Urgence Népal : un traumatisme immense

Urgence Népal : un traumatisme immense

Trois mois après les séismes qui ont causé la mort de plus 8 000 personnes et blessé plus de 22 000 autres, Hélène Loing, coordinatrice en santé mentale, revient sur la situation au Népal.

 

Sur le terrain, les défis logistiques sont énormes : il faut parfois plus de quatre heures pour parcourir 15 kilomètres entre Katmandou et les villages reculés. Nos équipes sur place se mobilisent pour appuyer des maternités mais aussi pour réhabiliter 15 centres de santé.

Nous avons interviewé Hélène Loing, coordinatrice en santé mentale pour notre programme au Népal. Elle nous décrit l’état de santé des Népalais.

 

Comment les Népalais réagissent-ils au drame qui les a frappés ?

Trois mois après le séisme, nous rencontrons des personnes qui souffrent de stress post-traumatique. Or les espaces de soins psychologiques qui leur permettent de parler de ce qu’ils ont vécu sont rares.

On rencontre des gens angoissés, avec des symptômes comme des difficultés pour dormir, des douleurs corporelles inexpliquées, des pensées intrusives, la peur de retourner dans les immeubles. Nous notons aussi certains signes de dépression, une grande tristesse d’avoir perdu des proches et leurs biens. 

Ils demandent à être guéris de maux de tête, de maux de ventre et des cauchemars qui les hantent. Cela a parfois pour conséquence des troubles du comportement et la consommation de substances comme l’alcool. Ces symptômes étaient parfois déjà présents auparavant, mais le séisme a pu aggraver ou réveiller des troubles. Certaines personnes disent boire pour parvenir à dormir ou parce qu’elles sont dépassés.

Les Népalais se livrent-ils facilement auprès des psychologues ?

Habituellement, les Népalais ne se confient pas facilement, mais quand on leur offre un espace de parole – comme dans nos centres de santé ou nos cliniques mobiles –, ils saisissent l’occasion pour parler. Évidemment cela demande du temps.

Les femmes généralement se livrent quand elles sont entre elles, dans des environnements familiers.

Les enfants ont peur au départ, mais nous leur proposons de dessiner ou de faire des jeux pour qu’ils expriment ce qu’ils ressentent. Une jeune fille de 9 ans qui avait été blessée à la tête pendant le séisme craignait que la nature ne lui tombe dessus : elle a dessiné à plusieurs reprises des oiseaux qui tombaient d’un nid.

Les hommes se confient plus difficilement. L’histoire d’un de nos porteurs m’a particulièrement marquée. Après le séisme, il a perdu toutes ses richesses et ne pouvait plus assurer un toit correct à sa famille. Je l’ai vu pleurer quand il en a parlé. Dans la culture népalaise, qu’un homme exprime ses émotions et pleure est quelque chose de très rare.

On constate également que les violences intrafamiliales – qui pouvaient déjà exister auparavant – ont augmenté. C’est un sujet qu’il est compliqué d’aborder, c’est tabou ici. Il faut sensibiliser les femmes à leurs droits et à la lutte contre la violence.

Comment leur apprenez-vous à vivre avec les répliques ?

D’abord on propose des sessions d’éducation pendant lesquelles on leur explique comment protéger leur famille. On leur apprend aussi des techniques de relaxation et de gestion du stress. On travaille également avec les Népalais pour que s’organise un soutien communautaire. C’est le meilleur moyen d’aider les personnes et de les encourager à reprendre une vie normale.

Les Népalais sont des personnes résilientes, ils prennent beaucoup d’initiatives. Je suis aussi optimiste sur la prise en charge de la santé mentale car les autorités sont conscientes qu’elle ne concerne pas seulement ceux qui souffrent de pathologies graves. Le gouvernement semble prêt à inscrire la santé mentale dans le système de soins.

Votre soutien
Nous rejoindre

Je postule en ligne.

S'informer

Je m'inscris à la newsletter.

 
Global loader