La Grèce malade de l'austérité

Le rapport Accès aux soins en Europe en temps de crise et de montée de la xénophobie pointe les mesures d’austérité qui affectent les systèmes de santé de tous les pays européens et qui, par conséquent, affectent la santé des citoyens et non-citoyens. En effet, les populations déjà vulnérables, telles que les migrants, voient la disparition des filets sociaux de sécurité qui leur apportaient auparavant une aide minimale. Ils deviennent également les boucs émissaires, soi-disant responsables de la situation, pour les partis politiques populistes et d’extrême-droite qui profitent de l’augmentation de la pauvreté pour faire passer leurs idées.

La Grèce en difficulté

La situation est particulièrement difficile en Grèce où plus de la moitié des jeunes sont au chômage, où les impôts se sont multipliés, où les fonctionnaires ont vu leur salaire diminuer de 20 à 50 %, où il faut payer 5€ pour être soigné à l’hôpital. « Ma femme est enceinte de quatre mois et je n'ai pas les moyens de l'emmener consulter un médecin privé », explique Kostas.« J'ai été licencié il y a un an, je n'ai aucun revenu et nous attendons notre premier enfant. Ma femme est sans emploi depuis deux ans. Je ne sais pas comment je vais réussir à nourrir mon enfant une fois né ». Médecins du Monde Grèce a donc doublé ses actions depuis 2011, pour répondre à la crise profonde que traverse le pays. Deux nouveaux centres de soins ont été créés, l'un à Perama et l'autre à Patras, en plus des trois déjà existants [1]. Le travail des unités mobiles a également augmenté. Avant la crise, elles assuraient déjà l'accès aux soins dentaires et ophtalmologiques dans certaines parties du pays (les villages reculés et les îles), elles se déplacent aujourd'hui dans tout le pays, avec des médecins généralistes, des gynécologues, des pédiatres, etc.

Auprès des sans-abri et des personnes âgées

Un nouveau projet a été lancé auprès des sans-abri à Athènes. Les difficultés de logement sont un nouveau phénomène directement imputable à la crise, les expulsions pour insolvabilité étant de plus en plus fréquentes. Une unité mobile va à la rencontre des sans-abri dans différents quartiers avec des sacs de couchage et de la nourriture en proposant des soins physiques et psychologiques.

Athanassis a 78 ans. Pendant deux mois il a vécu sans électricité avant de déménager dans un entrepôt. Sa pension s’élève à 310€ par mois, ses trois enfants sont au chômage et il souffre d’arthrite et d’insuffisance coronarienne. Ses problèmes se sont aggravés à cause de ses conditions de vie précaires mais malgré sa couverture maladie, il ne peut pas payer ses médicaments. Face à la présence de plus en plus importante des personnes âgées comme Athanassis dans les centres de soins de Médecins du Monde, une action auprès des personnes âgées a été initiée à Athènes et à Thessaloniki.

Xénophobie et violences

« À Athènes, vous pouvez voir débarquer à un coin de rue, des bandes de vingt motards en noir, qui cherchent l’étranger qu’ils vont pouvoir démolir », raconte Nathalie Simonnot, directrice adjointe du réseau international de Médecins du Monde. « Un jour, six motos ont tourné autour du camion d’échange de seringues de Médecins du Monde pendant 20 minutes. On a caché l’infirmier grec de couleur sous le lit d’examen. Un interprète afghan de Médecins du Monde a été tabassé, avec le gros logo MdM sur le dos, et laissé pour mort dans la rue. » En 2012, au cours des neuf premiers mois, 87 incidents de violence raciste contre des réfugiés et des migrants ont été documentés par le Réseau de recensement de la violence raciste [2]. Il s’agissait la plupart du temps d’agressions physiques dans les espaces publics.  Le manque de déclarations rend cependant opaque la véritable étendue de la violence (il faut payer 100€ pour porter plainte…). Médecins du Monde Grèce a réagi contre cette hausse de la xénophobie avec la création d'un nouveau projet intitulé « Assez ! », en collaboration avec le Conseil grec pour les réfugiés. Ce projet se concentre essentiellement sur les jeunes, cible directe des extrémistes de droite qui les impliquent dans des actes criminels. Médecins du Monde et le Conseil grec pour les réfugiés visiteront des écoles secondaires publiques situées dans les zones qui sont les plus touchées par la violence raciste afin de discuter ouvertement de ces questions et de sensibiliser aux conséquences négatives de la xénophobie pour l'ensemble de la société.

Soins et nourriture

La distribution de nourriture n’a jamais fait partie des activités de Médecins du Monde, pourtant face à la situation des patients (pour certains, ils doivent choisir entre s’acheter de la nourriture ou des médicaments), les équipes de Médecins du Monde Grèce ont commencé à collecter des denrées en 2011. En décembre 2011 et 2012, un arbre de Noël a été fabriqué avec des produits alimentaires au cœur du plus prestigieux parc d’Athènes, puis elles ont été distribuées aux personnes fréquentant les centres de Médecins du Monde.

Dans son rapport européen, Médecins du Monde avance des chiffres résultant d’informations collectées auprès de  8 412 usagers de 14 centres de soins dans 7 pays.

  • 81 % des patients doivent payer la totalité des frais médicaux pour accéder aux soins
  • 59 % des femmes enceintes n’ont pas accès aux soins prénataux
  • 49 % résident dans des logements temporaires ou instables et 26 % se jugent en (très) mauvais état de santé général (50,8 % des patients en Grèce)
  • 20 % signalent s'être vu refuser l'accès aux soins par un prestataire de soins au cours des 12 derniers mois (surtout en Espagne, 62 %)
  • 36 % des patients ont renoncé à recourir à des soins au cours des 12 derniers mois
  • 55 % des patients qui sont citoyens de l'UEinfo-icon ne sont pas autorisés à résider dans le pays de l’UEinfo-icon qui les accueille

 

[1] Les autres polycliniques se trouvent à Athènes, Chania (Crète), et Thessalonique.

[2] http://www.unhcr.gr/fileadmin/Greece/News/2012/pr/ConclusionsOctober2012EN.pdf

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