Témoignage : en Aquitaine, les mal-logés à l’épreuve du coronavirus

Nous voulons continuer à être un recours pour les personnes vulnérables, répondre à leurs questions et à leurs besoins.© MdM

Témoignage : en Aquitaine, les mal-logés à l’épreuve du coronavirus

Médecins du Monde est un acteur-clé de la réponse sanitaire à l’épidémie de coronavirus en Aquitaine. Pour Aude Saldana-Cazenave, la coordinatrice régionale, il est urgent d’agir pour améliorer les conditions d’hygiène, le confinement et la prise en charge des personnes mal-logées. Voici son témoignage.

Quelles décisions la délégation Aquitaine a-t-elle prises lorsque l’épidémie de coronavirus s’est étendue ?

Nous accompagnons environ 3 000 personnes en situation d’extrême fragilité sur la région bordelaise et il n’était pas possible de fermer nos programmes. Nous avons interpelé les autorités locales le 11 mars 2020. Dès le 16 mars, l’ARSinfo-icon (Agence Régionale de Santé) a mis en place une réunion de coordination avec la préfecture au sein de laquelle nous sommes identifiés comme les acteurs de référence sur la question des personnes vivant en squat et en bidonville et des personnes à la rue.

 

Comment fonctionnent les CASO (centres d’accueil, de soins et d’orientation) de Médecins du Monde à Bordeaux et à Pau ?

Notre CASO de Bordeaux continue de tourner tous les matins, avec une quinzaine de bénévoles contre 100 habituellement, pour assurer une continuité des soins a minima. Il n’y a pas que le Covid-19, les gens qui étaient malades avant l’épidémie restent malades. Or les structures de type PMIinfo-icon (protection maternelle et infantile), centres de dépistage, centre anti-tuberculose sont fermés. Depuis plusieurs semaines, les urgences ne peuvent plus répondre à des demandes simples et les difficultés d’accès aux soins sont renforcées pour les publics que l’on accompagne. Nous avons eu il y a quelques jours le cas d’une femme qui a accouché dans un bidonville, alors que ça n’était plus arrivé depuis très longtemps.

À Pau le CASO a fermé ses portes car beaucoup d’accueillants et de médecins étaient âgés. Mais nous avons des médecins qui vont contribuer au suivi des personnes en centre de desserrement et d’autres qui vont participer à des consultations médicales avancées par téléphone pour désengorger les appels au 15.

Nous voulons continuer à être un recours pour les personnes vulnérables, répondre à leurs questions et à leurs besoins. 

Quelle est la situation des personnes à la rue à Bordeaux ?

Les annonces sur la réquisition d’hôtels pour les sans-abris sont peu suivies d’effets localement. Ce qui est positif, c’est que la préfecture a réquisitionné une auberge de jeunesse en centre-ville de Bordeaux. 60 personnes sans domicile ont pu y être mises à l’abri. Mais le 115 fait encore 150 refus d’hébergement par jour. Pourquoi la Direction départementale de la cohésion sociale qui possède ses chiffres ne réquisitionne-t-elle pas autant de place en hôtel ? Le 115 a une liste de 25 personnes extrêmement vulnérables sur le plan médical qui n’ont pu être placées nulle part, ni dans des lits halte soins santé, ni dans des lieux d’accueil médicalisés et qui restent ainsi à la rue.

 

Quelles actions mettez-vous en place dans les nombreux bidonvilles de l’agglomération bordelaise ?

Nous accompagnons près de 1 500 personnes de la communauté Rom qui vivent en bidonvilles, où les conditions de vie, l’accès à l’eau sont dramatiques. Ces personnes étaient à l’écart de toute information sur le virus, elles étaient affolées, avaient peur de mourir. Nous avons donc intensifié nos visites de prévention et d’information avec des médecins et des infirmiers.

Nous demandons aux autorités la mise à l’abri d’urgence des personnes vulnérables et l’installation de points d’eau en nombre suffisant – pas un seul point d’accès à l’eau pour 300 personnes, sinon c’est catastrophique, ça devient vecteur de propagation – et la distribution de savon, avec des standards humanitaires.

Nous travaillons également à organiser la distribution alimentaire parce que ça n’existe pas dans les bidonvilles qui ont leurs propres moyens de subsistance, aujourd’hui bloqués. 200 occupants d’un bidonville, des travailleurs saisonniers, sont même partis en pleine nuit pour rentrer en Roumanie, de peur de ne pas trouver à manger.

 

Comment les occupants de squats que vous suivez s’organisent-ils ?

Les squats sont souvent des appartements ou des logement semi-collectifs. Pour limiter les regroupements, nous prévenons que nous frapperons aux portes lors de notre passage et demandons que ceux qui ont une demande médicale se manifestent. Notre médecin a identifié trois personnes qui présentaient des symptômes du coronavirus dans une ancienne résidence pour personnes âgées. 300 personnes y partagent une cour intérieure où les enfants s’amusent ensemble, où les hommes jouent aux cartes et aux dominos. Lorsqu’il a appelé le 15, on lui a dit de les placer à l’écart. Nous avons insisté pour qu’il puisse y avoir un dépistage, c’est primordial en hébergement collectif. Les résultats étaient négatifs. Mais cela a permis de faire comprendre qu’il fallait stopper certaines pratiques de rassemblement.

Nous obtenons des petites avancées. Ainsi, après avoir insisté auprès du conseil départemental, 17 mineurs non accompagnés en recours et en pré-évaluation qui vivaient dans un squat insalubre ont pu être hébergés en chambres individuelles dans un hôtel et suivis par un éducateur.

 

 

Aude Saldana-Cazenave sur France 3 Aquitaine, dans le 19/20 Atlantique

Aude Saldana-Cazenave, coordinatrice régionale pour Médecins du Monde, fait le point sur la situation de l'épidémie de coronavirus en Nouvelle Aquitaine et à Bordeaux au sujet de ceux qui vivent dans des squats, bidonvilles et logements insalubres.

 

 

Propos recueillis par Thomas Flamerion
Votre soutien
Nous rejoindre

Je postule en ligne.

S'informer

Je m'inscris à la newsletter.

 
Global loader