Témoignages : la santé mentale, au cœur de notre action en Ukraine
05.02.2026
© Pietro Chekal - Médicos del Mundo
En Ukraine, malgré les bombardements, certains choisissent de rester. Rester pour soigner, à seulement quinze kilomètres de la ligne de front. Rester pour que leurs voisins puissent continuer à accéder à un centre de santé ou à un hôpital. Et surtout, rester pour offrir un espace où les habitants peuvent parler de leur souffrance, demander de l’aide psychologique et préserver leur santé mentale, même après 4 ans de guerre.
Sur place, Médecins du Monde forme les professionnels de santé à la prise en charge de la santé mentale, leur permettant ainsi de devenir un véritable soutien pour les milliers d’Ukrainiens confrontés chaque jour à la peur de nouvelles attaques.
Découvrez ci-dessous les témoignages de Larysa, infirmière et Volodymyr Fesenko, chef du département de psychologie de l’Université nationale de pharmacie.
Larysa, où travaillez-vous ?
Je suis infirmière dans la clinique ambulatoire du village de Sheludkivka. Notre village compte environ trois mille habitants. Kharkiv se trouve à une soixantaine de kilomètres et la ligne de front à seulement quinze kilomètres.
Notre équipe est réduite : un médecin de famille, deux infirmières, un chauffeur et une aide-soignante. Depuis le début de la guerre, aucun d’entre nous n’est parti, ni les membres de l’équipe ni leurs familles. Pendant toutes ces années, nous sommes restés ici : à recevoir des patients, à faire du bénévolat, à nous soutenir les uns les autres.
Même dans les moments les plus difficiles, lorsque les champs et les forêts alentours brûlaient, nous n’avons jamais cessé de travailler.
Comment avez-vous commencé à travailler sur la santé mentale ?
L’équipe de Médecins du Monde a commencé à venir dans notre village en 2024. À ce moment-là, notre médecin est partie en congé maternité et nous nous sommes retrouvés sans médecin permanent. Les spécialistes de Médecins du Monde ont assuré des consultations, apporté des médicaments et proposé un soutien psychologique.
Les habitants attendaient ces visites avec impatience : ils pouvaient recevoir des soins, mais aussi parler à quelqu’un qui les écoutait réellement.
Par la suite, j’ai été invitée à participer aux sessions de formation du programme de santé mentale. Pour moi, ce fut une véritable révélation : des actions clairs, pratiques, applicables même dans les situations les plus complexes. C’est exactement le type de connaissances qui manquait jusque-là aux soins de santé primaires.
Après cette formation, je me suis sentie beaucoup plus confiante pour accompagner des personnes présentant des signes de troubles mentaux ou de stress sévère.
Quelle importance accordez-vous à la santé mentale ?
Pour moi, c’est une manière de mieux faire notre travail. Nous sommes le premier maillon du système de santé et, bien souvent, les premiers à remarquer que quelque chose ne va pas chez une personne.
Grâce à ce programme, je sais désormais comment parler à des personnes en détresse émotionnelle. Même en temps de guerre, on ne peut pas repousser la prise en charge de la santé mentale. Au contraire, elle est aujourd’hui plus essentielle que jamais.
Volodymyr, quelle est votre expérience et comment vous êtes-vous impliqué dans le travail sur la santé mentale ?
Je dirige le département de psychologie de l’Université nationale de pharmacie. Il y a deux ans, nous avons été invités à une réunion à Kyiv pour discuter de l’intégration d’un programme de santé mentale dans les cursus de formation.
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à approfondir ce sujet. Lorsque l’occasion s’est présentée de participer personnellement à la formation en santé mentale proposée par Médecins du Monde, j’ai immédiatement accepté.
Comment les professionnels de santé accueillent-ils ce qui leur est enseigné lors de cette formation ?
Les personnes arrivent épuisées, usées par la guerre, les nuits sans sommeil et le stress permanent. Mais en un ou deux jours de formation, un changement s’opère.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est de voir à quel point les professionnels de santé repartent prêts à remettre en question leurs propres stéréotypes.
En tant que professeur, je considère cela comme fondamental : si les futurs professionnels de santé apprennent dès le début de leur parcours à parler de santé mentale sans préjugés, c’est l’ensemble du système de santé qui commencera à évoluer.
Notre programme de soutien en santé mentale en Ukraine est soutenu par notre partenaire Echo.
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