Geel (Belgique) : Un braquage féministe pour libérer des millions de contraceptifs menacés de destruction par les autorités états-uniennes
07.04.2026Après avoir épuisé tous les recours juridiques et diplomatiques possibles, plusieurs organisations féministes, médicales et de défense des droits humains ont mené ce matin une action symbolique pour dénoncer le blocage américain de millions de contraceptifs dans un entrepôt à Geel en Belgique. A l’occasion de la Journée mondiale de la Santé, elles appellent prioritairement les Etats belge et français et l’Union Européenne à agir d’urgence pour éviter leur destruction et permettre leur distribution dans les pays qui en ont critiquement besoin.
24 containers remplis de millions de contraceptifs (pilules, implants et stérilets), financés par l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), sont bloqués depuis plus d’un an dans des entrepôts en Belgique. A l’origine de ce blocage, le décret américain consacrant le démantèlement de l’USAID, empêchant ainsi la distribution de ces médicaments. À la suite de cela, en juin 2025, l’administration américaine a ordonné la destruction de ce stock – une décision illégale au regard du droit européen, en vigueur sur le sol belge.
Un stock vital pris en otage
Malgré une mobilisation sans relâche des associations, la situation est au point mort depuis plus d’un an. Pourtant, le temps presse : certains de ces contraceptifs sont valables jusqu’en 2027 seulement et risquent donc de devenir rapidement inutilisables ; une situation aggravée par les conditions de stockage inadaptées.
D’une valeur de 10 millions de dollars, ces moyens de contraception sont destinés à 1.4 millions de personnes vivant dans des pays africains où l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive est limité et, dont certains font face à des crises humanitaires majeures, comme en République Démocratique du Congo.
Inaction politique face à l’urgence
L’immobilisme actuel est inacceptable : six mises en demeure ont été adressées au gouvernement belge, des propositions de rachat des stocks ont été formulées, et de multiples tentatives de négociations ont été menées auprès des autorités françaises, belges et américaines. Face au silence et à l’inaction qui mettent en danger la vie de millions de personnes, Amnesty International, Médecins du Monde et le Planning Familial ont choisi de mettre en scène un “braquage féministe” ce mardi 7 avril devant l’entrepôt de Geel (Belgique) où se trouvent quatre des containers concernés.
A travers cette action non violente symbolique, les organisations cherchent à faire pression sur les gouvernements belge et français afin qu’ils prennent leurs responsabilités pour mettre un terme à ce blocage et empêcher toute destruction illégale de ces contraceptifs.
Nos revendications :
Face à cette situation de crise, nos organisations demandent notamment :
Aux gouvernements belges et français :
- de prendre immédiatement toutes les mesures financières et politiques nécessaires afin d’empêcher la destruction des stocks restants en Belgique et de garantir leur acheminement sans délai vers les populations qui en ont un besoin vital ;
- dans un contexte d’attaques croissantes contre les droits sexuels et reproductifs, de réaffirmer leur engagement, d’en assurer le financement et d’agir avec détermination, y compris sur la scène internationale, pour les défendre et les promouvoir.
À l’Union européenne :
- d’intervenir d’urgence pour faire respecter le droit européen sur son territoire, et par conséquent, d’empêcher l’exécution des ordres de destruction émis par les autorités américaines contraires aux normes européennes ;
- de mettre en place un cadre diplomatique permettant la redistribution rapide de ces millions de contraceptifs ;
- de faire pleinement usage de ses compétences pour promouvoir la santé sexuelle et reproductive dans le droit et les politiques européennes, et de fournir aux États membres des orientations claires, conformes aux normes internationales.
Complément d’information :
D’après les informations dont nous disposions à l’été 2025, les contraceptifs devaient être transférés en France pour y être incinérés. Nos organisations s’étaient alors mobilisées sans obtenir de réponse officielle des autorités.
Contacts Presse :
- Amnesty International France : Anabelle Babaud / ababaud@amnesty.fr / 0033 6 46 85 66 59
- Amnesty International Belgique francophone : Ludovic Laus / presse@amnestyinternational.be / 0032 483 00 15 67
- Médecins du Monde Belgique : Elise Mertens (FR) / Elise.mertens@medecinsdumonde.be / Tel/Whatsapp: 0032 494 14 15 85
- Médecins du Monde France : Camille Nozières / camille.nozieres@medecinsdumonde.net / 0033 7 64 80 17 53
- Planning familial : Sarah Durocher / sarah.durocher@planning-familial.org / 0033 7 49 01 84 14