Guatemala : revendiquer le droit à la santé dans les "fincas"

Guatemala : revendiquer le droit à la santé dans les "fincas"

De part et d’autre des routes guatémaltèques s’étalent à perte de vue plantations de banane, de café ou encore de canne à sucre. Les employées agricoles travaillent dans des conditions difficiles et n’ont que peu d’accès aux soins.

 

La fumée a envahi le paysage, masqué le bleu du ciel. Dans la région de Tiquisate, au Guatemala, la récolte a commencé. Lorsque le feu s’éteint, lorsque toutes les feuilles ont brûlé, il ne reste que la canne à sucre, prête à être coupée et envoyée à l’usine. Place aux femmes qui nettoient ensuite le champ, dans la fumée, la poussière, la chaleur, sous un soleil brûlant. Les poumons et la peau souffrent terriblement. À quelques kilomètres, d’autres femmes sont à l’ouvrage. Toute la journée, elles trient, pèsent, mesurent, lavent, coupent, sélectionnent, emballent des milliers de bananes encore vertes, qui seront ensuite exportées aux États-Unis ou en Europe.

L'objectif est de faire avancer la situation des femmes dans les fincas.

Des fincas à l'accès difficile

Médecins du Monde est arrivé au Guatemala en 2008 avec l’objectif de faire avancer la situation des femmes travaillant dans ces exploitations agricoles, les fincas. Le programme sensibilise à la santé sexuelle et reproductive et porte un plaidoyer en faveur du respect du droit à la santé. Sur les 41 fincas approchées par Médecins du Monde, 35 entraient dans le cadre de son projet, puisqu’elles employaient des femmes. Seules 6 ont accepté de recevoir l’association. Pourtant, les besoins sont criants. Silvia Bonilla est sociologue et travaille au sein de l’équipe. « C’est très difficile d’entrer dans les fincas, avoue-t-elle. Les propriétaires sont membres de grandes familles politiques. » Depuis le début du projet, l’équipe a essuyé de nombreux refus. Des annulations de dernière minute com­mu­niquées par une personne inconnue de l’association, des raisons invoquées parfois légères, suspectes, le processus est long. « Et frustrant », ajoute Silvia. Mais l’équipe parvient à franchir quelques portes. Elle découvre alors des conditions difficiles : pas de toilettes, une prétendue infirmière qui ne l’est pas, des hommes armés qui écoutent – surveillent – ce que dit l’association. « Quand nous demandons un peu d’espace pour un peu de confidentialité et d’hygiène, on nous reproche de vouloir trop », explique Silvia.

Une exception dans la région

Pour quelques jours, Santa Rosita accueille Médecins du Monde. La finca emploie près de 400 personnes. Logements, écoles, stades, cliniques : de nombreuses infrastructures prévues pour les salariés se trouvent sur le site. « Notre entreprise s’est donné une mission sociale avec les travailleurs », explique Rony Peleaz Lam, responsable des ressources humaines. « Le bien-être des salariés est important. »

Les patients sont reçus pour des soins, de la sensibilisation, ou un suivi de grossesse.

La patronne est très préoccupée par l’éducation des enfants. Ils sont 80 de 3 à 14 ans à être inscrits à l’école. Bilma est infirmière et depuis cinq ans reçoit quotidiennement en consultation dans cette clinique solidaire. Un médecin vient chaque trimestre. Les patients sont reçus pour des soins, de la sensibilisation, un suivi de grossesse… avant d’être, si besoin, orientés vers l’hôpital. À 28 ans, Yanira travaille à la finca depuis 6 ans. Elle vient souvent à la clinique, notamment pour son injection contraceptive trimestrielle. Depuis quelques temps, les grossesses non désirées et le VIHinfo-icon ont diminué à Santa Rosita, une grande fierté pour Bilma et Rony. Mais Santa Rosita est loin d’être représentative des exploitations agricoles guatémaltèques.

Louise Tesse
 
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