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Dirigeants du G20, entendez nous !

Dirigeants du G20, entendez nous !
Pour une couverture maladie pour les plus pauvres

La santé n’est pas un luxe. C’est le slogan de la campagne lancée par Médecins du Monde depuis le 7 avril 2011, journée mondiale de la santé, pour interpeller la présidence française du G20 et lui demander de s’engager en faveur d’une couverture maladie universelle.

La santé n’est pas un luxe. C’est le slogan de la campagne lancée par Médecins du Monde depuis le 7 avril 2011, journée mondiale de la santé, pour interpeller la présidence française du G20 et lui demander de s’engager en faveur d’une couverture maladie universelle.


Pourquoi avoir lancé une telle démarche ? Parce que face à la crise et aux inégalités de santé dans les pays les plus pauvres, les dirigeants du G20 se doivent d’être audacieux en soutenant dans les années à venir la promotion d’un socle de protection sociale mondial, en matière de santé notamment. Le choix est avant tout politique, c’est un choix de société plus solidaire.


Si la santé n'a pas de prix, elle a un coût. Permettre à chacun d'accéder à des services de santé de qualité nécessite de trouver les moyens pour financer une offre de soins à la hauteur des besoins des populations. La question est alors de savoir qui doit payer. Est-ce au malade et à sa famille de supporter seuls le poids financier de la maladie comme c’est le cas dans de nombreux pays, ou faut-il au contraire promouvoir des mécanismes de solidarité et de couverture des risques entre riches et pauvres, malades et bien-portant ? En d’autres termes, cette question de l’accessibilité financière aux soins constitue une des dimensions centrales de la lutte contre les grandes inégalités de santé.


Pour des millions d’individus parmi les plus fragiles, l’obligation de payer pour accéder aux soins représente en effet une barrière financière infranchissable et une des principales causes d’appauvrissement. Chaque année, plus de 100 millions de personnes basculent dans la pauvreté suite à des dépenses catastrophiques de santé. Cette réalité s’exprime avant tout dans les pays à faible revenu où les mécanismes de couverture du risque maladie sont quasi inexistants et demeurent le privilège des plus aisés. En Afrique sub-saharienne notamment, seuls 5 à 10% de la population bénéficient d’une protection sociale en santé. De nombreux pays en développement mais aussi des pays émergents reconnaissent que la lutte contre la pauvreté passera par la mise en place d’une couverture médicale pour les plus pauvres.


Mais, ce défi de la couverture maladie universelle résonne également dans les pays développés : En France, les réformes engagées dans le domaine de l’assurance maladie (franchise médicale, déremboursements de certains médicaments, offensive contre l’aide médicale d’Etat, doublement de la taxe sur les mutuelles...) n’ont fait qu’accroître les difficultés financières auxquelles se heurtent les personnes défavorisées nécessitant une prise en charge médicale.


Faudrait-il sacrifier la protection sociale en matière de santé sur l’autel de la crise économique actuelle ? C’est exactement l’inverse que nous demandons aux dirigeants du G20. Il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer que la santé est un droit humain fondamental et qu’elle ne saurait en aucun cas être un produit de luxe. Il faut savoir protéger les populations contre les risques pour que la croissance soit équitable et prévenir les crises. La santé n’est pas un luxe qui pénaliserait la croissance des pays émergents ou des pays développés.


Alors que sous la pression de la société civile la promotion d’un socle universel de protection sociale s’est invitée ces derniers mois à l’agenda du G20, il est maintenant fondamental que l’accès pour les plus pauvres à une couverture du risque maladie prenne toute sa place dans les débats et la déclaration finale du G20 à Cannes. La réduction des barrières financières à l’accès aux services de santé essentiels est une priorité des années à venir au même titre que la réforme du système monétaire international et la lutte contre la volatilité des prix agricoles.


Le 24 mai dernier, l’OMS a d’ailleurs adopté une résolution invitant les Etats à réduire au maximum le recours au paiement direct par les patients et favoriser la mise en place de mécanismes de financements plus équitables. Il ne reste plus qu’à espérer que le G20 suive les traces de l’OMS et réponde aux attentes de la société civile internationale. Une nouvelle approche est nécessaire sans quoi nous pouvons dire adieu aux ambitieux Objectifs du Millénaire pour le Développement adoptés par l’ONU en 2000. Adieu aussi à notre propre sécurité sociale.

 

Pierre Salignon, directeur général de Médecins du Monde et chef de file de la commission santé de Coordination Sud

Nicolas Guihard, chargé de plaidoyer de Médecins du Monde