Ouganda : un hôpital de campagne

En Ouganda, MdM interviens auprès des réfugiés sud-soudanais. © Sébastien Duijndam

Ouganda : un hôpital de campagne

Le district de Yumbe, au nord de l’Ouganda, abrite l’un des deux plus grands camps de réfugiés d’Afrique. 230 000 Sud-Soudanais fuyant la guerre civile et les conflits ethniques vivent à Bidibidi. Depuis un an, Médecins du Monde y tient un hôpital provisoire qui ne désemplit pas, Bolomoni.

Devant le gué qui traverse la rivière Ore, à quelques kilomètres de Bolomoni, les conducteurs de motos hésitent. En pleine saison des pluies, les eaux gonflées par les averses sont menaçantes. Même danger sur les pistes de terre ocre qui sillonnent la région. Détrempées, elles deviennent boueuses, glissantes. Les ornières se creusent. Et les accidents se multiplient. Dans la salle des urgences de l’hôpital géré par Médecins du Monde, les brancardiers déposent deux blessés. La chute a été violente. Les portes battent sans discontinuer. Armé d’analgésiques, de compresses, de bandages, de poches de perfusion, de tests sanguins rapides, le personnel soignant entre et sort. Il faut faire vite, les patients qui souffrent de traumatismes crâniens sont évacués en ambulance vers l’hôpital de référence d’Arua, à une heure et demie de route.

 

 

Un camp en expansion

L’offre de soins de l’hôpital de Bolomoni est telle que les patients affluent. Non seulement les quelque 65 000 personnes installées dans les cinq villages de la zone 4 qu’il dessert, mais beaucoup d’autres encore, venant de diverses zones de Bidibidi. Voire des camps limitrophes comme celui d’Imvepi, au sud, où se trouve l’un des principaux centres d’accueil du nord de l’Ouganda. Les Sud-Soudanais qui passent la frontière y sont hébergés en attendant la distribution de biens de base – bâche de protection, ustensiles de cuisine, savon – et l’attribution d’une parcelle de terrain sur laquelle ils pourront construire une maison, faire pousser quelques légumes.

Assis sur des bancs à l’abri d’une immense tente, hommes, femmes et enfants attendent d’être enregistrés. « Le nombre d’arrivées quotidiennes dépend des flambées de violence au Sud-Soudan, explique un employé du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, parfois 500, parfois plus, parfois moins quand ça se calme ou que les contrôles sont renforcés à cause d’Ebolainfo-icon. » L’une des deux ambulances de Médecins du Monde est stationnée chaque nuit à Imvepi, pour intervenir rapidement en cas d’urgence et transporter les patients vers les centres médicaux les plus proches, Bolomoni notamment.

 

© Sébastien Duijndam
© Sébastien Duijndam

 

La journée, les couloirs de l’hôpital sont peuplés de femmes enceintes, de mères et d’enfants. L’hôpital propose des services de santé sexuelle et reproductive complets, des visites prénatales au suivi de croissance des bébés en passant par les accouchements, de la planification familiale à la prévention et au traitement des infections sexuellement transmissibles. Betty y emmène son petit-fils Isaac, 3 ans. Lorsqu’en 2016 elle fuit son village près de Djouba, la capitale sud-soudanaise, onze enfants l’accompagnent.

L’offre de soins de l’hôpital de Bolomoni est telle que les patients affluent.

Certains sont des membres de sa famille. Les autres, ceux de voisins absents lorsque les groupes armés sont arrivés, saccageant, pillant, tuant. Après leur arrivée, au fil des mois, la santé d’Isaac décline. Il y a un an Betty l’emmène à Bolomoni. Des examens révèlent qu’il est positif au VIHinfo-icon et à la tuberculose. Depuis un an, l’enfant est soigné par Médecins du Monde. « Il prend ses médicaments tous les jours. Il est encore faible mais ça va beaucoup mieux, assure Betty. Ce qui me stresse c’est de lui trouver une nourriture assez riche pour son traitement. »

 

© Sébastien Duijndam
© Sébastien Duijndam

 

Comme d’autres réfugiés, pour gagner un peu d’argent, Betty vend aux Ougandais de la région une partie de la nourriture qui lui est distribuée chaque mois. C’est également le cas de Joice qui doit prendre soin de Mary, sa fille de 16 ans. Mariée, enceinte, la jeune femme est revenue vivre chez sa mère près de Bolomoni, où son épilepsie a été diagnostiquée et traitée pour la première fois. Malgré les crises à répétition, malgré la chute dans un feu dont sa main et sa jambe droites atrophiées portent les séquelles, jamais un nom n’avait été posé sur sa maladie.

© Sébastien Duijndam
© Sébastien Duijndam

Des soins spécialisés

Pour répondre aux besoins des réfugiés, Bolomoni s’est adapté. Mosh Swamiya, sage-femme, reçoit des victimes de violences sexuelles, une soixantaine chaque mois. Elle se souvient d’une femme couverte d’ecchymoses, tout juste arrivée du Sud-Soudan, que sa famille réfugiée à Bidibidi avait conduite à l’hôpital. « Le médecin qui l’a examinée m’a appelée pour que je lui parle. Elle s’est effondrée et m’a raconté que cinq rebelles l’avaient violée. Elle n’avait rien dit, de peur que son mari la rejette. » Parmi celles qui consultent le service de violences liées au genre, beaucoup ont été abusées dans le camp. « La nuit il n’y a pas de lumières, les femmes qui vont chercher de l’eau ou du bois sont vulnérables », explique Norie Omamalin, la coordinatrice médicale du programme. Dans les 72 heures qui suivent l’agression, une contraception d’urgence et un traitement post-exposition au VIHinfo-icon peuvent être prescrits. Pour Mosh Swamiya, « il faut savoir écouter ces femmes et leur redonner confiance en elles ».

 

"Il faut savoir écouter ces femmes et leur redonner confiance en elles". © Sébastien Duijndam
"Il faut savoir écouter ces femmes et leur redonner confiance en elles". © Sébastien Duijndam

 

En juin, un tout autre service a vu le jour à l’hôpital. Car avec les pluies sont revenus les moustiques. Et avec les moustiques la malaria, véritable fléau. Lorsque l’épidémie a atteint un pic, les équipes de Médecins du Monde ont ouvert deux annexes pour accueillir près de 200 malades par jour. Un bâtiment est dédié aux consultations externes, l’autre à l’hospitalisation des cas les plus graves. « Les personnes positives à la malaria reçoivent leur traitement antipaludique pour trois jours, précise George Draza, clinicien. Si leur santé ne s’améliore pas, s’ils souffrent d’hypoglycémie, de déshydratation, ils sont perfusés. » Certains doivent également être transfusés. Surtout les bébés, en cas d’anémie sévère.

 

Ainsi, jour et nuit, les équipes de Médecins du Monde font tourner l’hôpital de Bolomoni. L’objectif de l’association est maintenant de pérenniser la structure. Pour que continuent à y être dispensés des soins essentiels à la population de Bidibidi.

Thomas Flamerion
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