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Des situations de plus en plus complexes

Des situations de plus en plus complexes

"Monsieur X est hospitalisé en urgence pour une pathologie pulmonaire grave, et fait l’objet de l’ablation d’un poumon. Les suites opératoires sont lourdes et le patient
passe une quinzaine de jours en réanimation. La logique médicale voudrait que le patient bénéficie d’un service de soins de suite : surveillance oxygénation, rééducation respiratoire. Mais le patient, n’ayant pas encore d’AME, passe directement d’un service spécialisé à la rue. Lorsque MdM rencontre Monsieur X dix jours après sa sortie de l’hôpital, il est essoufflé, dénutri. Un passage aux urgences, plusieurs consultations hospitalières seront nécessaires avant que ce patient n’obtienne une convalescence dans des conditions raisonnables. En attendant il a vécu aux limites de l’asphyxie pendant plus de deux semaines, car il était encore dépendant de l’oxygène en post-opératoire ».
Témoignage notre équipe de Paris

 

Augmentation du recours à l’accueil social

Lors de leur première visite, de plus en plus de personnes ont recours à MdM pour des problèmes sociaux : en un an, + 20 % de personnes sont venues consulter pour des raisons sociales, le plus souvent pour des questions liées à la couverture maladie. La plupart des patients ne connaissent pas toujours leurs droits en termes de couverture maladie alors que 76 % pourraient y avoir accès. Certains disposent malgré tout d’une couverture maladie de base mais n’ont pas les moyens de faire l’avance de frais ou de payer les médicaments. Un quart des patients souhaitent donc rencontrer un travailleur social ou bénéficier d’un accompagnement pour l’ouverture et le renouvellement  d’un dossier CMU ou AME.

L’activité des travailleurs sociaux a été particulièrement soutenue en 2010 avec plus de 18 000 consultations, souvent liées à la couverture maladie mais aussi à des questions d’ordre social plus larges liées à l’hébergement, au logement, aux aides financières, à l’aide alimentaire ou encore à la situation juridique.


De plus de plus de demandeurs d’asile sans recours

Amorcée à partir de 2008, l’augmentation du nombre de patients concernés par une demande d’asile s’est poursuivie pour atteindre 38 % en 2010, soit une augmentation relative d’environ 45 % en 3 ans. En 2010, près de 20 % des demandeurs d’asile ont été définitivement déboutés et se retrouvent donc sans aucun recours. Près de la moitié des demandeurs d’asile vivent soit dans un logement précaire, soit à la rue, sans ressources. Ce en dépit des obligations de la France de leur garantir des conditions d’accueil décentes fixées par la directive européenne sur l’accueil des demandeurs d’asile. Ces conditions de vie ont des conséquences graves sur le suivi des traitements des personnes malades.


Des conditions de vie dégradées : 23 % ont un logement « stable » contre 42 % il y a 10 ans

Depuis 2 ans, Médecins du Monde constate une dégradation globale des conditions de logement de ses patients. Moins d’un patient sur quatre vit dans un logement qu’il considère stable (dont seulement 7 % dans un logement personnel). Le plus grand nombre vit dans un logement précaire (48 %). Environ 13 % sont sans domicile fixe.

Plus du tiers des patients considèrent que le lieu où ils vivent est néfaste pour leur santé ou pour celle de leurs enfants. De plus en plus de logements sont considérés comme dangereux pour la santé (+ 15 % en 2 ans). Au-delà du saturnisme, de nombreuses pathologies trouvent leur origine dans des conditions d’habitat dégradé et insalubre, souvent liées à la présence d’humidité : asthme, infections dermatologiques et respiratoires, allergies. Pour un enfant, l’existence d’humidité et/ou de moisissures à la maison augmente de 1,5 à 3,5 le risque de présenter des symptômes d’affections respiratoires.

Un quart des patients ayant des difficultés de logement ont recours aux soins trop tardivement.

Femmes Rroms dans un bidonville
© David Wassenaar

"La santé n’est plus une priorité dans le budget des gens qui est très rétréci, puisque le premier enjeu, c’est d’avoir un toit. Il est évident que les premiers soins ne sont absolument pas une priorité, c’est aussi le cas pour des pathologies beaucoup plus graves où le processus de santé est tellement complexe que les gens attendent l’urgence vitale pour déclencher leurs soins".
Céline Barrier,
assistante sociale au Caso de Marseille

octobre 2011