Témoignage : En Île-de-France, aider les plus démunis face à l’épidémie de coronavirus

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Témoignage : En Île-de-France, aider les plus démunis face à l’épidémie de coronavirus

L’épidémie de coronavirus (Covid 19) frappe lourdement la région Île-de-France, où Médecins de Monde mène pas moins de neuf programmes destinés à différents publics discriminés, marginalisés et exclus des soins. Pour Christophe Vavasseur, coordinateur régional de l’association, l’enjeu est notamment de garder contact avec ces personnes et de mettre à profit ce lien de confiance pour les protéger. Voici son témoignage.

L’Ile-de-France, région durement touchée par le coronavirus

L’Ile-de-France est devenue depuis la fin du mois de mars la région française la plus touchée par le coronavirus. La gestion de l’épidémie est très compliquée au vu de l’engorgement des hôpitaux franciliens et le manque de matériel médical et de personnels soignants. Pour les plus vulnérables et notamment les personnes sans domicile, la situation est critique et l’urgence est de les mettre en sécurité. Le gouvernement a tardé à réagir en ce sens mais des actions ont émergé. Le 24 mars, plus de 700 migrants du bidonville d’Aubervilliers ont été mis à l’abri dans des gymnases et des hôtels. Médecins du Monde demande également que des actions soient mises en place afin d’assurer l’approvisionnement alimentaire de ces personnes vulnérables et de permettre l’accès à la santé universel et sans condition pour l’ensemble des personnes vivant sur le territoire français.

Comment avez-vous réagi à la progression de l’épidémie de coronavirus ?

Nous avons commencé par identifier des points focaux Covid, une sorte de conseil constitué de quatre médecins répartis sur les deux sites que l’on a à Paris et à Saint-Denis. L’idée était de pouvoir partager les informations dont nous disposions sur l’ensemble de la délégation. La veille du confinement, nos deux centres d’accueil étaient encore ouverts. On avait l’espoir de parvenir à gérer les flux de personnes sans prendre ni faire courir de risques à personne. Mais ça s’est avéré impossible. Les deux centres ont dû être fermés.

 

Quelles solutions ont été mises en place pour faire face à l’épidémie de coronavirus ?

Notre meilleur réflexe a été de basculer vers une permanence téléphonique, médicale et sociale, commune pour aider les personnes vulnérables. Cela permet d’informer les gens, de les orienter, mais aussi de recueillir les inquiétudes du public, construire un plaidoyer à partir de ces témoignages et pouvoir le faire remonter auprès des autorités publiques. L’idée est de rester en contact avec nos bénéficiaires, même si ça n’est pas un contact physique. Notre service de permanence téléphonique a été étendu à d’autres associations partenaires pour que leurs publics puissent également nous appeler. Elle est tenue par des salariés et des bénévoles tous les jours de 9h à 17h.

 

Quelles sont les activités de Médecins du Monde actuellement en Île-de-France ?

La veille sanitaire auprès des exilés du nord-est parisien nous a beaucoup occupés ces derniers temps avec la crise du coronavirus. Nous étions témoins, dans le camp d’Aubervilliers, d’un refoulement systématique par la police montée des personnes qui sortaient pour aller chercher de la nourriture, pour un rendez-vous administratif ou médical. Or elles n’étaient pas du tout informées de la situation actuelle avec le Covid-19, beaucoup ne parlaient pas français. Nous réclamions que des points d’eau, des toilettes soient installés. Il n’y avait rien, aucun moyen d’appliquer les mesures barrières pour lutter contre la propagation du coronavirus.

 

A Aubervilliers, les conditions de vie dans les campements ne permettent pas de respecter les gestes barrières pour lutter contre le coronavirus. © MdM
A Aubervilliers, les conditions de vie dans les campements ne permettent pas de respecter les gestes barrières pour lutter contre le coronavirus. © MdM

 

Nous avons appelé des députés, contacté des mairies, la préfecture d’Île-de-France. Jusqu’à ce que le préfet de région décide d’une évacuation et d’une mise à l’abri rapides. Aujourd’hui nous devons concentrer nos capacités d’action sur ceux qui demeurent à la rue. Notre équipe de veille sanitaire continue de marauder trois fois par semaine. Les gens sont habitués à nous voir, ils finissent par réapparaître.

Nous étions témoins, dans le camp d’Aubervilliers, d’un refoulement systématique par la police montée des personnes qui sortaient pour aller chercher de la nourriture, pour un rendez-vous administratif ou médical.

Dans le camp d'Aubervilliers, la police montée refoulait systématiquement les personnes qui souhaitaient sortir pour aller chercher de la nourriture, pour un rendez-vous administratif ou médical. © MdM
Dans le camp d'Aubervilliers, la police montée refoulait systématiquement les personnes qui souhaitaient sortir pour aller chercher de la nourriture, pour un rendez-vous administratif ou médical. © MdM

 

Nos actions dans les bidonvilles ont repris avec un nouveau protocole pour limiter les rassemblements. Notre mission mobile à destination des SDF est également maintenue et renforcée. Sur les neuf premiers jours de confinements, neuf maraudes ont été organisées.

Nos activités à destination des travailleurs et travailleuses du sexe ont basculé vers une permanence téléphonique.

Concernant les mineurs non accompagnés, nous continuons de demander la mise à l’abri de ceux qui ont été déboutés de leur demande de reconnaissance de minorité. Nous nous inquiétons aussi énormément pour ceux qui ont été reconnus mineurs, pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, mais qui se retrouvent livrés à eux-mêmes, hébergés dans des hôtels, sans accès à l’aide financière, à la nourriture, sans pouvoir sortir.

 

 

En quoi la situation des personnes mal logées s’est-elle aggravée ?

Dans les bidonvilles, la perte des ressources est une véritable problématique. Ils ne peuvent plus sortir pour ferrailler, recourir à la mendicité pour avoir une forme de revenus et acheter de quoi se nourrir. C’est un peu la panique. Heureusement, les collectifs de riverains sont extrêmement réactifs pour distribuer de la nourriture là où un besoin est identifié. C’est également important pour l’après épidémie de coronavirus, de défendre l’importance de ces collectifs citoyens solidaires qui avec les associations jouent un rôle crucial, alors qu’ils sont peu considérés voire opprimés par la police.

Disposez-vous de suffisamment de matériel de protection ?

Il nous manque de manière critique des masques FFP2, des charlottes et des surblouses. Nous en avons demandé à l’ARSinfo-icon qui n’est pas en mesure de nous en fournir pour le moment. Par contre, l’Observatoire de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et un laboratoire qui travaille sur des appareils envoyés sur Mars en milieu aseptisé nous ont livré à deux reprises du matériel de protection, des masques chirurgicaux, des gants, des surchaussures. C’est un très beau geste de solidarité de s’être tourné vers une ONGinfo-icon telle que Médecins du Monde.

Propos recueillis par Thomas Flamerion
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