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En cours de lecture Nouvelle épidémie d’Ebola en RDC : un risque de crise régionale
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Nouvelle épidémie d’Ebola en RDC : un risque de crise régionale

20.05.2026

Mardi 16 mai, le dernier bilan du ministère de la Santé congolais faisait état de 136 morts et 543 cas suspects dans le pays, poussant ainsi l’OMS à décréter une « urgence de santé publique de portée internationale », son deuxième niveau d’alerte le plus élevé. Présente dans le Nord Kivu à Goma et Mweso, Médecins du Monde adapte ses activités dans la zone et travaille à protéger ses équipes et les populations qu’elle traite.

Déjà en proie à des conflits armés et à une crise humanitaire, le Nord-Est de la République démocratique du Congo fait désormais face à une épidémie d’Ebola, la 17e dans le pays depuis la découverte du virus en 1976. Les autorités s’inquiètent aujourd’hui de la présence de la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin, ni traitement, et dont le taux de létalité varie entre 40% et 90%. Des cas confirmés en Ouganda font craindre une crise sanitaire régionale et l’extension de l’épidémie aux pays frontaliers comme le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, d’autant plus que la province de l’Ituri, épicentre du virus, connaît de nombreux mouvements de population liés aux conflits en cours dans la zone. Pour l’instant, la plupart des pays voisins ont fermé leurs frontières ou bien mis en place des protocoles sanitaires de filtrage des personnes pour limiter les risques de propagations du virus.

Même si les déplacements sont compliqués dans la région du fait du mauvais état des routes d’autant plus dégradées par la saison des pluies qui vient de s’achever, et par les combats qui opposent des groupes armés et les forces armées congolaises depuis 2021, l’épidémie semble gagner du terrain vers le sud : à Katwa, dans la ville de Butembo, tout d’abord, mais aussi à Goma, la principale ville de la province du Nord Kivu prise par le groupe armé M23 en janvier 2025, où les autorités ont enregistré un cas de contamination, ce qui a conduit à l’identification de 189 cas contacts.

C’est dans cette province, à Goma et Mweso notamment, que Médecins du Monde mène des projets humanitaires depuis le début de l’année 2025, à la suite de l’extension du conflit. Sur place, les équipes fournissent des soins de santé primaire, en santé sexuelle et reproductive (dont la prise en charge des violences basées sur le genre), la prise en charge de la malnutrition et des premiers soins psychologiques, tout en contribuant à renforcer les structures sanitaires.

Un protocole drastique à respecter

Face à cette crise épidémique, Médecins du Monde a immédiatement renforcé la protection de ses équipes et des personnes soignées dans les centres de santé appuyées par les équipes de Médecins du Monde.

Le virus Ebola se transmet par contact direct (via les fluides, sang, salive, urine, par exemple) ou indirect (surfaces contaminées par ces fluides), ce qui nécessite un protocole drastique :

  • Activation de la “No Touch Policy” : interdiction des contacts directs entre personnes et port du masque (éviter les possibles projections par postillon)
  • Mise à l’isolement pendant 21 jours de toute personne présentant au moins un des symptômes (fièvre, diarrhée, vomissement)
  • Mesure automatique de la température des personnes avant l’entrée dans les locaux de MdM et à l’accueil des centres de santé
  • Lavage régulier des mains avec un système de chloration activé à l’aide de pédale
  • Nettoyage régulier des lieux par chloration

Dans les centres de santé, c’est aussi toute l’organisation de l’accueil et du triage des patients qui doit être transformée pour s’adapter à la situation. Afin d’éviter tout risque de transmission ou de contamination, des espaces nécessitent d’être aménagés en dehors du bâtiment principal (où se font les consultations primaire, pédiatrique, maternité, etc.). Pour mettre en place des dispositifs rapide d’isolement des cas suspects présentant un des symptômes en arrivant au centre de santé, des bâches en plastique peuvent être dressés pour séparer les personnes entre elles.

Plus largement, les équipes de Médecins du Monde ont pris soin dès le départ de se coordonner avec les acteurs sur le terrain, tels que les ONG, l’OMS, ou encore le ministère de la Santé congolais et la Division Provinciale de la Santé qui coordonne la riposte. Le volet communautaire est quant à lui indispensable : il s’agit notamment de sensibiliser les populations sur les symptômes, les moyens de transmissions, atténuer les fausses rumeurs qui sont nombreuses autour des épidémies, et bien sûr faire remonter à Médecins du Monde et au personnel de santé les “cas suspects”.

Depuis la survenue des premiers cas, les équipes de Médecins du Monde se concertent pour identifier les besoins les plus urgents. Une concertation primordiale pour notamment renforcer le dispositif de surveillance et de recherche des cas contacts, dont dépend la suite de l’épidémie.

Notre intervention en république démocratique du Congo

Présente en RDC depuis 1994, Médecins du Monde intervient à Kinshasa, au Nord Kivu et dans le Tanganyika.

Dans la province du Tanganyika limitrophe du Sud Kivu, MdM intervient dans les zones de santé de Kalemie, Niemba et à Nyunzu pour couvrir les besoins de santé de base des populations hôtes et des personnes déplacées internes affectées par les conflits. L’intervention de MdM vise à garantir l’accès gratuit aux soins de santé primaires, aux soins nutritionnels et aux soins de santé sexuelle et reproductive à travers la dotation d’équipements et approvisionnement en médicaments et matériels médicaux. Le projet permet la gratuité des soins et la prise en charge des urgences vitales dans plus d’une dizaine de centres de santé et déploie des équipes mobiles MdM pour venir en appui a des structures sanitaires dans la province en cas de déplacements de populations, épidémies ou catastrophes naturelles afin d’assurer la continuité des soins pour des populations affectées.