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La santé n’est pas un luxe !
Face à la crise et aux attaques des systèmes publics de santé en Europe, tribune de l'ensemble des Présidents de MdM réunis à Athènes fin mai.
Inquiets de l’affaiblissement en Europe du droit à la santé et de la montée des obstacles et des inégalités dans l’accès aux soins, nous avons décidé de nous réunir à Athènes. Un acte de solidarité.
Les populations en Europe sont confrontées à une dégradation de la situation économique et à des politiques d’austérité, là où justement les personnes précarisées auraient besoin de plus d’aide, de plus de soutien, et de filets de sécurité renforcés. Les conséquences sur la santé de conditions de vie détériorées ne sont plus à démontrer.
Ces reculs du droit fondamental à la santé touchent toute la population, mais en priorité les plus démunis, parmi lesquels les étrangers pauvres. C’est ce qu’indique l’Observatoire européen de Médecins du Monde sur l’accès aux soins. 34% des patients que nous recevons dans nos centres de soins se déclarent en très mauvais état de santé malgré leur âge (35 ans en moyenne). 79% des femmes enceintes ne sont pas suivies.
Pourtant, la Grèce doit faire face à une réduction drastique du financement des hôpitaux publics (- 40%) avec l’instauration d’un droit d’entrée de 5 euros pour chaque acte. Les plus vulnérables (SDF, Grecs paupérisés, migrants) affluent dans les policliniques de Médecins du monde Grèce en demande de soins, de médicaments, et même de nourriture. Depuis un an deux fois plus de patients y ont été reçus. Au même moment, il est envisagé d’imposer des tests de santé obligatoires (y compris VIH) pour les étrangers demandeurs d’asile ou sans papiers.
En Espagne, on assiste à une remise en question du modèle social fortement contesté par l’ensemble des acteurs de la santé publique dans le pays. Il est ainsi prévu de réaliser 7 milliards d’euros d’économies sur la santé, et une remise en question de l’accès aux soins des sans papier est en cours.
Les mesures prises en Grèce comme en Espagne ont des conséquences lourdes sur la santé individuelle et collective, injustes pour les plus pauvres, et aberrantes économiquement : les coûts des prises en charge tardives de pathologies et des complications médicales dépassent de loin les économies à court terme.
D’autres pays suivent cette voie, y compris la France, que l’OMS désignait en 2000 comme ayant le meilleur système de santé au monde, mais où pourtant les soins courants ne sont plus remboursés aujourd’hui qu’à 55% par la sécurité sociale. Pour ces raisons financières notamment, les Européens renoncent de plus en plus souvent aux soins. Un baromètre réalisé par l’institut CSA pour Europ Assistance indique ainsi une forte hausse entre 2009 et 2011 des cas de renoncement ou de report de soin médical, qui ont plus que doublé en France ou en Pologne depuis deux ans, et ont crû de 46% en Italie sur la même période, « ceux qui ne bénéficient pas d’une prise en charge globale étant les premiers sacrifiés ». Dès lors, rien d’étonnant à ce que, dans le baromètre de la Commission Européenne publié en novembre 2010, la santé soit citée comme une priorité pour 35% des citoyens européens.
Pourtant les textes fondateurs et les discours actuels de l’Union européenne affirment la volonté d’aller vers plus de protection sociale, vers plus de respect des droits fondamentaux. Il n’y a pas de fatalité : le Portugal a choisi de maintenir l’accès gratuit aux soins pour les plus vulnérables, y compris les personnes sans autorisation de séjour, en demandant un effort financier plus important aux couches sociales les plus aisées.
Pour nous, ONG de solidarité internationale, les attaques sur les systèmes publics de santé en Europe sont autant de reculs qu’il nous faut combattre. Ce sont les raisons qui nous ont fait choisir de réunir les 15 associations du réseau international Médecins du monde à Athènes.
C’est pour cela que nous serons aux côtés de nos ami/es en Grèce, qu’ils soient grecs, somaliens ou afghans. Parce que depuis 30 ans Médecins du monde combat ici dans nos propres pays comme là-bas, à l’international, pour un droit effectif à la protection de la santé de chaque personne, droit humain inaliénable.
