" Tu verras à 18 ans, ce sera facile. Mais c’est tout le contraire. " L’impasse des mineurs non accompagnés à leur majorité

Arrivés à majorité, les jeunes non accompagnés présents sur le territoire français se retrouvent encore trop souvent isolés, désœuvrés et livrés à eux-mêmes. À Caen, Médecins du Monde intervient pour alerter sur cette situation dramatique et apporter un soutien à la fois pratique et psychologique.

Encore trop peu de cas de régularisation chez les jeunes majeurs Non Accompagnés

En ce jour d’hiver, un jeune Afghan passe la porte de l’accueil de jour de Médecins du Monde à Caen. Tout sourire, il s’exclame : « J’ai obtenu le statut de réfugié et je travaille dans le bâtiment maintenant ». « Ça faisait deux ans qu’on suivait ce jeune », précise Nicolas Martine, le coordinateur du programme Mineur-e-s Non Accompagné-e-s (MNA) à Caen. La récompense du travail de Nicolas et de la dizaine de bénévoles engagés sur cette mission, c’est de voir des situations de vie qui se débloquent pour ces jeunes.

Je n’ai pas choisi d’être guinéen, je veux juste qu’on me laisse une chance d’avoir un avenir.

Pourtant, la situation de ce jeune n’est pas la norme. Ce même jour, Ibrahima*, un jeune guinéen de 21 ans, arrivé en France à l’âge de 16 ans, se confie aux équipes de Médecins du Monde : « Etudiant en BTS, j’étais en stage depuis 4 mois dans une grande entreprise. Ils étaient contents de moi et voulaient me proposer un poste ». Cet avenir professionnel s’est arrêté net après avoir reçu une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) de la préfecture en mars dernier au moment du confinement, marquant la fin de sa prise en charge. « C’est tellement injuste. A l’époque, les éducateurs me disaient, tu verras à 18 ans ça sera facile. Mais c’est tout le contraire ».

Les arguments de l’OQTF concernant Ibrahima stipulaient que l’extrait de naissance (document qui permet de déclencher une prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance jusqu’à 18 ans) de ce jeune était falsifié, remettant en cause son jeune âge « Je n’ai pas choisi d’être guinéen, je veux juste qu’on me laisse une chance d’avoir un avenir ».

L’histoire d’Ibrahima fait écho à celle très médiatisée de Laye Fodé Traoré, apprenti boulanger à Besançon, qui s’est vu signifier par les autorités de quitter le territoire français, et prouve que ces situations ne sont pas des cas isolés.

 

Dans le calvados, Médecins du monde déploie un accompagnement spécifique

 

A Caen, un programme spécifique de l’association Médecins du Monde intervient auprès des mineurs non accompagnés et des jeunes isolés exilés présents sur l'agglomération et sur le littoral (Ouistreham), ne bénéficiant d'aucune prise en charge et/ou rencontrant des difficultés d’accès à l'ensemble des dispositifs de droit commun.

A travers cette mission, Médecins du Monde accompagne les jeunes, en grande majorité de sexe masculin et originaires d’Afrique subsaharienne (Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Maghreb ou encore d’Asie) pour lesquels le Conseil départemental du Calvados a estimé que les éléments recueillis (parcours, discours, histoire, documents d'état civil, prise d'empreintes en préfecture, tests osseux etc.) ne permettaient pas de conclure à la minorité du jeune.

 

 

L’équipe de Médecins du Monde les accompagne dans diverses démarches administratives et assure les fonctions d’information, d’orientation et de médiation entre les jeunes isolés et l’ensemble des dispositifs de droit commun. Une attention particulière est portée pour les jeunes majeurs, comme Ibrahima, anciennement accompagnés par Médecins du Monde et/ou présents sur les squats et le littoral, rencontrant des difficultés d'accès au séjour ou des problématiques de santé mentale.

 

Briser la spirale de l'isolement pour mieux s'orienter

 

« Ce sont des jeunes qui ont vécu pour la plupart des parcours psycho-traumatiques, que ce soit dans leur pays d’origine ou lors de leurs parcours migratoires. En outre, leurs conditions de vie très précaires en France (sans domicile fixe, l’attente, les refus, la suspicion, les contrôles, etc…) fragilisent d’autant plus leur état de santé globale », explique Thierry Choubrac, responsable de mission pour le programme MNA à Caen et pédopsychiatre.

A travers l’accompagnement psychosocial, Médecins du Monde les aide à rompre avec l’isolement. « L’hébergement, la scolarisation, la stabilité, c’est la première chose. Une fois qu’ils sont en confiance c’est là que notre travail commence. Nous sommes là pour détecter des failles en santé mentale afin de leur éviter de basculer dans l’errance, d’être dans l’abandon », ajoute Nicolas Martine. « On est une des seules organisations à Caen où tu peux simplement pousser la porte et dire : ‘Je vais mal’. Ici, on leur offre un temps de répit ».

Le programme de soutien psychosocial et d’orientation des mineurs non accompagnés mis en œuvre depuis 2016 à Caen a accompagné 60 jeunes et MNA en 2020 (une centaine les autres années).

 

Une situation qui se dégrade aussi avec la pandémie

La pandémie actuelle est venue accentuer la détresse psychique des jeunes notamment avec le ralentissement de leurs démarches de régularisation. Un contexte auquel Médecins du Monde a dû faire face et s’adapter : « Depuis le début de la pandémie de Covid-19, on ne fonctionne plus exactement comme un accueil de jour, on évite d’être trop nombreux. Mais on est en contact régulier avec les jeunes et ils peuvent venir à des créneaux horaires prévus », précise Nicolas.

Nous nous déplaçons directement dans les lieux de vie des jeunes, leurs logements, à la sortie de l’école pour leur apporter un soutien.

Aussi, les équipes favorisent les ‘sorties d’aller-vers’. « Nous nous déplaçons directement dans les lieux de vie des jeunes, leurs logements, à la sortie de l’école, etc., pour leur apporter un soutien. Nous avons également un groupe Whatsapp très actif pour garder le lien avec eux ».

 

Notre travail de plaidoyer continue

 

Depuis de nombreuses années, Médecins du Monde en lien avec d’autres associations et collectifs citoyens sur le territoire, n’ont cessé d’alerter sur la situation dramatique des mineur-e-s et jeunes adolescent-e-s. Une préoccupation plus grande à la transition à l’âge adulte qui est souvent synonyme de ruptures supplémentaires pour les MNA qui atteignent l’âge de la majorité.

C’est pourquoi Médecins du Monde milite pour la mise en place des politiques publiques d’accueil des personnes majeures étrangères, afin de garantir la continuité du parcours de soins et un accès au séjour durable pour l’ensemble des mineurs non accompagnés devenus majeurs.

 

*le nom a été modifié

 

 

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