Introduction à la Journée Scientifique de Médecins du Monde

©Valentina Cugusi

Introduction à la Journée Scientifique de Médecins du Monde

Le docteur Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde France, a introduit la 4ème journée scientifique de la santé humanitaire et solidaire ce jeudi 5 avril 2018. En voici la retranscription.

En réfléchissant à l’introduction de cette Journée scientifique, je me suis souvenue d’un épisode dramatique survenu dans les années 1970, qu’une administratrice de Médecins du Monde, grande connaisseuse de l’Amérique centrale, m’a raconté lors d’une visite au Guatemala.

À l’époque, une Junte militaire qui avait pris le pouvoir au Guatemala a fait assassiner des intervenants en santé communautaire. On peut se demander pourquoi ces personnes ont été ciblées. Qu’est-ce que la Junte pouvait leur reprocher ?

Parce que leurs interventions exigeaient la participation directe des personnes concernées, les interventions de ces intervenants en santé communautaire prenaient une forme politique. Elles favorisaient, par un travail d’information et de prévention, un meilleur état de santé et donc une émancipation potentielle des populations. Aux yeux de la Junte, l’aspect transformateur, voire révolutionnaire de ces projets représentait une véritable menace et une expression de vie démocratique. En étant actrices et acteurs de leur propre santé et en intégrant les déterminants de santé, les populations pouvaient élaborer des solutions pour réaliser une société plus juste, notamment dans l’accès aux soins et aux droits. Un danger pour un régime autoritaire.

En étant actrices et acteurs de leur propre santé, les populations pouvaient élaborer des solutions pour réaliser une société plus juste.

Le lien avec notre Journée scientifique de la santé « humanitaire et solidaire » est évident. Il sera question aujourd’hui des personnes concernées par des activités de réduction des risques, par des pathologies cancéreuses ou vivant dans des lieux d’enfermement. Nous traiterons bien de l’émancipation de femmes et d’hommes en situation de vulnérabilité et de ce que nous leur proposons en termes de recherche opérationnelle, de plaidoyer mais aussi de collaboration entre nous, pour eux et avec eux.

 

 

Ainsi, nous avons tous, à l’occasion de cette journée scientifique, des aspirations communes portant chacune sur la réalité à laquelle sont confrontés les femmes et les hommes que nous soignons et que nous accompagnons. L’activité médicale doit toujours être envisagée sous l’angle d’une succession de tout petits pas et de gains successifs. À ce titre, les progrès scientifiques prennent tout leur sens.

L’activité médicale doit toujours être envisagée sous l’angle d’une succession de tout petits pas et de gains successifs.

Cette activité médicale et sociale est aussi incarnée par l’accompagnement singulier d’hommes et de femmes. Un accompagnement qui vise à améliorer des conditions de vie, de survie parfois. Un accompagnement qui vise simplement à garder des individus en bonne santé afin que leurs aspirations puissent se réaliser.

Le rôle de soignant, au sens large, prend alors une formidable signification même s’il faut savoir rester modeste quant à notre pouvoir d’action. Mais nous nous associons tous aujourd’hui dans une même dynamique, autour des domaines de la santé mais aussi des droits humains.

Pour terminer, je citerais Agata Zielinski pour laquelle « la relation de soin est rencontre de deux vulnérabilités. Vulnérables l’un à l’autre, vulnérables l’un par l’autre ». Ce serait là pour elle le « fonds commun de l’humanité ».

Je vous remercie.

Dr Françoise Sivignon
Présidente de Médecins du Monde
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