Maliens expulsés de France, bénéficiaires de soins dans l'ASACO de Djélibougou à Bamako. © David Delaporte

Mali : protéger les femmes les plus vulnérables

Médecins du Monde lance un programme au Mali pour les femmes enceintes et les aides ménagères, menacées par le manque de suivi médical.

Située au nord-est du Mali, Kidal est restée à l’écart des progrès sanitaires enregistrés depuis quelques années. Les centres de santé sont parfois mal équipés et il est difficile de trouver du personnel suffisamment formé acceptant de travailler dans cette région désertique et isolée. Présent depuis 2002 dans la région, Médecins du Monde travaille à l’amélioration de la couverture et de la qualité des consultations prénatales. Les aides ménagères sont particulièrement vulnérables. Elles sont en général jeunes, analphabètes, mal payées, dépendantes de leur employeur… et très éloignées de leur famille. Autant de raisons qui font d’elles des proies faciles. Près de deux aides ménagères sur trois ont ainsi reconnu avoir déjà eu des symptômes d’infection sexuellement transmissible (ISTinfo-icon)… Seule une sur quatre a tenté de se soigner.

RENDRE LES SOINS FAMILIÉS

Le premier objectif est de faire progresser la qualité et la fréquentation des consultations prénatales, en améliorant l’équipement des 4 centres de santé, la formation du personnel et la sensibilisation des femmes enceintes. Le second objectif consiste à lutter contre la propagation des ISTinfo-icon et notamment du sida en intervenant auprès des aides ménagères. « Nous savons que ces femmes participent régulièrement à des groupes d’échange. Nous avons prévu de projeter des films et d’organiser des débats pour les mettre en garde. Nous disposons également d’une clinique mobile pour qu’elles puissent bénéficier de dépistages gratuits du VIHinfo-icon. Il s’agit de les familiariser avec les soins pour qu’elles se rendent ensuite spontanément jusqu’à un centre de santé », souligne Agnès Duband, coordinatrice sur place.

Jeunes filles au Mali. © David Delaporte
Jeunes filles au Mali. © David Delaporte

Depuis le début d’avril 2008, Médecins du Monde mène un programme d’appui à 4 structures locales d’aide aux enfants des rues à Bamako.

Kadiatou est une jeune Malienne de 13 ans. À l’âge de 3 ans, sa famille ne pouvant subvenir à ses besoins, elle a été placée chez son oncle vivant à Bamako. Très vite, Kadiatou devient responsable de la maison : ménage, lessive, cuisine, courses lui sont confiés. Elle n’est pas scolarisée, ne joue pas, sauf parfois lorsqu’elle s’occupe de l’enfant de son oncle. Lors de ses achats au marché, une vendeuse remarque ses mains bandées. Ayant déjà observé des marques de mauvais traitements, la vendeuse accompagne la jeune fille au commissariat, une plainte est déposée contre l’oncle. La jeune fille est placée dans un centre d’accueil pour enfants vulnérables : Kanuya.

Le programme de Médecins du Monde qui consistait au départ à appuyer une seule structure d’accueil pour les enfants des rues de Bamako, s’est rapidement étendu à l’ensemble des enfants vulnérables, comme Kadiatou. Et ils sont nombreux car, comme le souligne Amélie Prévalet, coordinatrice de la mission, « dans la culture malienne, l’enfant n’est pas le centre de tout comme en Occident ». Le programme soutient désormais 4 centres : Kanuya, Mali Enjeu, le Centre d’écoute communautaire (CEC) et l’association Jeunesse et développement du Mali.

LE TRIPLE OBJECTIF DE LA MISSION

Médecins du Monde s’attache à renforcer les capacités locales de ces structures, à former et à sensibiliser le personnel à la médecine préventive et curative, ainsi qu’à améliorer la prise en charge psychosociale. Ainsi, Kadiatou a d’abord pu bénéficier de soins. Ses mains avaient été brûlées au fer à souder. L’équipe lui a ensuite permis d’accéder à un soutien psychologique. Les enfants de ces centres vivent parfois dans la rue, ont perdu leurs parents, ont fugué, ont une famille démunie, travaillent ou sont placés dans des écoles coraniques par leurs parents qui ne peuvent subvenir à leurs besoins.

Kadiatou, 13 ans, est devenue responsable de la maison. Elle n'est pas scolarisée.

« Ces enfants sont considérés comme ayant un retard mental ou de développement psychomoteur. Ils sont souvent mis à l’écart. Pourtant, il faut se centrer sur ce que veut dire l’enfant et non sur la façon dont il le dit », explique Emilie Sepulchre, psychologue de la mission. « Nous rencontrons en effet des troubles du langage ou de l’articulation, de l’hyperactivité, de l’anxiété, des troubles graves de la personnalité et de la communication ou encore des dépressions profondes avec de possibles tentatives de suicide », ajoute-t-elle. Le but n’est pas une action directe mais un transfert de compétence :« Nous souhaitons rencontrer les animateurs, les former au développement de l’enfant, leur indiquer l’importance du jeu notamment », souligne-t-elle. L’appui de Médecins du Monde à ces centres est destiné à assurer la pérennité de la prise en charge des enfants vulnérables. Une formation avec l’ensemble des partenaires aura lieu en septembre. Quant à Kadiatou, guérie, elle a pu retourner chez ses parents, après une phase de médiation familiale assurée par les partenaires.

Camille Biet
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