d’entre eux font le lien entre problèmes psychiques et physiques.

De longs mois sans protection et sans perspectives

Nous sommes là aussi pour les aider, leur faire comprendre que tout est lié. Leur offrir un lieu où ils se sentent en confiance, des entretiens d’écoute pendant lesquels ils peuvent construire un lien fiable et sans rupture.Ils sont juste invités à parler d’eux, de leurs ressentis, sans se justifier. Aussi nous militons pour qu'ils aient accès aux dispositifs de droits commun en santé mentale.

 

 

Est-ce que ces jeunes très vulnérables arrivent à "s'en sortir" ?

Les jeunes que je rencontre sont généralement ceux qui vont le moins bien. Et je n’en connais pas encore qui aient vu leur situation s'améliorer véritablement. Aucun n'a trouvé une famille d'accueil ou un logement stable, une scolarisation, une formation ou un emploi, des conditions de base pour pouvoir se reconstruire psychiquement.

Je vois en revanche des évolutions. Des jeunes qui étaient quasiment mutiques, complètement associables et qui maintenant parlent, ont des relations sociales, ont débuté un parcours de soins et retrouvé une certaine confiance en l’être humain.

Ce sont des petits pas, dans des situations qui partent de loin.

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